« ruisseau », définition dans le dictionnaire Littré

ruisseau

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

ruisseau

(rui-sô ; au XVIe siècle Bèze dit : " On prononce ruisseo [eo faisant diphthongue] ; un e fermé s'entend avec o ; ne prononcez pas ruissiau comme les Parisiens ") s. m.
  • 1Courant d'eau peu considérable. On remarquera, dans celui [campement] de Chatenoy, l'éminence qu'occupa ce grand capitaine, et le ruisseau dont il se couvrit sous le canon du retranchement de Selestad, Bossuet, Louis de Bourbon. Ruisseau, nous paraissons avoir un même sort ; D'un cours précipité nous allons l'un et l'autre, Vous à la mer, nous à la mort, Deshoulières, Ruisseau, idylle. J'aime mieux un ruisseau qui sur la molle arène Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, Boileau, Art p. I. Tel qu'un ruisseau docile Obéit à la main qui détourne son cours, Racine, Esth. II, 9. Nous traversons plusieurs de ces jolis ruisseaux qui coulent sur la glace dans des lits qu'ils se creusent à sa surface, Saussure, Voy. Alpes, t. III, p. 34, dans POUGENS. Près de la ville de Nonacris est un rocher très élevé, d'où découle sans cesse une eau fatale qui forme le ruisseau du Styx, Barthélemy, Anach. ch. 52. Un docile ruisseau, qui sur un lit pierreux Tombe, écume, et, roulant avec un doux murmure, Des champs désaltérés ranime la verdure, Delille, Géorg. I. Sur un ruisseau rapide Vers la France entraîné, Il [l'exilé] s'assied l'œil humide Et le front incliné, Béranger, l'Exilé. Alors [en] marchant sur Moscou] le Wop, qu'il traversa, n'était qu'un ruisseau ; on l'avait à peine remarqué ; [en revenant de Moscou] on y retrouva une rivière, Ségur, Hist. de Nap. IX, 13.

    Fig. Et ce n'eût point été, comme on a dit autrefois… exciter des orages sur un ruisseau, Guez de Balzac, liv. VII, lett. 50.

  • 2Canal par où passe un courant d'eau. Le ruisseau est à sec. Élargir, curer un ruisseau.
  • 3Eau qui coule au milieu ou sur les deux côtés de la chaussée d'une rue. Il tomba dans le ruisseau. Il a été traîné dans le ruisseau. Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières, Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières, Boileau, Sat. VI.

    Cette chose est traînée dans le ruisseau, traîne dans le ruisseau, elle est commune, triviale. De proverbes traînés dans les ruisseaux des halles, Molière, Femm. sav. II, 7.

    Cette nouvelle est ramassée dans le ruisseau, elle a été prise dans le bas peuple.

    L'endroit par où l'eau s'écoule dans les rues. Il y a un ruisseau de chaque côté de la chaussée. Quelque galante que soit la cour de Lorraine, je m'y trouve aussi seul que je faisais il y a huit mois dans les voyages de la Beauce, et je me souviens d'avoir vu quelquefois meilleure compagnie dans les ruisseaux de Paris, que je n'en ai encore rencontré dans la chambre de la duchesse, Voiture, Lett. 8.

    Terme de paveur. Ruisseau en biseau, celui qui n'a ni caniveaux ni contre-jumelles.

    Fig. Laisser quelqu'un dans le ruisseau, le laisser dans une position basse, misérable. Tressan laissa cet abbé en habit rapiécé et son autre neveu dans le ruisseau, Saint-Simon, 320, 178.

  • 4Toute chose liquide qui coule en abondance. Et combien de ruisseaux coulèrent de mes yeux ! Corneille, Hor. I, 3. Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang, Corneille, Cid, IV, 3. Au premier bruit de ce funeste accident, toutes les villes de Judée furent émues ; des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs habitants, Fléchier, Turenne. En vain à lever tout les valets sont fort prompts, Et les ruisseaux de vin coulent aux environs, Boileau, Sat. III. Les vaches donnent des ruisseaux de lait, Fénelon, Exist. IX. Les Saxons avaient été baptisés dans des ruisseaux de sang par Charlemagne, Voltaire, Mœurs, 138.

    Par extension. Mille flambeaux… Et, se réfléchissant sur le bronze ou la pierre, Font serpenter au loin des ruisseaux de lumière, Lamartine, Chant du sacre.

    Fig. De là ces ruisseaux d'amertume qui se répandent dans tous les états, et qui empoisonnent, dans le cœur des pères, des mères, des enfants, les sources du bonheur domestique, Marmontel, Œuvr. t. XVII, p. 217.

HISTORIQUE

XIIe s. De sanc i corent grant roisseaus, Benoit de Sainte-Maure, II, 2262. Et li douz sons de ruissel sur gravele, Couci, XVIII. L'awe [l'eau] del ruysel, Saint Bernard, p. 563.

XIIIe s. Il dutent [craignent] que li roisseus preinne De la saveur de la funtaine, Édouard le Conf. V. 1199. Ce dist dou leu [loup] e dou aignel, Qui beveient à un rossel, Marie de France, Fable 2.

XIVe s. Du sanc des detrainchiés un russiaux y coroit, Girart de Ross. V. 4680.

XVe s. Sa robe de veloux bien large, Et son cheval et couverture, Estoient de mesme à feuillage De ruisseaulx d'argent et brodure, Vigiles de Charles VII, t. II, p. 76, dans LACURNE.

XVIe s. Dessus, et près de ces ruisseaux courans, Les oiselets du ciel sont demourans, Marot, IV, 312.

ÉTYMOLOGIE

Berry, riau, roussiau (avec le primitif ry, ris) ; bourguig. russéa ; picard, rio, riou, riu, (c'est le primitif) ; ital. ruscello (dérivé du français) ; du lat. fictif rivicellus, diminutif de rivus (voy. RU).