« cure », définition dans le dictionnaire Littré

cure

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

cure [1]

(ku-r') s. f.
  • 1Soin, souci. Ce mot ne se dit guère qu'avec le verbe avoir et sans article. Il n'a cure de rien. L'âne, qui goûtait fort l'autre façon d'aller, Se plaint en son patois ; le meunier n'en a cure, [La Fontaine, Fabl. III, 1] Les Biron le sucèrent [Noyer] si parfaitement qu'il est mort sur un fumier, sans que pas un d'eux en ait eu souci ni cure, [Saint-Simon, 479, 192] Sa femme languit et meurt ; le mari n'en a cure, et c'est là, dit-on, ce qui l'a tuée, [Courier, Lett. II, 95]

    PROVERBES

    On a beau prêcher à qui n'a cure de bien faire, se dit de ceux qui n'ont aucun soin de profiter des instructions qu'on leur donne.

    À beau parler qui n'a cure de bien faire, les belles paroles de celui qui se conduit mal ne persuadent pas.

  • 2 Terme de médecine. Traitement d'une maladie, d'une blessure, qui en produit la guérison. Il a entrepris cette cure. Cure difficile. Il en fit prendre soin, la cure fut complète, [Corneille, Poly. I, 4] Un médecin d'importance qui fait des cures merveilleuses, [Molière, Am. médecin, III, 4] S'il fait cette cure, il ne sera pas mal à la cour, [Sévigné, 422] Votre prieur a fait là une belle cure, [Sévigné, 441] Ce qui arriva de cela [une saignée de pied], c'est que ma difficulté de respirer ne diminua point, et que, le lendemain, ayant marché mal à propos, le pied m'enfla de telle sorte que j'en fus trois semaines dans le lit ; c'est là toute la cure qu'il [Perrault le médecin] m'a jamais faite, que je prie Dieu de lui pardonner en l'autre monde, [Boileau, Longin, Subl. réflex. I] Tous deux [les médecins] s'étant trouvés différents pour la cure, Leur malade paya le tribut à nature, [La Fontaine, Fabl. V, 12] Par là, le plus difficile étant fait, il formait en lui-même le plan de la cure et le suivait avec une constance inébranlable.... [Fontenelle, Chirac] Cette cure coûta à M. Littre quatre mois de soins les plus assidus et les plus fatigants, [Fontenelle, Éloges, Littre.] Chaque médecin [en Égypte], si l'on en croit Hérodote, se renfermait dans la cure d'une seule espèce de maladie, les uns pour les yeux, d'autres pour les dents, et ainsi du reste, [Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. I, p. 94, dans POUGENS]

    Cure radicale, celle qui consiste à faire disparaître complétement une affection interne ou chirurgicale. Cure palliative, celle qui ne fait qu'enlever quelques-uns des symptômes d'une maladie et qui en laisse subsister le fond.

    Cure d'eaux minérales, cure de bains de mer, saison passée aux eaux, afin d'en faire un emploi méthodique pour un but déterminé.

    On dit de même : cure de petit-lait, cure de raisin, usage du petit-lait, du raisin pendant un certain temps et en grande quantité chaque jour.

  • 3 Terme de fauconnerie. Peloton de chanvre, de coton ou de plume qu'on fait avaler à an oiseau de chasse pour dessécher son flegme. Les oiseaux se portent mieux quand ils ont rendu leur cure. Ce faucon tient sa cure. Armer les cures, les préparer pour les faire avaler

    Se dit aussi des excréments des oiseaux de proie.

  • 4Revêtement des moules à laiton avec de la bouse de vache.

SYNONYME

1° CURE, CURATION. Il y a cette différence entre cure et curation, que le premier de ces mots indique un traitement achevé et le second un traitement proposé ou actuellement employé.

2° CURE, GUÉRISON., Il y a cette différence entre cure et guérison, que le premier se rapporte au médecin, et le second au malade. On fait une cure, on procure une guérison. On dit une belle cure, c'est-à-dire qui fait honneur à celui qui l'a entreprise ; et l'on dit une guérison prompte et parfaite. Enfin, cure exigeant l'intervention d'un traitement, ne se dit guère que des maux qui ont quelque durée, quelque gravité, tandis que guérison se dit de toute espèce de maux, petits ou grands.

HISTORIQUE

XIe s. Ce sait hom bien, n'ai cure de menace, [Ch. de Rol. X] Dist Oliviers : n'ai cure de parler, [ib. X] Qui si sont fier, n'ont cure de leur vie, [ib. CLXXXIV]

XIIe s. Nos bons Franzois n'ont cure de fuir, [Ronc. p. 60] J'aim et desir ce qui de moi n'a cure, [Couci, p. 125]

XIIIe s. Et Tybers et la vieille n'ont cure d'arester [de s'arrêter], [Berte, XVII] Com cele qui n'avoit fors de bien faire cure, [ib. XLII] Et fist souper ses chevaliers et sa gent de haute cure et donner avoine as chevaux, [Chr. de Rains, p. 15] De l'autre amor dirai la cure [guérison] Selonc la devine Escripture, [la Rose, 4415] Ton cuer ne porras apaier, Ains iras encor essaier Se tu verras par aventure Ce dont tu ies en si grant cure, [ib. 2348]

XIVe s. La cure des filz appartient au pere, [Oresme, Eth. 247] Il met sa cure et son entente à si bonnes sciences, [Oresme, ib. Prol.] Et qui ne les fait, il n'a cure de estre bon, [Oresme, ib. 41] Avoir cure et diligence de savoir particulierement les comptes des mises et receptes, c'est condicion de homme qui a vice de parvificence, [Oresme, ib. 113]

XVe s. Monseigneur Jean le Bel, qui grand cure et toute bonne diligence mit en cette matiere, [Froissart, Prol.] Ils en trouverent si grand foison [de richesses], que garçons n'avoient cure de draps fourrés de vair, [Froissart, I, I, 266] Si fit adonc en ce temps de celui qui puis fut le roi de France, la plus belle cure dont on pust ouïr parler, [Froissart, II, II, 70] Et prenoit tout le soin et la cure de l'ost [Charles de Bourgogne], [Commines, VI, 13]

XVIe s. Nous ne sommes point si malades les uns que les autres, ni d'une mesme maladie : et pour tant il n'est jà mestier que la cure soit pareille en tous, [Calvin, Instit. 552] Il faut rejeter loin toutes cures [soins] estranges, par lesquelles l'entendement soit transporté çà et là, [Calvin, ib. 675] Il se jecta en la pauvreté, pour se desfaire des indignitez et cures de la maison, [Montaigne, IV, 77] Consumer son ame de cures et d'ennuis, [Amyot, Comm. il faut nourrir les enfants, 37] Ceulx qui louent les hommes vertueux sans les aimer, ceux-là reverent bien leur renommée, mais ilz ne portent point d'affection à leur vertu, ny n'ont cure de l'imiter, [Amyot, C. d'Utiq. 15] Comme le medecin Menecrates, pour avoir esté heureux en la cure de quelques maladies desesperées, eust esté surnommé Jupiter, [Amyot, Agésil. 34] Il ne s'est fait cure tant grande et difficile fust-elle, où ma main et mon conseil n'ayent esté requis, [Paré, Au lecteur.] Je mets après cela la cure generale, puis la particuliere, avec les instrumens propres pour la curation de quelque maladie que ce soit, [Paré, ib.] Il est tout presché qui n'a cure de bien faire, [Cotgrave]

ÉTYMOLOGIE

Wallon, keure ; provenç. espagn. et ital. cura ; du latin cura, coira, coera, que quelques étymologistes ont essayé de ramener à une forme cov, cav, radical de cavere, avoir soin, prendre garde.