« broncher », définition dans le dictionnaire Littré

broncher

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

broncher

(bron-ché) v. n.
  • 1Mettre le pied à faux. Un cheval peut broncher par maladresse ou par défaut d'aplomb. Le cheval reculait toujours, ronflant, soufflant, et bronchant comme un cheval effarouché qu'il était, Scarron, Rom. com. II, ch. 13. Votre cheval bronchant vous laissait dans la plaine, Rotrou, Bélis. V, 5. Quand bronchant lourdement en un mauvais passage, Régnier, Sat. X. Après ce mauvais pas où vous avez bronché, Corneille, le Ment. IV, 5.
  • 2 Fig. Hésiter, faillir. Jamais au bout du vers on ne te voit broncher, Boileau, Sat. II. Leur venin [de mes ennemis] qui sur moi brûle de s'épancher, Tous les jours en marchant m'empêche de broncher, Boileau, Épît. VII. On marche devant Dieu ; mais, si on bronche, on se hâte de reprendre sa course, Fénelon, XVIII, 383. M. de Vendôme, secouru de M. du Maine, ne laissa pas Barbezieux broncher à son égard, Saint-Simon, 29, 78.

    PROVERBE

    Il n'y a si bon cheval qui ne bronche, c'est-à-dire les plus habiles se trompent, font des fautes.

    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

HISTORIQUE

XIVe s. Thibaut fery de la hache qu'il tenoit, sur les espaules de Colart si grant cop qu'il le fist brunquier sur le col de son cheval, Du Cange, broquerius.

XVIe s. Le grand colosse, à ce coup estonné, D'un sault horrible alla bruncher par terre, Du Bellay, J. V, 9, verso. Le pré aux clers en est tesmoing, Où il n'y a si petit coing De muraille, qu'à coups de pierre On ne face bruncher par terre, Du Bellay, J. VII, 76, verso. Le broncher d'un cheval, la cheute d'une tuile, Montaigne, I, 76. Mon jugement ne marche qu'à tastons, chancelant, bronchant, et chopant, Montaigne, I, 155. C'est un coup de la fortune de faire bruncher nostre ennemy, Montaigne, I, 242. Ce mulet passant au travers d'une riviere, et y estant [ayant] brunché, Montaigne, II, 186. Le corps sans nom, sans chaleur et sans face, Comme un grand tronc broncha dessus la place, Ronsard, 596. …le bois estant bronché [abattu] Fut par le fer artisan destranché, Ronsard, 599. …empeschant que cet illustre ouvrage, Basty par vous, n'est bronché de l'orage, Amadis Jamyn, Poésies, p. 14, verso. …et par là bronche contre bas La plus dure espesseur des superbes murailles, ID. ib. p. 32.

ÉTYMOLOGIE

Norm. brucher ; de l'ancien français bronche, qui signifiait branche ; ancien espagn. broncha, même sens ; ital. bronco, tronc ; d'où broncher, parce qu'on se heurte contre un tronc d'arbre. Origine inconnue. On l'a rapporté au latin bronchus, le même que brochus, dent saillante (voy. BROCHE) ; mais le sens est peu satisfaisant. Diez met en avant l'ancien haut-allem. bruch, flamand brok, quelque chose de rompu, fragment ; mais il n'y a pas assez d'intermédiaires pour qu'on sorte de la pure conjecture.