« solliciter », définition dans le dictionnaire Littré

solliciter

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

solliciter

(sol-li-si-té) v. a.
  • 1Exciter à, pousser à, avec un nom de personne pour sujet. Solliciter à la révolte. Ô mon Dieu ! combien de fois m'avez-vous averti, sollicité, importuné d'entrer dans vos voies ! Massillon, Mystères, Visitation.

    Il se construit aussi avec de et un substantif pour régime. En exigeant de moi cette confession, Vous me sollicitez d'une lâche action, Rotrou, Bélis. I, 2. Leur amitié, leur bien, leur pouvoir, tout m'invite à prendre le parti dont je vous sollicite, La Fontaine, Filles de Minée.

    Solliciter quelqu'un de son déshonneur, lui faire des propositions déshonorantes, lui demander de faire quelque chose qui le déshonorerait.

  • 2Émouvoir, porter à, avec un nom de chose pour sujet. La concupiscence rebelle sollicite l'âme au contraire [de la chose commandée], Pascal, Prov. IV. Si Henriette de France eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir qui sans cesse la sollicitait à faire du bien, Bossuet, Reine d'Anglet. L'humilité de la reine la sollicite à venir prendre part aux abaissements de la vie religieuse, Bossuet, Mar.-Thér. Quels sont les transports des amis de Dieu, sentant l'amour-propre en eux-mêmes, qui, par toutes sortes de flatteries, les sollicite de rompre avec Dieu ? Bossuet, 2e panég. St Fr. de Paule, 1. L'amour pour moi vous sollicite ; Et je vois que vous me quittez, Quinault, Isis, II, 2. Tout me sollicite en votre faveur, tout me presse de retourner à vous, ô mon Dieu, Massillon, Panég. Sainte Agnès.

    Avec de et un substantif. La mer a moins de vents qui ses vagues irritent, Que je n'ai de pensers qui tous me sollicitent D'un funeste dessein, Malherbe, V, 21. Je crois que vous avez pour moi quelque bonté, Que d'un peu de pitié mon feu vous sollicite, Molière, D. Garc. I, 3.

    Absolument. Le théâtre aujourd'hui fameux par ton mérite, à ce noble plaisir puissamment sollicite, Rotrou, St Gen. I, 7.

  • 3Solliciter, sans régime indirect, mettre en mouvement, en action. Une troupe d'amis chez mon père assemblée Sollicita mon âme encore toute troublée. Corneille, Cid, IV, 3. Enfin son charme inévitable [du vin] Sollicite un malin chanteur, Béranger, Agent provoc. La voix du laboureur ou de l'enfant joyeux Sollicitant le pas du bœuf laborieux, Lamartine, Harm. I, 5.

    Exercer une tentative de séduction. Darius sollicitait la fidélité des domestiques d'Alexandre, Vaugelas, Q. C. III, 5. On me vient rapporter que vous avez de l'amour pour moi, et que vous faites des desseins de me solliciter ; j'en témoigne mon dépit, Molière, G. Dand. II, 10. Mithridate avait l'art de solliciter les peuples, et de faire révolter les villes, Montesquieu, Rom. 7.

    Terme de manége. Solliciter un cheval, l'exciter à marcher, l'animer.

  • 4Requérir, par une demande instante, quelqu'un de quelque chose. On l'a sollicité à faire cette démarche. Je l'ai sollicité de venir me voir.

    On dit dans ce sens solliciter de, avec un nom de chose. Faire réponse en reine et comme le mérite Et de qui l'on me parle, et qui m'en sollicite, Corneille, Nicom. III, 1. J'ai cru faire assez de fuir l'engagement dont j'étais sollicitée, Molière, Am. magn. IV, 7. Pour moi, madame, je vous sollicite de vos suffrages, pour obtenir celle [la princesse] que je souhaite, Molière, Princ. d'Él. IV, 1. Ne me refusez pas la grâce dont je vous sollicite, Molière, l'Av. II, 6. Mais vous, au lit de la mort, oserez-vous présenter à Jésus-Christ vos fatigues et les désagréments journaliers de votre emploi ? oserez-vous le solliciter d'une récompense ? Massillon, Pet. carême, Drapeaux.

    Requérir, par une demande instante, quelque chose de quelqu'un. Solliciter les bons offices de quelqu'un. Solliciter une audience. On m'a dit que vous sollicitiez de demeurer sur la frontière cet hiver, Sévigné, à Bussy, 25 nov. 1655. Il ne l'avait point sollicitée [une place], et on crut qu'elle lui en était mieux due, Fontenelle, Bourdelin.

  • 5Solliciter une affaire, faire les démarches nécessaires pour qu'elle ait un heureux succès. Il [un homme distrait] sollicita l'autre jour un procès à la seconde des enquêtes ; c'était à la première qu'on le jugeait, Sévigné, 48. Ceux qui venaient rendre compte des affaires publiques ou solliciter leurs affaires particulières, Fléchier, Hist. de Théodose, II, 2. Il prend soin de leurs affaires, sollicite leurs procès, et voit leurs juges, La Bruyère, III. Le principal sujet de ma lettre est de vous remercier de la bonté avec laquelle vous êtes entrée dans l'affaire dont M. d'Argental vous a parlé ; il me mande que vous voulez bien la solliciter auprès de Mme la duchesse d'Enville, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 24 nov. 1774.

    Solliciter ses juges, son rapporteur, les prier d'être favorables. Celui qui sollicite un juge ne lui fait pas honneur, La Bruyère, XIV. Solliciter un juge ! il ne faut pas être misanthrope, il suffit d'être honnête homme pour n'en rien faire ; car enfin, quelque tour qu'on donne à la chose, ou celui qui sollicite un juge l'exhorte à remplir son devoir, et alors il lui fait une insulte, ou il lui propose une acception de personnes, et alors il le veut séduire, Rousseau, Lett. à d'Alemb.

    Absolument. En parlant des places, des faveurs qu'on demande, des affaires dont on poursuit l'issue, des procès. Il ne fait que solliciter. Philinte : Mais qui voulez-vous donc qui pour vous sollicite ? - Alceste : Qui je veux ? la raison, mon bon droit, l'équité, Molière, Misanthr. I, 1. Pomenars est toujours accablé de procès criminels… il sollicitait l'autre jour à Rennes, Sévigné, 58. Un cousin… Veut qu'encor tout poudreux, et sans me débotter, Chez vingt juges pour lui j'aille solliciter, Boileau, Épît. VI.

  • 6Il se dit des besoins qui se font sentir. Que fait l'oiseau guerrier et vorace, après s'être emparé de sa proie ? il regagne le sommet de son roc, pour n'en descendre que quand il sera de nouveau sollicité par le besoin, Raynal, Hist. phil. V, 1.

    Déterminer quelque mouvement dans le corps, dans un organe. Tel médicament sollicite l'estomac à se débarrasser de ce qui le surcharge.

  • 7Exercer une action physique, en parlant d'une force. Dans son mouvement relatif autour de la terre, la lune est sollicitée par une force égale à la somme des masses de la terre et de la lune, divisée par le carré de leur distance mutuelle, Laplace, Exp. IV, 1.

    Fig. L'âme entière frémit en contemplant tant de néant et tant de grandeur ; lorsqu'on cherche une expression assez magnifique pour peindre ce qu'il y a de plus élevé, l'autre moitié de l'objet sollicite le terme le plus bas pour exprimer ce qu'il y a de plus vil, Chateaubriand, Génie, IV, II, 9.

  • 8Solliciter un malade, lui donner des soins (emploi aujourd'hui tout à fait inusité). Ayant été requis par M. de Montgeron… de rechercher dans nos journaux le temps où nous avons sollicité Mlle Garnier la cadette dans une maladie qu'elle eut dans le cours de l'année 1731, Certificat de médecin, dans MATHIEU, Hist. des miraculés et des convuls. de St-Médard, p. 149, éd. de 1864.

REMARQUE

Solliciter suivi d'un infinitif prend à ou de.

HISTORIQUE

XIVe s. Il tramistrent leur legaz à solliciter les pueples des Latins à mouvoir guerre encontre les Roumains, Bercheure, f° 35, recto. Qui se mouvroit à solliciter et à troubler l'estat, Bercheure, f° 57 verso. Li tribuns ne cessoient d'esmouvoir et de solliciter le pueple, que, laissies les ruines de Rome [après le sac par les Gaulois], il s'en alast à Veies, Bercheure, f° 115, verso. Il [les tribuns] saillirent avant en concions publiques pour solliciter les courages des peuples, Bercheure, f° 96, verso.

XVe s. Le roy le sollicitoit que il se mist aux champs, Commines, IV, 4.

XVIe s. Deffend ladite chambre à tous medecins, chirurgiens, barbiers, apothicaires, gardes de malades et autres, qui auront visité, gardé, pansé, servi ou sollicité au mal desdits pestiferez, de communiquer avec autres, Ordonn. des rois de Fr.t. II, p. 385. La beaulté de l'acte en soy estoit ce qui plus le sollicitoit et l'esguillonnoit, Amyot, Pélop. 57. Au second appareil et autres suivans, je fus sollicité [soigné] de mes compagnons et amis, chirurgiens jurés de Paris, Paré, XIII, 25. Un abbé de moyen aage, estant en ceste ville pour solliciter un procès, sollicita pareillement une femme honneste de son mestier pour deviser une nuict avec elle, Paré, XXIII, 36. Ils [Cicéron et Pline le jeune] sollicitent, au sceu de tout le monde, les historiens de leur temps de ne les oublier en leurs registres, Montaigne, I, 287. Je ne nye pas qu'il ne soit bonne raison de le solliciter ; mais de l'importuner trop est contre toutes bonnes meurs, Palsgrave, p. 629.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. sollicitar ; espagn. solicitar ; ital. sollicitare, sollecitare ; du lat. sollicitare, de solus ou sollus, entier, et citare, exciter (voy. CITER). Solliciter est de formation du XIVe siècle ; la forme ancienne est soucier (voy. ce mot), et c'est le sens de soucier ancien, qui, pénétrant dans solliciter, lui avait fait attribuer, entre autres sens, celui de soigner, prendre soin d'un malade.