« boeuf », définition dans le dictionnaire Littré

boeuf

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

bœuf

(beuf ; l'f se prononce, excepté dans bœuf gras et bœuf salé, dites : beu gras, beu salé ; cependant quelques-uns prononcent bœuf salé ; au pluriel l'f ne se prononce jamais : les bœufs, dites : les beû ; l's se lie : des bœufs et des vaches, dites : des beû-z et des vaches ; au XVIIe siècle, d'après Chifflet, l'f ne sonnait jamais, même au singulier, devant les consonnes, et devant les voyelles il était indifférent de la prononcer ou non) s. m.
  • 1Taureau châtré, servant surtout au labour des champs et à la nourriture de l'homme. bœuf de labour. bœuf de boucherie. Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent, Promenaient dans Paris le monarque indolent, Boileau, Lutr. II.

    bœuf gras, bœuf que les bouchers promènent au carnaval.

    bœuf violé, viélé ou villé, se disait autrefois du bœuf gras, parce qu'on le promenait au son d'une viole ou vielle.

    Fig. et familièrement. C'est un bœuf, se dit d'un homme d'épaisse stature, ou d'un lourdaud. Je tombe d'accord que c'est un bœuf, Hamilton, Gramm. 7. C'était [Courson] dehors et dedans un gros bœuf fort brutal, fort insolent, Saint-Simon, 470, 209. C'était [M. de Chaulnes] sous l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf, l'esprit le plus délié, le plus délicat, le plus souple, Saint-Simon, 21, 241. Son Moustapha n'était qu'un gros bœuf appelé sultan, Voltaire, Lett. à Cath. 71.

    C'est un bœuf pour le travail, se dit d'un homme qu'un travail long et pénible ne fatigue ni ne rebute.

  • 2La chair de bœuf. Une langue, un filet de bœuf.

    Un bœuf, dans le langage des restaurateurs, est un morceau de bœuf. Servez-moi un bœuf au choux.

    Un bœuf à la mode, un morceau de bœuf cuit dans un bain d'eau, de bouillon, d'eau-de-vie, avec des carottes et un bouquet d'herbes odoriférantes.

    Fig. et familièrement. C'est la pièce de bœuf, se dit de ce qui est le fond ou la matière principale et solide, comme le bœuf dans les repas ordinaires.

  • 3Œil-de-bœuf, petite fenêtre ronde ou ovale, pratiquée ordinairement à la couverture d'un bâtiment.

    Au plur. Des œils-de-bœuf.

  • 4Pied de bœuf, sorte de jeu d'enfants.
  • 5En histoire naturelle, bœuf désigne un genre d'animaux ruminants.
  • 6bœuf musqué, animal que les zoologistes ont retiré du genre bœuf, qui ressemble plus au mouton qu'au bœuf et qui vit en Amérique.

    bœuf de mer, nom vulgaire de l'hippopotame, du lamantin et de plusieurs phoques.

    bœuf des marais, nom vulgaire du butor.

PROVERBE

Mettre la charrue devant les bœufs, commencer par où l'on devrait finir, mettre devant ce qui devrait être derrière.

Je ne lui ai dit œuf ni bœuf, c'est-à-dire je ne lui ai pas dit de grosses paroles.

Donner un œuf pour avoir un bœuf, faire un petit cadeau, une petite avance pour en retirer un gros profit.

Dieu donne le bœuf, et non pas la corde, signifie que Dieu donne des grâces, mais qu'il faut que nous nous aidions.

HISTORIQUE

XIe s. Cil ki aveir [bétail] escut [retire] u chivals u buefs, Lois de Guill. 6.

XIIe s. Oil de boef l'ai oï nomer, Rou, 10837. Ne la meüssent li buef d'une charrue, Ronc. p. 105. Sur un char fist um metre l'arche Deu e covrir ; Li buef en chancelerent, l'arche voleit chaïr, Th. le mart. 75.

XIIIe s. Et fist corre ses homes par le païs entor, si gaaingnierent assés bues et vaches et bugles, et mout grant plenté d'autres bestes, Villehardouin, CLXIV. Là prenés garde à vous parer ; S'en saurés plus que buef d'arer, la Rose, 13294. Et por ce dist ci Rustebues : Qui à bues bée [qui s'efforce d'avoir des bœufs], si a bues, Rutebeuf, II, 188. Bien pert s'alleluie [il perd son alleluia] qui à dos de buef la chante, Proverbe dans LEROUX DE LINCY. Ce seroit certes grans eschars [faute] ; Devant le buef iroit li chars, ib.

XIVe s. Donques disons nous bien que ne beuf ne cheval ne autre beste n'est beneuré, Oresme, Eth. 21. Et aussi le lyon ne se esjoït pas en oïr la voiz du beuf, mais pour le beuf mangier, Oresme, ib. 93.

XVe s. Moult avoit face bouffie, yeulx comme bœuf boutans dehors, col court, parolle legiere, Chastelain, Chron. des D. de Bourg. II, ch. VII. On a beau mener le bœuf à l'eau s'il n'a soif, Proverbe dans LEROUX DE LINCY.

XVIe s. On lie les bœufs par les cornes et les hommes par les paroles, Loysel, 357. Les grands bœufs ne font pas les grandes arées [labourages], Proverbe dans LEROUX DE LINCY. La belle qui estoit de l'age d'un vieil beuf [1 C ou 17 ans], c'est à dire desirable et fraische, Moyen de parvenir dans LEROUX DE LINCY.

ÉTYMOLOGIE

Berry, boeu ; picard, bu, boeu ; mâconnais, beu ; wallon, boûf ; provenç. bov, buou ; catal. bov ; anc. espagn. boy ; espagn. mod. buey ; portug. boi ; ital. bove ; du latin bos, bovis; bas-breton, , vache.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BŒUF. Ajoutez :
7Chez les tailleurs, l'ouvrier tailleur en général.

Petit bœuf, l'ouvrier qui n'est pas encore capable d'achever une pièce seul.

8 Populairement. Être le bœuf d'une affaire, supporter les mauvaises conséquences de quelque chose.