« bonheur », définition dans le dictionnaire Littré

bonheur

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

bonheur

(bo-neur ; Ménage remarque que dans les provinces on prononçait bonhur ; ce qu'il condamne ; cette prononciation existe encore dans les provinces du Midi ; elle est tout à fait à rejeter) s. m.
  • 1Événement heureux ; chance favorable. Il a eu le bonheur que l'âge ne l'a point miné lentement et ne lui a point fait une longue et languissante vieillesse, Fontenelle, Lahire. Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême, Corneille, Cinna, II, 1. Puisqu'il tient à bonheur d'être l'un de nous deux, Corneille, Rod. IV, 1. J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre, Corneille, Héracl. IV, 4.

    Succès. Le bonheur des armes françaises.

    Dans ce sens il s'emploie aussi au pluriel. Il lui pourrait arriver tous les malheurs et tous les bonheurs du monde, Vaugelas, Remarques. Depuis un certain temps il lui est arrivé des bonheurs de toutes sortes, Th. Corneille, Remarques. Il est toujours égal au milieu de tous les malheurs et de tous les bonheurs du monde, Chifflet, Grammaire, p. 35. De combien de petits bonheurs l'homme du monde n'est-il pas entouré ! Marivaux, dans LAVEAUX.

    Porter bonheur, annoncer, procurer bonne chance. J'avais fait venir M. Bailli pour me porter bonheur, Sévigné, 531.

    Avoir du bonheur, être favorisé par le hasard.

    Jouer avec bonheur, être en bonheur, avoir la chance au jeu ; et figurément, jouer de bonheur, réussir contre toute espérance.

    Familièrement. Au petit bonheur ! Arrive ce qu'il pourra !

    Par bonheur, par bonne chance. Un voyageur Qui s'était muni par bonheur Contre les mauvais temps…, La Fontaine, Fabl. VI, 3.

    De bonheur, se dit dans le même sens. De bonheur pour elle, ces gens partirent presque aussitôt, La Fontaine, Psyché, II, p. 118.

  • 2État heureux, état de pleine satisfaction et de jouissance. Le comble du bonheur. Il n'est pas de plus grand bonheur. Après avoir joui d'un bonheur constant. La vertu fait le bonheur. Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule, Racine, Athal. II, 7. Je faisais le bonheur d'un héros tel que vous, Racine, Mithr. IV, 4. … Le sort, qui toujours change, Ne vous a pas promis un bonheur sans mélange, Racine, Iph. I, 1. Le bonheur a cela de la mer et du flux Qu'il doit diminuer sitôt qu'il ne croît plus, Mairet, Sophon. IV, 1. Dieux puissants qui veillez au bonheur de la terre, Brébeuf, Phars. VII. Le roi qui fait le bonheur de tant de peuples, Fénelon, Tél. II. Je ferai votre bonheur, pourvu que vous sachiez en jouir, Fénelon, Tél. I. Près du bonheur extrême est l'extrême infortune, Chénier M. J. Œdipe roi, V, 4. Dans le cours de nos ans, étroit et court passage, Si le bonheur qu'on cherche est le prix du vrai sage, Qui pourra me donner ce trésor précieux ? Voltaire, 2e Discours. Mais quel bonheur honteux, cruel, empoisonné…, Voltaire, Orphel. III, 4. Que sont ces biens peu sûrs, près des plaisirs du cœur ? Tout l'univers vaut-il un instant de bonheur ? Gilbert, Didon à Énée. Le vois-tu bien, là-bas, là-bas, Là-bas, là-bas ? dit l'espérance ; Bourgeois, manants, rois et prélats Lui font de loin la révérence ; C'est le bonheur, dit l'espérance, Béranger, Bonheur. Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines ; Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés, Hugo, F. d'automne, 32.

    Le bonheur éternel, la félicité des élus.

  • 3Le bonheur de, avec un infinitif, c'est-à-dire la satisfaction intime, le bonheur. Il a eu le bonheur de conserver longtemps sa mère. Toutes deux d'une si heureuse constitution, qu'elles semblaient nous promettre le bonheur de les conserver un siècle entier, Bossuet, Marie-Thér. Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire, Racine, Brit. III, 8.

    Avoir le bonheur de, formule de civilité. Depuis que j'ai eu le bonheur de vous voir.

  • 4Bonheur du jour, sorte de petit meuble où l'on serre les papiers et les petits objets auxquels on tient. Parfois cependant il range à sa manière ; ce matin, par exemple, il a ouvert le bonheur du jour, et vidé les tiroirs, Mme Reybaud, dans Rev. des deux mondes, 1er juillet 1859, p. 14.

SYNONYME

1. BONHEUR, FÉLICITÉ, BÉATITUDE. Bonheur veut dire proprement bonne chance, et, par conséquent, il exprime l'ensemble des circonstances, des conditions favorables qui font que nous sommes bien. Il a donc un caractère extérieur, objectif, qui en fait la nuance avec félicité. La félicité n'est point liée à ces conditions du dehors ; elle est plus propre à l'âme même ; aussi on ne dira pas : la félicité que les richesses procurent ; mais on dira : le bonheur qu'elles procurent. La béatitude, qui est du style mystique, est la félicité destinée, dans une autre vie, à ceux qui auront pratiqué la vertu dans celle-ci.

2. BONHEUR, CHANCE., Ce qui distingue ces deux mots, c'est que chance est tout à fait indéterminé, et que bonheur ne l'est pas. Le bonheur est la bonne chance ; tandis que la chance peut être aussi bien mauvaise que bonne.

HISTORIQUE

XIIe s. Et j'atendrai… Joie d'amour, se bon eür m'i maine, Couci, XI.

XIIIe s. [Que] Dame Diex par sa grace lui renvoit bon eür, Berte, XLI. Et miex vient de bon eür nestre, Qu'estre de bons [riches], c'est dit pieça, Lai de l'ombre.

XVe s. Et prioit moult gracieusement que chacun se peinast de bien faire la besogne et garder son bonheur, Froissart, I, I, 41.

XVIe s. Paoures humains, qui bon heur attendez, Rabelais, Garg. I, 58. Si en allant en quelque voyage ils rencontrent une de ces bestes, ils le reputent de bon-heur, Paré, XXIII, 27. Le pays à qui je dois Le bon-heur de ma naissance, Ronsard, 431.

ÉTYMOLOGIE

Bon et heur (voy. ce mot). L'étymologie, appuyée en cela par la synonymie, montre que le sens propre et primitif est bonne chance, et que le sens qui se rapproche de félicité est secondaire.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BONHEUR. - HIST.

XVIe s. Ajoutez : M'egarant par les champs, du bon-heur adressé, Je decouvre à mes pieds un jouvenceau blessé, Desportes, Roland furieux.