« oisif », définition dans le dictionnaire Littré

oisif

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

oisif, ive

(oi-zif, zi-v') adj.
  • 1Qui ne fait rien actuellement. Ces âmes oisives qui n'apportent d'autre préparation à leurs charges que celle de les avoir désirées ; qui mettent leur gloire à les acquérir, non pas à les exercer…, Fléchier, le Tellier. Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix, Racine, Phèdre, II, 2. Cela est bon pour la petite poste de Paris, pour avertir un homme oisif qu'il est prié à souper chez une femme oisive, avec des gens qui n'ont rien à faire ni à dire, Voltaire, Lett. Thibouville, 26 nov. 1777. Les journées sont longues et les années sont courtes pour l'homme oisif, Diderot, Claude et Nér. II, 79. Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon, Rousseau, Ém. III.

    Il se dit aussi des choses en ce sens. Une oisive indolence. Les sots ne se bornent pas à une haine oisive contre les gens d'esprit ; ils les représentent comme des gens dangereux, ambitieux, intrigants, Duclos, Consid. mœurs, X.

    Vie oisive, vie d'une personne inoccupée. Qu'est-ce donc encore une fois que le désordre d'une vie oisive ? c'est, répond saint Ambroise, à le bien prendre, une seconde révolte de la créature contre Dieu, Bourdaloue, Dim. de la Septuagés. Dominic. t. I, p. 346.

  • 2Dont on ne fait point usage. La valeur est oisive pendant la paix. Est-ce votre dessein d'attirer mes blasphèmes, Et qu'ainsi que mes maux mes crimes soient extrêmes ; Qu'à mille impiétés osant me dispenser [me livrer], à votre foudre oisif je donne où se lancer ? Corneille, Suiv. V, 2. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive, Racine, Iphig. I, 2. …Mais ce secret courroux, Cette oisive vertu, vous en contentez-vous ? La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ? Racine, Ath. I, 1.

    Argent oisif, argent qu'on ne fait point valoir, dont on ne jouit pas. Celui-ci ne songeait que ducats et pistoles ; Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu'ils sont frivoles, La Fontaine, Fabl. XII, 3.

  • 3 S. m. Personne oisive. On punissait une étourderie de jeune homme comme on aurait puni un empoisonnement ou un parricide ; les oisifs en poussaient des cris perçants, et le lendemain ils n'y pensaient plus et ne parlaient que de modes nouvelles, Voltaire, Princ. de Babyl. 10. Les oisifs des villes, gens aussi ennuyés qu'ennuyeux, qui ne sachant que faire de leur temps, abusent de celui des autres, Rousseau, Lett. à M. Monier, Corresp. t. IV, p. 278, dans POUGENS. Mais non : il faut que le public essuie Le mal contagieux d'un oisif qui s'ennuie, Delille, Convers. I.

    Les Oisifs (gli Oziosi), nom des membres d'une académie de Bologne.

PROVERBES

Qui est oisif en sa jeunesse travaillera dans sa vieillesse.

REMARQUE

Balzac, cité par Bouhours, a dit : " Il faudra rendre compte, au dernier jugement, de la moindre parole oisive. " Aujourd'hui en ce sens, on dit oiseux.

SYNONYME

OISIF, OISEUX. Oiseux désigne celui qui a l'habitude de ne rien faire ; oisif, celui qui ne fait rien actuellement ; quelquefois le sens de ces deux mots se rapproche beaucoup ; mais c'est là la nuance. En parlant des choses, oisif exprime qu'on n'en fait point usage ; oiseux, qu'elles ne servent à rien.

HISTORIQUE

XVIe s. Et nous laissons, maugré nous, les doux champs Et nos pays ; toi oisif en l'umbrage, Fais resonner les foretz…, Marot, IV, 1. Jamais je ne suys oisif, Rabelais, Garg. I, 40. Ce ne sera chose inutile et oisifve, vous ramentevoir l'origine du bon Pantagruel, Rabelais, Pant. II, 1. Enrichissant ton œuvre d'epithetes significatifs et non oisifs, c'est à dire qui servent à la substance des vers, Ronsard, 582. La vie oisive…, Ronsard, 601. Comme les terres oisives foisonnent en mille sortes d'herbes sauvages…, Charron, Sagesse, I, 15.

ÉTYMOLOGIE

Oisif, qui est un mot récent, du XVIe siècle (cependant il doit être plus ancien, et remonter sans doute au XIVe où l'on trouve oisiveté qui le suppose), est fait sur le modèle d'oiseux. L'ancienne forme était oidive, employé substantivement au sens d'oisiveté, et qui représente une forme non latine otiivus, de otium, loisir.