« oui », définition dans le dictionnaire Littré

oui

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

oui

(oui ; ce mot a une demi-aspiration : ce oui ; des oui, dites : dê oui ; un oui, dites : un (sans liaison) oui ; le oui et le non ; eh mais oui, dites : eh mê oui ; je crois que oui, je dis que oui ; on dit cependant aussi et on écrit : je crois qu'oui, je dis qu'oui), adv.
  • 1Il affirme et est opposé à non. J'y vois des bergères qui ne savent que oui et non, Guez de Balzac, liv. IV, lett. 15. Ils rapportent les raisons de ceux qui disent que oui, Pascal, Prov. XI. Et si l'on trouve que oui, vous aurez la gloire de l'avoir mieux entendu, Pascal, ib. XVII. M. de Montausier ne voulut apprendre d'autre langage que celui de l'Évangile : oui, oui, non, non, Fléchier, duc de Mont. Un honnête homme qui dit oui et non mérite d'être cru, La Bruyère, V. Pour moi, j'aime les gens dont l'âme se peut lire, Qui disent bonnement oui pour oui, non pour non, Gresset, Méchant, I, 5.

    Il ne dit ni oui, ni non, il ne veut pas s'expliquer sur la chose dont il s'agit. Je ne dis oui ni non, de crainte de mentir, Th. Corneille, D. Bertr. de Cigarral, III, 1.

    On dit dans le même sens : il ne m'a répondu ni oui ni non.

    Dire oui, consentir, surtout en parlant du mariage. Enfin, le bon de tout, c'est qu'à d'autres qu'à lui On ne peut vous lier que vous ne disiez oui, Molière, Tart. II, 4. Que maudits soient l'heure et le jour où je m'avisai d'aller dire oui ! Molière, Méd. malgré lui, I, 1.

  • 2Oui est souvent la réponse à une interrogation, et alors il équivaut à une phrase entière : Avez-vous fait cela. - Oui, c'est-à-dire j'ai fait cela. Ariste : Et son cœur est épris des grâces d'Henriette. - Chrysale : Quoi ? de ma fille ? - Ariste : Oui ; Clitandre en est charmé, Molière, Femm. sav. II, 3. Henriette : Moi, ma mère ? - Philaminte : Oui, vous ; faites la sotte un peu, Molière, ib. III, 6. Un bonheur si étrange sera peut-être bientôt évanoui ; le perroquet répondit oui, Voltaire, Zadig, 6.
  • 3Quelquefois il est simplement affirmatif, sans opposition à non, et en ce cas il se met au commencement du membre de phrase. Oui, c'est Agamemnon, c'est ton roi qui t'éveille, Racine, Iphig. I, 1. Oui, monsieur, j'aime mieux le Tartufe et le Misanthrope que les comédies nouvelles ; oui, j'ose préférer Racine à mes drames, et j'aime mieux Roland et Armide que certains opéras, Voltaire, Lett. la Touraille, 5 juill. 1774. Avant que, dégagé des ombres de l'enfance, Je pusse voir l'abîme où j'étais descendu, Père, mère, fortune, oui, j'avais tout perdu, Gilbert, le Poëte malheureux.

    Dans les phrases familières, il se met quelquefois à la fin. Chrysale : Notre sœur est folle, oui. - Ariste : Cela croît tous les jours, Molière, Femm. sav. II, 4.

    Redoublé, il augmente la force de l'affirmation. Oui, oui, je le ferai. Oui, oui, vous me suivrez, n'en doutez nullement, Racine, Andr. II, 3.

  • 4Oui marquant la surprise. Il a dit telle chose, oui ? c'est-à-dire est-ce vrai qu'il ait dit telle chose ?
  • 5Oui-da, certainement. Direz-vous par exemple qu'un homme ait, la nuit et sans aucune lumière, le pouvoir prochain de voir ? - Oui-da, il l'aurait selon nous, s'il n'est pas aveugle, Pascal, Prov. I. Carin : Byrrhie, instruit d'un mal que j'ai peine à vous taire, Vous peut de mes malheurs découvrir le mystère. -Byrrhie : Oui-da, je le ferai très volontiers, Baron, Andrienne, II, 2.

    Vraiment. Néron : N'avais-je pas ma maison Dorée qui devait être plus grande que les plus grandes villes ? oui-da, je m'entendais en magnificence, Fénelon, t. XIX, p. 313. Oui-da, l'état de veuve est une douce chose, Regnard, le Bal, 4.

    Oui-da est quelquefois ironique. Le croyez-vous ?- Oui-da, je n'en crois rien.

  • 6Oui, joint à des adverbes. Oui vraiment. Vraiment oui. Eh mais oui.

    Oui bien, se dit et surtout se disait par opposition à une affirmation pour affirmer autre chose. Prononcez, messieurs, un arrêt digne de vous, qui fasse voir à toute l'Europe que le Cid n'est point le chef-d'œuvre du plus grand homme de France, mais oui bien la moins judicieuse pièce de M. Corneille, Scudéry, Lett. à l'Académie. Philis : Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous, Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous ; Cela vous doit suffire. - Cléandre : Oui bien à des volages Qui peuvent en un jour adorer cent visages, Corneille, la Place Roy. II, 8. Je n'ai point encore vu M. Fagon depuis que j'ai reçu de vos nouvelles ; oui bien M. Daquin, qui trouve fort étrange que vous ne vous soyez pas mis entre les mains de M. des Trapieres, Racine, Lett. à Boileau, 4 août 1687.

  • 7 S. m. Un oui, une affirmation par oui. À des offres d'hymen répondre par des larmes, Et tarder tant à dire un oui si plein de charmes, Molière, Sgan. 2. Et, loin qu'un pareil oui me donnât de la peine, Croyez que j'en dirais bien vite une douzaine, Molière, ib. 2. Ah ! ce oui se peut-il supporter ? Molière, Fem. sav. I. Eh ! nous ne différons que du oui et du non, ce n'est qu'une bagatelle, Marivaux, Double inconst. I, 7. Un prêtre, un oui, trois mots latins à jamais fixent vos destins, Voltaire, Épît. 37.

    Savoir le oui ou le non de quelque chose, savoir si une chose se fera ou ne se fera pas. La pensée du moment où je saurai le oui ou le non d'avoir ou de n'avoir pas de vos nouvelles…, Sévigné, 14 juill. 1680.

    Dire le grand oui, se marier. C'est demain qu'elle dit le grand oui.

    Fig. Pour un oui, pour un non, pour la cause la plus légère. Pour un oui, pour un non, on va se jeter à l'eau, Th. Leclercq, Proverb. t. V, p. 168, dans POUGENS.

  • 8Langue d'oui, voy. OÏL.

REMARQUE

Dans la citation de Molière au n° 2, l'e muet du mot avant oui n'est pas élidé, et il l'est dans la citation de Gilbert au n° 3.

HISTORIQUE

XIe s. Et cil respont : oïl, sire, assez bien, Ch. de Rol. L.

XIIe s. Oïl, par Dieu, ne puet estre autrement, Couci, XXII.

XIIIe s. Sire, fait-ele, oil, mon cuer [je] lui ai donné, Berte, XLV. Ert-il o [avec] vos ?-ouïl sanz faille, Ren. 8367. Il me demanda, se je voulois estre honorez en ce siecle et avoir paradis à la mort, et je li diz : oyl, Joinville, 194.

XIVe s. Auil, dient ly aultre, n'en serez escondiz, Hugues Capet, v. 2142. Et dist ly connestablez : auwy, certainement, ib. v. 5775.

XVe s. Par ma foi, respondit le duc de Lancastre, ouil, Froissart, II, III, 31.

XVIe s. Et tant qu'ouy et nenny se dira, Par l'univers le monde me lira, Marot, II, 221. Je ne suis pas marry que… mais oui bien de quoy nous soyons si…, Montaigne, I, 240. Quand j'imagine l'homme tout nud, ouy [même] en ce sexe qui semble avoir plus de part à la beauté…, Montaigne, II, 203. Non que la difference y soit comme de la nuict à une clarté vifve ; ouy, comme de la nuict à l'umbre, Montaigne, II, 368. Il faut conclure que qui ayme le jeu, ne fera jamais grande fortune, ouy bien qu'il se verra avec le temps reduit à une miserable pauvreté, Pasquier, Lettres, t. III, p. 68. Son advis ne dit rien qu'un riste oui qui tremble, D'Aubigné, Tragiques, édit. LALANNE, p. 142.

ÉTYMOLOGIE

La forme primitive est oïl, toujours dissyllabe, et formée du latin hoc illud, oui cela (hoc ayant pris le sens de oui : Ne dit ne o ne non, R. de Cambrai 264) ; oïl est donc fait comme nennil, qui représente non illud, non cela. Picard, awi ; Berry, voui ; wallon, awoi, dans lequel Grandgagnage regarde l'a comme prosthétique ; bourguig. vouei ; différents dialectes cités par Grandgagnage ai, âï, oï. On trouve dans les anciens textes, quoique rarement, des formes singulières de ce mot : oal, ouail, ol, odil.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

OUI. - REM. Ajoutez :
2L'usage veut qu'à une interrogation affirmative on réponde par oui, et à une interrogation négative, par non. Avez-vous fait cela ? oui. N'avez-vous pas fait cela ? non. La raison en est que, dans les interrogations négatives, la réponse par oui serait amphibologique, et qu'on ne saurait si oui détruit la négation ou la confirme.
3Malherbe élidait l'e de le devant oui : En matière de choses futures, l'oui et le non trouvent des amis, qui parient les uns d'un côté, les autres d'un autre, Lexique, éd. L. Lalanne.