« contrarier », définition dans le dictionnaire Littré

contrarier

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

contrarier

(kon-tra-ri-é), je contrariais, nous contrariions ; que je contrarie, que nous contrariions v. a.
  • 1Dire, vouloir, faire le contraire de. Il me contrarie toujours. Contrarier une opinion, la contredire. Il en vient jusque-là que de se méconnaître, De contrarier tout et de faire le maître, Molière, Tart. I, 1.

    Absolument. Il aime à contrarier.

  • 2Faire obstacle. Les conjonctures contrarièrent nos projets. Un mouvement qui en contrarie un autre. Contrarier une interprétation. Et lui du même temps, par une erreur extrême, Pour nous contrarier est contraire à lui-même, Tristan, M. de Chrispe, III, 3. On voyait ce médecin toujours suivre la nature, l'aider quelquefois et ne la contrarier jamais, Condorcet, Bourdelin.
  • 3 Familièrement. Causer du dépit. Je n'ai pas réussi, cela me contrarie.
  • 4Se contrarier, v. réfl. Se causer réciproquement de la contrariété. Ils prenaient plaisir à se contrarier.

    Se contrarier, éprouver de la contrariété. Cet homme est susceptible, il se contrarie facilement.

    Être en contradiction. Vous dites des choses qui se contrarient, Descartes, Rép. 2.

    Se faire obstacle. Ces mouvements se contrarient.

HISTORIQUE

XIe s. Li archevesques les ot [ouit] contrarier, Ch. de Rol. CXXX. Pour Deu [je] vous prie, ne vous cuntraliez, ib.

XIIe s. [Il] Oit [entend] Olivier qui si le contralie, Ronc. p. 82. Li arcivesque les ouit contrarier, ib. p. 83. Pas [il] nel salue, ainz l'a contralié, ib. p. 186. Carles, tort en a Bueves qui si vous contralie, Sax. X. Li quens Raoul ot moult le cuer irié Por les borgois qui l'ont contraloié, Raoul de C. 59.

XIIIe s. Et li remanans demourroient ici et garderoient le castiel, et contralieroient les François et lor feroient despendre les deniers le roi, Ch. de Rains, p. 66. S'il sunt esleu deus arbitre, ou quatre, ou six ou plus, mais qu'il soient per, et se le [la] moitié des persones se contrarient de l'opinion as autres à rendre lor dit, il est de nule valor, Beaumanoir, XLI, 5.

XIVe s. Les gens ont en haine ceulz qui contrarient à leur mouvement et à leur volentés, Oresme, Eth. 327. Quant un homme nuist et fait peine hors la loy à aucun qui ne li contrarioit pas ou nuisoit, il fait injuste, Oresme, ib. 167. Li chastelains estoit dessus la tour antie, Et voit le roi Henri qui ainsi contralie, Guesclin. 14484. Non pourquant se commenche moult fort à courrechier, Et li sergans se painne de lui contralier, Baud. de Seb. VII, 417.

XVe s. Il sentoit encore plusieurs villes et chasteaux qui contrarioient grandement le pays, Froissart, II, II, 1. D'Arras, Noyon et des païs divers Vont les princes pour lui contrarier [s'opposer à lui], Deschamps, Conseils des François.

XVIe s. Il faut dire que l'Escriture se contrarie, ou que Dieu regarde les merites de ceux qu'il elit, Calvin, Instit. 766. Les promesses de salut ne contrarient nullement à la predestination des reprouvez, Calvin, ib. 788. Nous ne pourrons autrement discerner entre les conciles qui se contrarient l'un à l'autre, Calvin, ib. 939. Celui qui ne se soucie de lui [Dieu] contrarier, mal-aisement se pourra-il accorder avec les hommes, Lanoue, 42. Il le feit bannir comme contrariant au bien et à l'authorité du peuple, Amyot, Péric. 18. Ilz luy persuaderent que, chassant de la ville ceulx qui luy voudroient contrarier, il meist…, Amyot, Pélop. 10.

ÉTYMOLOGIE

Berry, contralier ; provenç. et espagn. contrariar ; ital. contrariare ; du latin contrarius, contraire. Contralier se trouve, dans l'ancien français, concurremment avec contrarier ; est-ce le même mot, avec changement de l'r en l ? ou bien faut-il voir, dans contralier, un autre mot dérivé de contra alium ? contraloier n'est qu'une autre forme du même mot, comme loier pour lier, proier pour prier.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

CONTRARIER. Ajoutez :
5Deux cheminées sont dites se contrarier, quand on ne peut allumer du feu en même temps dans toutes les deux.