« tréteau », définition dans le dictionnaire Littré

tréteau

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

tréteau

(tré-tô) s. m.
  • 1Pièce de bois longue et étroite, portée sur quatre pieds, qui sert à soutenir une table, et, particulièrement, les tables des cabarets, un échafaud, un théâtre. Heurtant table et tréteaux [il] versa tout sur mes chausses, Régnier, Sat. X. Enfin il monta sur un tréteau, et, prenant une voix plus assurée, il dit…, Montesquieu, Lett. pers. 142. Au lieu de ces vils tréteaux qu'on dressait autrefois à la hâte, il [Eschyle] obtint un théâtre pourvu de machines, et embelli de décorations, Barthélemy, Anach. ch. 69.

    Fig. Un homme ne saurait aujourd'hui s'élever sur les tréteaux de l'ambition qu'à l'aide de quelqu'un qui y est déjà monté, Courier, Lett. II, 254.

    Fig. Être entre deux tréteaux, être toujours au cabaret, ne faire qu'ivrogner.

  • 2Nom que les nattiers donnent à une pièce de bois garnie de clous à crochets, auquels ils attachent les cordons de paille qu'ils veulent tresser.
  • 3 Au plur. Théâtre de charlatan, de saltimbanque. Quand le doge et les sénateurs de Gênes le virent [un charlatan] prôner ses remèdes sur une table à tréteaux, Anti-ménagiana, p. 218. Mais pour un faux plaisant… Qu'il s'en aille, s'il veut, sur deux tréteaux monté, Amusant le pont Neuf de ses sornettes fades…, Boileau, Art p. III.
  • 4 Par extension, théâtre où l'on représente des pièces bouffonnes. Une pièce de tréteaux. Les tréteaux de la foire. Hardi et Garnier n'écrivirent que des platitudes d'un style insupportable ; et ces platitudes furent jouées sur des tréteaux au lieu de théâtre, Voltaire, Dict. phil. Art dramatique. Bientôt l'ennui des pièces françaises porterait la nation au frivole opéra comique, et plus loin encore aux boulevards, à ce ramas infect de tréteaux élevés à notre honte, Beaumarchais, Mar. de Fig. Préf.

    Fig. Monter sur les tréteaux, se faire comédien.

HISTORIQUE

XIIIe s. Il fist aporter un tretel, et fist oster sa greve [bandeau], et se fist roigner [couper les cheveux] en la presence du roy, Joinville, 207.

XIVe s. Messagiers et garçons d'estables Dressent fourmes, trestiaux et tables, Machaut, p. 86. Et quant tu yras coucher, si le metz sur le tretel emprès ton chevet, Modus, f° XCVIII, verso.

XVe s. L'autre, dit l'un, vint desservir, Et oster tables et tretiaulx, Deschamps, Poésies mss. f° 498. Il s'assist sur ung tretel qui estoit à l'entrée de l'espinoy, et se print à reposer, Perceforest, t. II, f° 10. Si veit une table d'argent qui estoit dessus quatre trostaulx ; mais les tresteaulx estoient si beaulx et si riches comme ceulx qui estoient environnés d'or et d'argent, Lancelot du lac, t. III, f° 23, dans LACURNE.

XVIe s. Ce prince [le duc de Guise, assassiné à Blois], ne pouvant tirer son espée, en prend deux au colet, et, s'estant fort debatu avec eux, vint donner du nez à terre sur le treteau d'une petite table, D'Aubigné, Hist. III, 152.

ÉTYMOLOGIE

Angl. trestle. Diez le tire du néerland. drie-stal, siége à trois pieds, ce qui est peu satisfaisant soit pour le sens, soit pour la forme. Le celtique offre au contraire une bonne étymologie : kimry, trestyl, tréteau, de trawst, poutre ; bas-bret. trenstel, de treust, trest, poutre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

TRÉTEAU. - ÉTYM. Ajoutez : « Le primitif trastre se trouve : XIIIe siècle : Il a fait une table sor deus trastres poser, Fierabras, V. 6102. Le trast est un plancher reposant sur la plus haute poutre, une soupente ; bas-lat. trastrum ; anc. franç. : Une des poutres ou traste d'icelle maison (1480), DU CANGE., Le trast est une sorte de siége : Ab tant s'en montec sus. 1. trast Hon tot jorn l'ayfanta cozia. Je veux seulement faire remarquer, au sujet du mot trast, dont M. Noulet a montré l'origine (transtrum) et la véritable signification, qu'il confirme heureusement l'ingénieuse étymologie proposée par M. Boucherie du français tréteau, » CAMILLE CHABANEAU, Revue des langues romanes, t. VI, p. 295. En effet M. Boucherie, dans cette même revue, avril 1874, p. 351, propose transtellum, corrompu du lat. transtillum, qui est le diminutif de transtrum, pièce de bois longue et étroite. Cette étymologie est la véritable.