« poulet », définition dans le dictionnaire Littré

poulet

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

poulet

(pou-lè ; le t ne se prononce pas et ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : des poulè-z engraissés ; poulets rime avec traits, succès, paix, etc.) s. m.
  • 1Le petit d'une poule. La, déjeunons, dit-il ; vos poulets sont-ils tendres ? La Fontaine, Fabl. IV, 4. Il m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison ; Le renard sera bien habile, S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon, La Fontaine, ib. VII, 10. Jamais, contre un renard chicanant un poulet, Un renard de son sac n'alla charger Rolet, Boileau, Sat. VIII. Ce que l'on aperçoit d'abord dans le germe du poulet, est un point saillant, dont le mouvement perpétuel fixe agréablement l'attention de l'observateur, Bonnet, Contemplat. nat. Œuv. t. VIII, p. 52, dans POUGENS.

    Poulet de grain, petit poulet nourri avec du grain, sans être enfermé pour être engraissé. Il n'a point voulu manger ? - Pardonnez-moi, madame ; mais fort peu de chose, un poulet de grain seulement, un dindon et un lapereau, Dancourt, le Fonds perdu, II, 5.

    Poulets sacrés, voy. SACRÉ.

    Fig. Manger le poulet, s'entendre avec un entrepreneur pour partager un bénéfice illicite.

    Four à poulets, voy. FOUR, n° 3.

  • 2Poulet d'Inde, dindonneau. Engraisser des poulets d'Inde avec du gland.

    Gardeur, gardeuse de poulets d'Inde, ou, simplement, de poulets, s'est dit, par dérision, des gentilshommes campagnards et des dames de campagne.

    Poulet de bois, la huppe.

    Poulet de mer, nom donné, dans la Loire-Inférieure, à l'espèce de crabe que l'on mange, ainsi dit à cause de sa bonté.

  • 3Fig. Terme de caresse qu'on emploie en parlant à un enfant, à un jeune homme, à une jeune femme. Hé bien, mon poulet, me dit-il, lorsque nous fûmes hors de table, es-tu content de mon ordinaire ? Lesage, Gil Bl. X, 10.
  • 4 Fig. Billet de galanterie, missive d'amour. S'elle baille en cachette, ou reçoit un poulet, Régnier, Élég. II. Mademoiselle, j'aurais à cette heure de quoi vous écrire un beau poulet, et je pourrais dire, sans mentir, que je passe les jours sans lumière, et les nuits sans fermer l'œil, Voiture, Lett. 38. Enfin le président le Coigneux, qui s'impatienta de toutes ces niaiseries, prit le billet, qui avait effectivement plus l'air d'un poulet que d'une lettre de négociation ; il l'ouvrit, Retz, Mém. t. I, liv. II, p. 327, dans POUGENS. Et m'a droit dans ma chambre une boîte jetée Qui renferme une lettre en poulet cachetée, Molière, Éc. des mar. II, 5. …Le déplaisir que j'ai eu d'avoir été trouvée dans le nombre de celles qui lui ont écrit [à Fouquet] ; il est vrai que ce n'était ni la galanterie, ni l'intérêt… mais cela n'empêche pas que je n'aie été fort touchée de voir qu'il les avait mises [mes lettres] dans la cassette de ses poulets, Sévigné, à Ménage, 9 oct. 1661. Il [Fouquet de Varenne] fit en peu de temps une fortune si considérable, que la duchesse de Bar lui dit : tu as plus gagné à porter les poulets de mon frère [Henri IV], qu'à piquer les miens, Duclos, Œuv. t. X, p. 261.

    Il se dit quelquefois, par plaisanterie, de toute autre missive. N'ai-je pas bien fait de vous envoyer le poulet apostolique du saint-père à Mme Chaulnes ? Sévigné, 18 décemb. 1689.

  • 5Papier doré propre à écrire des poulets.

REMARQUE

Il y a plusieurs explications de poulet au sens de billet doux. D'après quelques-uns, porter un poulet est une locution qui vient de ce que ceux qui se chargeaient de remettre un billet d'amour, portant des poulets sous prétexte de les vendre, mettaient le billet sous l'aile du plus gros, ce qui était un avertissement à la dame avec qui on était d'intelligence. D'après Génin, Récréat. t. II, p. 135, le Vocabulaire napolitain, 1789, interprète portapollastri par rufien, disant que, parmi les paysans, un amant est heureux, s'il peut attendrir le cœur de sa belle par le don de quelque paire de poulets ou de pigeons ; et que de là, porter poulets, porter pigeons est devenu une expression injurieuse pour désigner ceux qui servent d'entremetteurs. Génin adopte cette explication. Lamonnoye reconnaît bien que l'italien pollastriere est expliqué dans Oudin par entremetteur, et portar polli par faire le métier d'entremetteur ; mais comme les Italiens n'emploient pas pollo dans le sens de lettre amoureuse, il ne pense pas que notre mot poulet vienne de ces locutions italiennes, et il adopte l'explication de Furetière, qui dit qu'on a ainsi nommé ces billets parce que, en les pliant, on y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet ; on remarquera que sans doute Molière adoptait cette dernière explication, puisqu'il a dit cachetée en poulet ; elle a le plus de vraisemblance.

HISTORIQUE

XIIIe s. Au vert jus de nouvele grape Lui donna Blonde un froit poulet, Bl. et Jeh. 1342.

XVIe s. Veau mal cuit et poulets crus Font les cimetieres bossus, H. Estienne, Précell. p. 173. De ce mesme papier où il vient d'escrire l'arrest de condamnation contre un adultere, le juge en desrobe un lopin pour en faire un poulet à la femme de son compagnon, Montaigne, IV, 128. [Henri IV disait en 1597 que] Mlle de Guise aimoit bien autant les poulets en papier qu'en fricassée, Sully, Mém. 2e partie, p. 114, dans GÉNIN, Récréat. t. II, p. 135. Un porte poulet [un entremetteur], Sully, dans GÉNIN, ib. p. 136.

ÉTYMOLOGIE

Diminutif de poule ; wallon, polet ; bourguig. poulô ; genev. poulet, un robinet ; provenç. polet, pollet, pollat ; espagn. pollito.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

POULET.
2Poulet d'Inde. Ajoutez :

En argot militaire, poulet d'Inde, le cheval de cavalerie. Manœuvres fort utiles à la tête d'un régiment, mais tout à fait superflues lorsqu'au lieu d'un poulet d'Inde on a une chaise entre les jambes, H. Malot, Clotilde Martory, ch. XXXVIII.

6Poulet de carême, nom populaire des harengs blancs.