« râtelier », définition dans le dictionnaire Littré

râtelier

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

râtelier

(râ-te-lié ; l'r ne se prononce pas et ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : des râ-te-lié-z élevés) s. m.
  • 1Espèce d'échelle à bâtons arrondis, plus ou moins rapprochés, fixes ou tournants, destinée à recevoir les foins, les pailles distribuées aux herbivores, et placée horizontalement dans l'écurie. Le soir je fus lassé d'avoir passé la journée à table, comme un cheval à son râtelier, Fénelon, t. XIX, p. 40. Il mange haut et avec grand bruit ; il roule les yeux en mangeant ; la table est pour lui un râtelier, La Bruyère, XI. La bergerie doit être garnie de râteliers, ou contre les murs dans tout le tour, ou dans le milieu, Genlis, Maison rust. t. I, p. 153, dans POUGENS.

    Fig. Et plus d'un âne a mangé quelquefois Au râtelier des coursiers de nos rois, Voltaire, Étrennes aux sots.

    Fig. Manger à plus d'un râtelier, tirer du profit de plusieurs endroits différents. Brancas parvint à manger également au râtelier de la guerre et à celui de la cour, Saint-Simon, 421, 82.

    On dit de même : manger à deux râteliers. Bridoison : A-t-il vu mon secrétaire, ce bon garçon ? - Figaro : N'est-ce pas Doublemain, le greffier ? - Bridoison : Oui, c'est qu'il mange à deux râteliers, Beaumarchais, Mar. de Figaro, III, 13. N'oubliez pas que je suis homme à manger à deux râteliers, Béranger, Ventru aux él.

    Fig. Mettre le râtelier bien haut à quelqu'un, lui rendre une chose si difficile qu'il ait beaucoup de peine à y réussir.

  • 2Bâti sur lequel on place les armes portatives, et qui consiste en deux montants garnis de chevilles ou de crochets sur lesquels on pose horizontalement des fusils, des carabines ; ou en deux pièces de bois établies à trois ou quatre pieds l'une de l'autre, et qui servent à placer des fusils verticalement.

    Fig. Remettre les armes au râtelier, ne plus faire la guerre, quitter les armes.

  • 3Tringle attachée au côté de l'établi du menuisier, pour y placer les outils à manche.
  • 4 Terme de marine. Se dit de chevilles fixées à des planches épaisses et étroites pour amarrer et tourner des cordages.

    Se dit aussi des planches ainsi garnies.

    Encadrement de bois où certaines poulies effectuent leur jeu.

  • 5Dans les corderies, traverse qui porte les torons et cordages.
  • 6 Fig. Les deux rangées de dents. Un beau râtelier. Un râtelier de fausses dents. Se faire mettre un râtelier. Quoique les dents du duc de Bourgogne ne fussent pas vilaines, le râtelier supérieur s'avançait trop, Saint-Simon, 322, 211. Un beau râtelier, pour de belles dents, expression condamnée comme basse et impropre, Genlis, Mém. t. V, p. 92, dans POUGENS. (elle croit l'expression récente).
  • 7Un râtelier de perles, collier de perles fait en forme de râtelier. Mais elle m'épuisait, et changeait tous les jours De jupes, de mouchoirs, de bijoux et d'atours, Voulait voir à son col un râtelier de perles, Montfleury, Femme juge et partie, IV, 3.

HISTORIQUE

XIVe s. Se la beste est ferue [d'une flèche] haut au derriere des espaules, c'est un endroit qui est appelé le ratelier, Modus, f° LV.

XVIe s. Ils leur firent abandonner leur garde et en furent seigneurs et maistres, ensemble de leurs armes estans aux rasteliers, Du Bellay, M. 528. Les rasteliers [rafles], ou escheletes, ou draches, diversement nommées, esquelles les grains des raisins se tiennent, De Serres, 208. Retirer les lards du saloir, pour les pendre aux rasteliers du charnier, De Serres, 838.

ÉTYMOLOGIE

Rastel, râteau ; wallon, rislîr.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

RÂTELIER.
1Ajoutez :

Fig. Hausser le râtelier, couper les vivres, retrancher l'argent. La mauvaise prêtraille ne mérite pas moins que les fermiers généraux que vous lui haussiez le râtelier, Cahier des plaintes des dames de la halle, p. 14, 1789, dans CH. NISARD, Parisianismes, p. 140.