« tapir (se) », définition dans le dictionnaire Littré

tapir (se

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

tapir (se) [1]

(ta-pir) v. réfl.
  • Se cacher en se tenant dans une posture raccourcie ou resserrée. Enfin, me tapissant au recoin d'une porte…, Régnier, Sat. XII. Je me tapis d'aguet derrière une muraille, Régnier, ib. X. À ces mots sort de l'antre un lion grand et fort ; Le pâtre se tapit, et dit à demi-mort…, La Fontaine, Fabl. VI, 1. Nous avons essuyé dans le bateau, à cent pas de ce pont [d'Amboise], un petit orage, qui était assez poétique ; mais nous nous sommes tapis contre le rivage, Sévigné, 16 sept. 1684.

SYNONYME

SE TAPIR, SE BLOTTIR. Il y a dans se tapir l'idée de se cacher, qui n'est pas dans se blottir. Un enfant se blottit dans son lit, pour avoir moins froid, mais il ne s'y tapit pas.

HISTORIQUE

XIIe s. Qui duncveïst ses clers e ses moines fuïr, E nevels [neveux] e parens e mucier e tapir…, Th. le mart. 153. Va t'en d'ici vers orient, si te tapis à la riviere, Rois, p. 310.

XIIIe s. Enfans, qui les flors alés querre Et les freses naissans sus terre, Li mau serpent refroidissant, Qui se vet ici tapissant… Pensez, enfans, de l'eschever, la Rose, 16800. Ne puet [peut] virtu tapir en umbre, Édouard le conf. v. 3975.

XIVe s. Les membres qui ne sont pas convenables à lieure [bandage] artificiel sont ceux qui ne sont pas fermes, et qui sont tapissans [bouchant] et contraignans, si comme les paupieres, les leivres, le col, le pis, H. de Mondeville, f° 59.

XVe s. Là estoit le sire de Saint-Py… car il estoit au premier chef, et alloit tout en tapissant voir et imaginer le convenant [des Flamands], Froissart, II, II, 184. Entrerent à la couverte, afin qu'ils ne fussent apperceus, en un petit aunoy, et là se capirent, Froissart, II, p. 207, dans LACURNE. Adonc dit l'ung d'eulx : tapissons [cachons-nous], et voyons qu'il fera, Perceforest, t. VI, f° 47.

XVIe s. Ce proverbe clost la bouche à ceulx qui d'eulx mesmes ne valent rien, et se vont tapissans sous les vertus de leurs ancestres, Amyot, Arat. 1. On y passe par-dessus une claie pesante, pour affermir la terre : croians aucuns que la terre ainsi tapie, voire endurcie, est plus propre pour les millets, De Serres, 119. Les pluies tombans violemment dessus la terre de nouveau ensemencée la tapissent si fort, que les semences n'en peuvent lever ne sortir, par tel endurcissement s'y estouffant, De Serres, 521. Il se vouloit taper, afin que les autres qui le poursuivoient ne le peussent voir, Brantôme, Capit. franç. t. III, p. 399, dans LACURNE. C'est le roolle de la couardise, non de la vertu, de s'aller tapir dans un creux, soubz une tumbe massifve, pour eviter les coups de la fortune, Montaigne, II, 27.

ÉTYMOLOGIE

Berry, se capir : ce lapin s'est capi derrière un mur. Du Cange le tire du lat. talpa, taupe ; mais nulle part l'l caractéristique ne paraît. Frisch y suppose le radical allemand zapf, tapon ; par conséquent ce serait le même verbe que taper 2. Diez l'approuve ; et en effet c'est la vraie étymologie. À l'actif, dans l'historique (voy. aussi l'exemple rapporté à taper 2), ce verbe signifie boucher, fermer ; et l'on conçoit sans peine comment, au réfléchi, il a pris le sens de se tapir. On remarquera la forme se capir, qui est dans Froissart et dans le parler du Berry.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

1. TAPIR. - ÉTYM. Ajoutez : Notez la forme estapir : XIVe s. Mas [mais] li mauvès dom [dont] je vous di S'estient [s'étaient] leens estapi, Macé, Bible en vers, f° 97, verso, 2e col.