« étiquette », définition dans le dictionnaire Littré

étiquette

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

étiquette

(é-ti-kè-t') s. f.
  • 1Petit écriteau qu'on met sur des objets pour reconnaître ce qu'ils sont. Ces flacons, ces paquets ont tous une étiquette. Mettez une étiquette à chacun de ces paquets.

    Note qu'on met au bord d'un sac de pièces de monnaie, pour marquer ce qu'il contient.

  • 2Autrefois, petit écriteau qu'on fixait sur un sac de procès, avec les noms du demandeur, du défendeur, du procureur, etc.

    Fig. Juger, condamner sur l'étiquette du sac, ou, simplement, sur l'étiquette, prononcer à simple vue et sans examen. Sur l'étiquette du sac, on peut fort bien juger que c'est un homme de bon sens et de bon esprit, Sévigné, Lett. à Bussy, 20 oct. 1675. Sur l'étiquette hier je l'ai refusé net, Boissy, Impatient, III, 3.

  • 3 Terme d'ancienne pratique. Placet qu'on remettait à l'huissier au commencement de l'audience pour faire appeler une affaire.

    Affiche que le sergent des criées apposait à la porte des maisons saisies réellement.

  • 4Cérémonial de cour. Il n'y a point dans les couvents d'austérités pareilles à celles auxquelles l'étiquette de la cour assujettit les grands, Maintenon, Lett. à Mme de Brinon, t. II, p. 242, dans POUGENS. Charles-Quint est occupé à régler les rangs et à former l'étiquette, Voltaire, Mœurs, 124. Là du moins la magnificence, l'abondance, les étiquettes qui composent la fausse grandeur du trône, justifient en quelque sorte la dissipation, Raynal, Hist. phil. XII, 11. Le code de l'étiquette a été jusqu'ici le feu sacré des gens de cour et des ordres privilégiés ; la nation n'y doit pas mettre la même importance, Mirabeau, Collection, t. I, p. 160. Le ministre, absorbé tout entier dans la contemplation de l'étiquette, des présentations, des tabourets, des préséances, ne nous méprise pas, à proprement parler, il nous ignore, Courier, Lett. VIII. Il y eut [au XVIIe siècle] une tentative involontaire de répandre [en écrivant l'histoire] sur tous les temps l'uniforme étiquette de cette époque, Villemain, Littér. franç. 18e siècle, 2e part. 4e leçon.
  • 5Formes cérémonieuses dont les particuliers usent entre eux. Tenir à l'étiquette. Moquons-nous de l'étiquette Et du sot qui l'inventa, Marmontel, Luc. sc. 4. Il environne sa femme d'étiquettes, et se gouverne ainsi que toute sa maison par l'autorité de la coutume, Bernardin de Saint-Pierre, Harm. liv. VI. L'amour, l'amitié, le vin Vont égayer ce festin ; Nargue de toute étiquette, Béranger, B. vin et fillette.

    Dîner d'étiquette, dîner de cérémonie.

    Il se dit aussi des différentes formules dont on se sert dans les lettres et dans les placets, suivant les personnes auxquelles on s'adresse.

  • 6 Terme de pêche. Nom d'un filet carré qu'on attache au bout d'une longue perche, parce que, proprement, l'étiquette est une perche.

HISTORIQUE

XIVe s. Comme le suppliant et plusieurs autres eussent pris jeu aux grans billes à ferir en l'estiquete [marque fixée à un pieu], Du Cange, estaqua.

XVe s. Que nuls ne preignent logis sans avoir l'etiquet [billet] de monseigneur le mareschal, Ord. des ducs de Bourg. à la suite du journal de Paris, an 1468, p. 283, dans LACURNE. Verité ne quiert tardement ne demeure, mais veult qu'on vienne tost à droit à l'estiquete, sans circumlocutions, Hist. de la toison d'or, t. II, f° 214, dans LACURNE. Le temps est vostre maintenant, pour bien ou mal en faire ; mès il est si près de l'estiquette que, se vous ne le tournez à bien, jamès n'y recouvrerez, Chastelain, Chr. des d. de Bourg. III, 59.

XVIe s. Aux lieux où les monstres [revues] se feroyent, où chacun seroit logé par estiquettes [billets] et payeroit la taxe qui seroit faite, on sejourneroit seulement huit ou dix jours, Lanoue, 280. Les armes des bourgeois estoient envoiées à l'hostel de ville, sur lesquelles estoit mise une estiquette et marque, pour les rendre à ceux à qui elles appartenoient, Condé, Mémoires, p. 705.

ÉTYMOLOGIE

Estiquete, signifiant proprement chose fixée, est de même origine que l'italien stecco, piquant, et d'un même radical que le Hainaut stique, épée, le champenois stiquer, piquer dans, le Wallon stichi, piquer, et provient du germanique : flamand, stikke, tige pointue, mot qui est celtique aussi : gaëlique, stic, un bâton. La série des sens est marque, écriteau, et, par suite, ordre, arrangement, d'où cérémonial. L'étymologie, proposée par quelques-uns, est hìc quæstio, c'est là la question (mots inscrits sur les sacs à procès), ne tient pas devant l'historique.