« marmite », définition dans le dictionnaire Littré

marmite

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

marmite

(mar-mi-t') s. f.
  • 1Vaisseau en terre ou en métal où l'on fait bouillir les viandes dont on fait du potage. Et nous les réduirons [les loups et autres carnassiers] Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons ! Ils n'auront ni croc ni marmite ! La Fontaine, Fabl. X, 6.

    Écumer la marmite, enlever avec l'écumoire les crasses qui s'amassent au-dessus du bouillon quand on fait bouillir des viandes ; et fig. manger, faire un repas pour rien. Il en était de même de la soupe aux pois chiches qui se fabriquait chez le saint diacre [le diacre Paris], où tous ses disciples allaient écumer la marmite à tour de rôle, Decourchamp, Souvenirs de la marquise de Créquy, t. III, ch. 2.

    La marmite est bonne, la marmite bout en cette maison, c'est-à-dire on y fait bonne chère.

    La marmite est renversée, se dit d'une maison où l'on cesse de donner à dîner. Il se trouvera fort bien de la marmite renversée de M. de la Rochefoucauld ; cette abondance le faisait mourir, Sévigné, 488.

    Il signifie aussi : cette maison, cette personne est ruinée. Le désordre des affaires et de la conduite de leur père avait tellement renversé leur marmite, que très souvent elles n'avaient pas à dîner chez elles, Saint-Simon, 96, 14. Dès que les parasites ont vu sa marmite renversée, ils ont disparu de chez lui, Lesage, Diable boit. ch. 17, dans POUGENS.

    Familièrement. Cela fait bouillir, fait aller, sert à faire bouillir, aide à faire bouillir la marmite, à graisser la marmite, se dit de ce qui contribue surtout à faire subsister une maison. Je ne sais si chez vous amour règne en vainqueur, Et si son feu vous brûle, agréable Carite ; Mais, s'il ne brûle votre cœur, Il fait bouillir votre marmite, Cailly, dans RICHELET.

    Nez fait en pied de marmite, nez dont le bas est large et qui est retroussé.

  • 2Ce que la marmite contient. On leur distribua une grande marmite de soupe, de pois, de fèves.

    Sœurs de la marmite, sœurs de charité qui distribuent des bouillons aux malades.

  • 3Écumeur de marmite, écornifleur, parasite.
  • 4Marmite de Papin, vase de métal très épais, dont le couvercle ferme hermétiquement, et dans lequel on peut porter l'eau à la plus haute température. Lorsque, dans un vaisseau bien fermé, tel que celui de la marmite de Papin, on la pénètre [l'eau] d'une assez grande quantité de feu pour la rendre lumineuse, et capable de fondre le plomb et l'étain, Buffon, Min. t. VI, p. 95.

    Marmite autoclave, marmite de Papin, à ouverture elliptique, et fermée par un couvercle de même forme, mais plus grand et maintenu en dedans de l'appareil par la pression de la vapeur.

  • 5Marmite américaine, vase dans lequel on peut cuire des aliments à la seule vapeur et sans les plonger dans l'eau bouillante. La marmite à vapeur qui donne chaque minute un potage gras, lorsqu'on sait la gouverner, mais éclate et vous tue si vous n'y prenez garde, voilà l'affaire, voilà mon représentatif… si vous l'eussiez eue, cette marmite représentative, au temps de l'île de Léon, l'argent ne vous eût point manqué, Courier, Pièce diplomatique.

    Marmite de janissaires, ustensiles de cuisine dont était pourvu chaque corps de janissaires.

  • 6Ustensile pour brûler l'huile à faire le noir qu'emploient les imprimeurs en taille-douce.

    Vase de fonte dans lequel les plombiers font fondre leur plomb.

  • 7 Terme de géologie. Marmites de géant, creux arrondis, profonds, à parois lisses, qui se trouvent dans certaines roches dures.
  • 8Marmite de singe, nom vulgaire, à Cayenne, de quelques espèces de quatelé dont les singes mangent les graines.

HISTORIQUE

XIVe s. À Guillemin Porquet, chauderonnier, pour un grand pot, appellé marmite, tenant deux seaulx d'eaue, De Laborde, Émaux, p. 382.

XVIe s. Puis s'adressant aux deputez du clergé et de la noblesse, leur dit qu'il avoit bien senti qu'on leur avoit fait entendre que l'hospital de la noblesse estoit le temporel du clergé, comme si le gentilhomme avoit le principal de son bien fondé sur la marmite, Froumenteau, Finances, IIIe livre, p. 426. La marmitte a les pieds en haut, Oudin, Curios. franç.

ÉTYMOLOGIE

Lombard, marmita ; espagn. marmita, marmite. Origine inconnue. On tire l'espagnol de marmo, marbre, la marmite ayant été d'abord un vase de marbre ; mais cela est fort douteux. Du Cange a marmita ecclesiæ, serviteur d'église ; mais la leçon n'est pas sûre, et ailleurs on trouve dans le même sens marotimus ; il serait peu sûr de fonder des conjectures là-dessus. Diez trouve le plus de vraisemblance soit dans l'opinion de Frisch, qui voit une onomatopée dans marmite, tirée du bouillonnement (marmotter), soit dans celle de Marina, qui le tire de l'arabe marmid, lieu où l'on cuit de la viande. Si l'on était sûr que le lombard et l'espagnol ne sont pas anciens, on pourrait les croire tirés du français, et admettre que le français lui-même, né vers le XIVe siècle, n'est qu'une application plaisante et figurée de l'ancien français marmite (voy. MARMITEUX) à un vase qu'on remplit d'eau, et qu'on a comparé au piteux aspect du marmiteux, du papelard.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

MARMITE. Ajoutez : - HIST. XVIe s. À Antoine Martin, l'un des fauconniers du roy, pour sa depense pour huit jours durant que la marmite fut renversée, Notes extraites des comptes de Jeanne d'Albret et de ses enfants, dans Rev. d'Aquitaine, mai 1867, p. 548.