« renversement », définition dans le dictionnaire Littré

renversement

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

renversement

(ran-vèr-se-man) s. m.
  • 1Action de mettre à l'envers, de mettre en bas ce qui était en haut, de mettre dans une direction contraire. Pour vérifier un quart de cercle, c'est-à-dire pour connaître l'angle que fait la lunette avec le rayon de l'instrument, on emploie le renversement et le retournement, Bouvard, Instit. Mém. scienc. ph. et math. Sav. étr. t. I, p. 77.

    Fig. Renversement continuel du pour au contre, Pascal, Pens. V, 2 bis, édit. HAVET.

    Renversement du spectre, phénomène qui consiste en ce qu'un gaz qui produit une raie brillante lorsqu'il est rendu incandescent, produit une raie obscure par l'absorption qu'il exerce sur une lumière étrangère qui vient le traverser.

    Terme de chirurgie. Dérangement dans la situation ou dans la conformation naturelle d'un organe, par suite duquel la partie supérieure devient inférieure, et la partie postérieure devient antérieure ou l'interne devient externe. Plusieurs organes sont susceptibles d'éprouver le renversement. Renversement de la matrice.

    Terme de marine. Changement de direction de la marée, des brises, etc. ; époque où il a lieu. Le renversement de la mousson.

  • 2 Terme de musique. Disposition des notes dans un ordre contraire de celui de l'accord fondamental. Il faut que l'élève nomme ainsi tous les accords, jusqu'à ce qu'on n'ait plus de doute qu'il comprend à fond leurs renversements, Grétry, Méth. pour préluder, leçon 10. Si, après avoir établi un intervalle quelconque, on change de place l'un des sons qui le constituent, c'est-à-dire si l'on fait du premier son le second, ou, ce qui revient au même, du second le premier, on obtiendra un nouvel intervalle qui se trouvera être le renversement de celui que l'on vient de considérer ; le second intervalle sera le renversement du premier ; mais le premier sera aussi bien le renversement du second ; aucun de ces deux intervalles ne peut, logiquement, être regardé soit comme primitif, soit comme dérivé ; ou, pour mieux dire, ils ont autant de titres l'un que l'autre à chacune de ces deux qualifications, purement relatives, Loquin, Essai sur la tonalité moderne, p. 89.
  • 3 Terme d'arithmétique. Le renversement d'une fraction, transposition du numérateur à la place du dénominateur, et réciproquement.

    On dit de même : le renversement des termes d'un rapport, d'une proportion.

  • 4En logique, renversement des termes d'une proposition, transposition des termes d'une proposition.
  • 5Déplacement des mots dans une phrase, dans une construction. Quoiqu'il y ait des occasions où le renversement aurait de la grâce, comme en cet exemple : après de si grands avantages et si heureusement remportés, qui satisfont beaucoup plus l'oreille que si on disait : après des avantages si grands et si heureusement remportés, Acad. Observ. sur Vaugelas, p. 176, dans POUGENS. Le renversement de construction ne doit jamais renverser le sens, Dumarsais, Trop. part. II, art. 18.
  • 6Dérangement. Le renversement de mes papiers, de ma bibliothèque. Comme il [Jésus] paraîtra au dernier jour, avec un tel éclat de foudre et un tel renversement de la nature, que les morts ressusciteront et les plus aveugles le verront, Pascal, Pens. XX, 1.

    Fig. Et cependant cette attache vicieuse [au faux honneur], qui serait capable de souiller les actions les plus saintes, si on les rapportait à cette fin, sera capable de justifier les plus criminelles, parce qu'on les rapporte à cette fin ! quel renversement, mes pères, et qui ne voit à quels excès il peut conduire ? Pascal, Prov. XI. Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature humaine pour faire gloire d'être…, Pascal, Pens. IX, 1. Les hommes ne portent point communément dans leur propre fonds un renversement si universel de tout ce que la nature a de plus sacré, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. I, p. 195. Quel renversement d'idées ! quel désordre de sentiment ! Rousseau, Confess. I.

    Le renversement de sa tête, de son esprit, le désordre de ses idées.

    Renversement d'esprit, folie. C'est la plus grossière de toutes les illusions, et un désordre que nous pouvons traiter de folie et de renversement d'esprit, Bourdaloue, 5e dim. après la Pentec. Dominic. t. II, p. 440.

    On dit dans un sens analogue : renversement du bon sens. C'était [l'idolâtrie] un renversement du bon sens, Bossuet, Hist. II, 11.

  • 7Action de renverser, de jeter à terre ; état d'une chose renversée. Le renversement d'une table. Le renversement des murailles d'une ville.
  • 8 Fig. Ruine, destruction complète. Elle [Mlle de Scudéry] dit toujours : depuis le renversement de notre maison ; vous diriez qu'elle parle du bouleversement de l'empire grec, Tallemant, Scudéry et sa sœur. Quand je fus seul avec mon ami, je lui témoignai d'être étonné du renversement que cette doctrine [des casuistes] apportait dans la morale, Pascal, Prov. IV. Des livres dont la doctrine est le renversement de la piété, Bossuet, Lett. quiét. 85. Ce n'est pas un petit renversement du droit divin et humain, Voltaire, Lett. d'Argental, 20 janv. 1764. Ce renversement des saines opinions est l'infaillible effet des leçons qu'on va prendre au théâtre, Rousseau, Imit. théâtr. Le renversement de la patrie, Thomas, Éloge de Sully.
  • 9Ancien terme de marine. Transport de la charge d'un navire dans un autre. On dit aujourd'hui transbordement.

HISTORIQUE

XVIe s. Comme si, en un tel renversement de toutes choses, l'honneur du siege demeuroit là où il n'y a plus mesme nul siege, Calvin, Inst. 916.

ÉTYMOLOGIE

Renverser.