« revoir », définition dans le dictionnaire Littré

revoir

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

revoir

(re-voir) v. a.

Il se conjugue comme voir.

  • 1Voir de nouveau. M. le chevalier vous doit mander ce que dit le roi au roi d'Angleterre, en lui disant adieu : Monsieur, je vous vois partir avec douleur ; cependant je souhaite de ne vous revoir jamais, Sévigné, 2 mars 1689. Après la rigueur extrême D'un fatal éloignement, Que c'est un plaisir charmant De revoir ce que l'on aime ! Quinault, Amad. I, 2. Mes yeux sont éblouis du jour que je revois, Racine, Phèdre, I, 3. Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue, Racine, Athal. II, 7. Leur profession [de certains hommes de cour] est d'être vus et revus, et ils ne se couchent jamais sans s'être acquittés d'un emploi si sérieux et si utile à la république, La Bruyère, VIII.

    Il se dit avec un infinitif. C'est vous, s'écria-t-il [Mornai], que je revois paraître, Voltaire, Henr. IX.

    Substantivement. Adieu jusqu'au revoir, ou, simplement, au revoir.

    Je ne vous reverrai de ma vie, se dit à une personne avec qui l'on rompt irrévocablement. Elle est sortie impétueusement, en criant qu'elle ne me reverrait de sa vie, Genlis, Ad. et Th. t. III, p. 443, dans POUGENS.

  • 2Revoir un lieu, y retourner après en avoir été absent ou exilé. Je reverrai ces campagnes si chères ; J'irai pleurer au tombeau de mes pères, Racine, Esth. III, 9. Les vents et les marées secondèrent son impatience, et il revit Londres avec transport, Hamilton, Gramm. X. Moins il doit espérer de revoir sa patrie…, Voltaire, Tancr. I, 4. Ô France, France aimée et qu'on pleure toujours, Je ne reverrai pas ta terre douce et triste, Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours, Hugo, Ultima verba.

    Revoir une pièce de théâtre, retourner au théâtre pour la voir. C'est maintenant [la tragédie de Britannicus] celle des miennes que la cour et le public revoient le plus volontiers, Racine, Brit. 2e préf.

  • 3Examiner de nouveau. Revois tes actions, tes discours, tes pensées ; Peut-être y verras-tu, malgré ton bon dessein, à chaque occasion mille offenses glissées Contre le grand monarque ou contre le prochain, Corneille, Imit. I, 19. Je relis vos lettres, en disant, comme à Livry : voyons et revoyons un peu ce que ma fille me disait il y a huit ou neuf jours, Sévigné, 434. Elles [les poésies d'Homère] furent apportées tout entières d'Ionie par Lycurgue, et données au public par Pisistrate, qui les revit, Boileau, Longin, Subl. Réfl. 3. Il [Assuérus] revoit tous ces temps si remplis de sa gloire…, Racine, Esth. II, 1. Quand Virgile partit pour la Grèce dans le dessein d'employer le repos qu'il y allait chercher pour revoir son Énéide, Rollin, Hist. anc. liv. XXV, ch. I, II, 2. J'ai toujours cru que Pascal n'avait jeté ses idées sur le papier que pour les revoir et en rejeter une partie, Voltaire, Lett. s'Gravesande, 1er juin 1738.

    Absolument. [Dans l'étude de l'histoire naturelle] on doit commencer par voir beaucoup et revoir souvent, Buffon, Théorie de la terre, 1er disc. Avec mesure et poids il faut qu'on examine : Voyons et revoyons, Boissy, Impatient, II, 7.

    Elliptiquement. À revoir, pour dire qu'un nouvel examen d'un compte, d'un écrit, etc. est nécessaire.

  • 4Il se dit des procès, des affaires soumises à une nouvelle juridiction. Solon voulut que l'Aréopage revît l'affaire, Montesquieu, Esp. VI, 5. La plus grande grâce qu'elle [la famille de Lalli] espérait était de faire revoir, s'il était possible, le procès par un autre parlement, Voltaire, Pol. et lég. Fragm. Inde, 19.

    Fig. Vous me condamnâtes sans miséricorde, et toute la sollicitation de d'Hacqueville ne put pas même vous obliger à revoir mon procès, Sévigné, 32. Il viendra un temps où votre procès sera revu par la raison, et où vos infâmes juges seront condamnés avec horreur à son tribunal, Voltaire, Lett. d'Étalonde, 6 oct. 1767.

  • 5 V. n. Terme de vénerie. Revoir d'un cerf, avoir des indices du cerf par le pied, les fumées, les abattures, etc. Le cerf a passé par ici, j'en ai revu.

    Revoir de bon temps, trouver une trace fraîche et de la nuit.

    S. m. Empreinte laissée par le pied d'un animal que l'on chasse. Un beau revoir.

  • 6Se revoir, v. réfl. Se voir de nouveau. Qu'on nous vienne faire l'abominable compliment de nous dire, avec toute sorte d'agrément, que, pour être fort bien, il ne faut nous revoir jamais, Sévigné, à Mme de Grignan, 30 juin 1677. Mais nous nous reverrons ; adieu, je sors contente, Racine, Ath. II, 7. Des pères et des enfants qui se revoient après une longue séparation, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. VIII, p. 397, dans POUGENS.
  • 7Se trouver de nouveau, être de nouveau en un certain lieu. Enfin, je me revis avec ma chère Léonore, Scarron, Rom. com. I, 18. Je me flattai que j'allais me retrouver dans mon couvent, où j'avais tant d'impatience de me revoir ; mais je n'étais pas encore au bout de mes voyages, Staal, Mém. t. I, p. 148.

REMARQUE

Il ne faut pas confondre à revoir et au revoir. À revoir indique qu'il faut revoir, corriger une chose. Au revoir est une formule d'adieu exprimant l'espoir qu'on se reverra bientôt.

HISTORIQUE

XIe s. [Ils] Ne reverrunt lur meres ne lur femes, Ch. de Rol. CVII.

XIIe s. [Je] Ne sai se jà [vous] verrez mais mon retour ; Aventure est que jamais [je] vous revoie, Couci, XXII.

XIIIe s. Ainçois que [il] la revoie, [elle] sera mout esmarrie, Berte, LXXII. Une ymage qui vilonie Avoit non, revi devers destre, la Rose, 157. …Le solail que nous voion à main [au matin] lever vers orient, E couchier devers occident, E puis après à l'andemain Le reveon nous si au main, Ymage du monde, II, Mouvement du ciel.

XVIe s. Je me suis mis à revoir ce que de longtemps j'avoye traduit de grec en françois des Vies de Plutarque, Amyot, Épit. Voyant de loin la voile noire, et n'esperant plus de revoir jamais son filz, il [Égée] se tua, Amyot, Thés. 25. Après avoir bien veu et reveu le tout, Amyot, Solon, 56. Je le laisse en sy bonne santé et ses affaires en sy bon train, que je ne puis esperer que ung heureux revoir, Marguerite de Navarre, Lett. 125. De pauvres chrétiens qu'ils [les Ottomans] prennent par-ci par-là… et puis les revendent de façon que le pere s'en va d'un costé, l'enfant de l'autre… pour estre esclaves toute leur vie, sans espoir de se revoir jamais, Lanoue, 386. Et si pourtant ne scaurois reveoir si souvent le tumbeau de cette ville [Rome] si grande et si puissante, que je ne l'admire et revere, Montaigne, IV, 139.

ÉTYMOLOGIE

Berry, arvoir ; picard, revir ; provenç. reveser ; espagn. rever ; ital. rivedere ; du lat. revidere, de re, et videre, voir.