« provision », définition dans le dictionnaire Littré

provision

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

provision

(pro-vi-zion ; en vers, de quatre syllabes) s. f.
  • 1 Terme de palais. Ce qui est adjugé préalablement à une partie en attendant le jugement définitif. Sentence de provision. On lui a adjugé une provision de deux mille francs. Appius déclara qu'il n'y avait que le père seul qui pût réclamer la possession de celle qu'il prétendait être sa fille, et que, s'il était présent, il lui adjugerait la provision, Vertot, Révol. rom. v, 54.

    Provision alimentaire, somme allouée par la justice aux veuves ou aux femmes séparées sur les biens de leurs époux, aux pères ou aux mères sur les revenus de leurs enfants, etc.

    Fig. Les misères de ma vie n'étaient que des provisions de dédommagements et de jouissances pour un meilleur état, Rousseau, 1er dial.

  • 2 Terme de commerce et de banque. Fonds destinés par celui sur qui une lettre de change est tirée, à payer cette traite. Faire la provision d'une lettre de change.

    Terme de commerce. Rétribution due à un courtier, à un facteur ou à un commissionnaire du commerce, qui a été chargé d'une vente ou d'un achat.

  • 3 Terme ecclésiastique. Droit de pourvoir à un bénéfice.

    L'acte du supérieur qui a donné le titre. Un faux exposé rend la provision nulle.

  • 4 Au plur. Lettres par lesquelles un bénéfice ou un office est conféré à quelqu'un. Jamais Lauzun n'avait daigné me remercier du gouvernement de Berry ; il n'en avait pas pris les provisions, Paroles de Louis XIV, dans SÉV. 106. Les amis de mon père le pressaient d'envoyer chercher ses provisions de grand écuyer, Saint-Simon, 8, 103. Je ne doute pas que M. Sidrac ne soit celui qui doit m'expédier les provisions de ma cure, Voltaire, Oreilles, 1. Le cardinal de Richelieu n'eut les provisions de premier ministre qu'en 1629, le 21 novembre ; Louis XIII les signa seul de sa main, Voltaire, Mél. hist. Test. pol. de Richelieu, 8.
  • 5Amas, fait avec prévoyance, de différentes choses nécessaires. Provision de farine, de vin, de poudre. Provisions de guerre et de bouche. Aller à la provision. Faire provision de livres pour la campagne. Comme ce n'est pas assez, avant de commencer à rebâtir le logis où on demeure, que de l'abattre et de faire provision de matériaux et d'architectes, Descartes, Méth. III, 1. Ayant trouvé quelques provisions de bouche en se glissant à travers des décombres [dans Lisbonne renversée], ils réparèrent un peu leurs forces, Voltaire, Cand. 5.

    Avoir en provision, se dit de certaines denrées, beurre, café, etc. quand on ne les achète pas au fur et à mesure du besoin.

    Par plaisanterie. Il a eu bonne provision de bois pour son hiver, se dit d'un homme qui a reçu des coups de bâton.

    Au plur. Provisions se dit surtout d'objets de consommation pour le ménage.

    Faire ses provisions, se pourvoir des choses nécessaires.

    Provisions de carême, le beurre, l'huile, le poisson salé, les légumes, les fruits secs et tout ce que les catholiques mangent d'ordinaire dans le carême.

    Terme de marine. Les provisions, les vivres consommés par le commandant et les officiers.

  • 6 Fig. Nombre, quantité amassée avec prévoyance ou considérée comme une réserve. Puis donc qu'amour te fait d'amants provision, Régnier, Dial. Vous savez que, pour l'esprit, il n'en a pas, grâce à Dieu, grande provision, Molière, Fourb. II, 7. Tâchez de ne vous point mettre dans le mauvais temps, et faites provision de forces pour un si long trajet, Sévigné, 458. C'est une bonne provision, ma très chère, que d'avoir un bel et bon esprit, Sévigné, 14 fév. 1680. Quoi qu'il en soit, faites provision d'argent, Hamilton, Gramm. 6. Apprendre cinq ou six mots d'une langue morte : dès qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit pas s'embarrasser de sa fortune, Montesquieu, Lett. pers. 117. Cette provision d'idées doit être un des principaux objets de l'éducation, Dumarsais, Œuv. t. I, p. 3.

    En avoir sa provision, avoir de quelque chose tout ce qu'il en faut, tout ce qu'on en peut avoir. Ma foi, son cœur en a sa provision [d'amour], Molière, Princ. d'Él. IV, 6.

    En avoir assez pour sa provision, être suffisamment pourvu, muni de quelque chose. Je voudrais, comme M. Jourdain, avoir le fouet devant tout le monde, et savoir non pas le latin, mais quelque peu de chicane, assez pour ma provision, Courier, Lett. II, 94.

    Faire des provisions, amasser les connaissances qui serviront un jour. La jeunesse n'est pas le temps de la récolte et des productions ; c'est celui de semer et de faire des provisions, Dumarsais, Œuv. t. I, p. 36.

    Il n'a pas fait de provisions pour, il ne s'est pas préparé à. Il n'a guères fait de provisions jusqu'à présent pour soutenir un malheur comme le sien, Sévigné, 437.

  • 7Par provision, loc. adv. Provisoirement, préalablement. Hé ! par provision, mon père, couchez-vous, Racine, Plaid. I, 4. Le parlement rendit un arrêt par lequel, en remettant à délibérer plus amplement sur leur institut [des jésuites], il leur permettait d'enseigner par provision la jeunesse, Voltaire, Hist. parl. XXVI. Pendant qu'on fait le procès du maître, le valet de chambre est pendu par provision, Dancourt, l'Opéra de village, sc. 11.

    Terme de jurisprudence. Jugement par provision, jugement exécutoire provisoirement, nonobstant le recours dirigé contre lui.

    Dans le langage général, en attendant et par précaution. Afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m'obligeait de l'être en mes jugements, je me formal une morale par provision qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes…, Descartes, Méth. III, 1. Je me sentais un peu plus oppressée, je jugeai bien qu'il fallait me saigner avant que de partir, afin de mettre cette saignée par provision dans mes ballots, Sévigné, 10 juillet 1675.

    On a dit, dans un sens analogue, de provision. Si vous étiez ici ma chère fille, vous vous moqueriez de moi : j'écris de provision…, Sévigné, 24. Ceci [cette lettre] est un peu de provision ; car je ne vous écrirai que demain ; mais je veux vous écrire présentement ce que je viens d'apprendre, Sévigné, 12 fév. 1671.

    PROVERBE

    Provision, destruction, ou provision, profusion, c'est-à-dire quand on a dans un ménage une provision, on consomme plus que si on achetait à mesure

HISTORIQUE

XIVe s. Pierre fery [frappa] Guillaume sur son chief en telle maniere que, se n'eust esté la grace de Dieu, avec la provision [prévoyance] dudit Guillaume, il eust esté mort et occis, Du Cange, prorisio. Les gens dient aucunes bestes estre prudentes, pour ce que il ont une industrie naturele de faire leur provision, Oresme, Eth. 178.

XVe s. Voulentiers ceulx qui font les choses en craincte y donnent les bonnes provisions, Commines, II, 4.

XVIe s. Ayant un peu d'eau et de pain à costé de son livre, [ce] qui estoit toute la provision de son repas, Montaigne, I, 311. La premiere provision de quoy ils [les Romains] se servoient à brider la rebellion des peuples de nouvelle conqueste, c'estoit leur oster armes et chevaux, Montaigne, I, 361. Il avoit du savoir en sa teste, mais non pas plus qu'il lui en falloit pour sa pourvision, Despériers, Contes, CXVI. Elle cacha en un petit coin son nouvel ami, et alla ouvrir la porte à l'ami de provision [de réserve, en titre], Yver, p. 646. En compte n'y a point de provision [le juge n'alloue rien provisoirement au créancier], Loysel, 205. Depuis, les puinés y ont pris [aux fiefs] quelques provisions et apanages, qui leur ont, quasi partout, esté enfin faits patrimoniaux, Loysel, 612. La commune ne faisoit autre chose, que dire seulement qu'elle en estoit bien desplaisante, sans y donner autre provision, Amyot, P. AEM. 52. Celle provision et munition d'engins se trouva lors tout à propos pour les Syracusains, Amyot, Marcel. 52.

ÉTYMOLOGIE

Génev. porvision ; provenç. provisio ; espagn. provision ; ital. provisione ; du lat. provisionem, de provisum, supin de providere (voy. POURVOIR).