« bâtard », définition dans le dictionnaire Littré

bâtard

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

bâtard, arde

(bâ-tar, tar-d' ; le d ne se lie jamais : un bâtard et son père, dites : un bâ-tar et… Au pluriel : ces bâtards et leur père ; dites : ces bâtar et leur père. D'autres prononcent l's : ces ba-tar-z et…) adj.
  • 1Qui est né hors mariage.

    Substantivement, un bâtard, une bâtarde. Reconnaître, légitimer un bâtard. Un bâtard échappé des pirates du Nord A soumis l'Angleterre, Voltaire, D. Pèdre, I, 1. Il y a des gens qui substituent leurs vers aux miens ; je ne fais pas grand cas de mes vers ; mais enfin j'aime mieux mes enfants tortus et bossus que les beaux bâtards que l'on me donne, Voltaire, Lett. Richelieu, 22 juill. 1767. On dit mieux enfant naturel.

    Simple bâtard, celui qui est né de personnes libres, par opposition à bâtard adultérin.

    Bâtard de Caux, cadet qui n'avait pas de biens.

    Autrefois les bâtards des rois étaient princes ; ceux des princes, gentilshommes ; ceux des gentilshommes, roturiers.

  • 2Dégénéré de l'espèce à laquelle il appartient. Olivier bâtard. Reinette bâtarde.

    Fig. Les critiques regardent le drame comme un genre bâtard. Non comme toi touchés d'une bâtarde gloire, Régnier, Épît. I.

  • 3Bâtard se joint à plusieurs substantifs et indique que la chose dont il s'agit a subi quelque modification qui la change et l'amoindrit.

    Porte bâtarde, porte de maison qui n'est ni petite porte ni porte cochère.

    En termes de fauconnerie, oiseaux bâtards, oiseaux qui tiennent de deux espèces.

    Vaches bâtardes, vaches dont le rendement en lait diminue quand elles ont conçu de nouveau.

    Dans la boulangerie, pâte bâtarde, pâte ni dure ni molle.

    Laine bâtarde, seconde laine levée sur l'animal.

    Épée bâtarde, celle qui pouvait servir à une main et à deux.

  • 4Écriture bâtarde, ou simplement, bâtarde, écriture ordinairement penchée, à jambages pleins, à liaisons arrondies par le haut et à têtes sans boucles. La bâtarde qui n'est pas penchée s'appelle bâtarde ronde. Eh ! oui, d'une écriture que vous connaissez… là… d'une certaine écriture qui n'est pas légitime. - Il veut dire de la bâtarde, Lesage, Turcaret, II, 6.
  • 5 Terme de marine. Marées bâtardes, celles qui ont lieu pendant les quadratures.

    Voile bâtarde, grande voile d'une galère qui ne s'emploie que lorsqu'il fait peu de vent.

  • 6 S. m. Sucre produit par des sirops qui sont le résidu d'un raffinage précédent.
  • 7 S. m. Terme de marine. Corde qui assemble les racages et les amarres sur le mât près de la vergue.
  • 8 S. f. Dans l'ancienne artillerie, bâtarde, sorte de canon, long d'environ neuf pieds et demi, avec trois pouces dix lignes de calibre.
  • 9 S. f. Forme grossière pour obtenir le sucre appelé bâtard.
  • 10 S. f. Lime d'horloger dont la taille n'est ni douce ni rude.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et ses bastars andui [tous deux], et Rainfrois et Hendris, Berte XCIX. Et uns siens fius bastars saisi la terre et la tint, Chron. de Rains, 129. Et se la charete est bastarde, c'est à savoir sans ferrure, Liv. des mét. 319. Chil [ceux] qui sont de ma mesnie ou mi serf ou mi bastart poent estre mi avocat, Beaumanoir, V, 13. S'ele le porte mains [moins] de sept mois, le mariage durant, et li enfes vit, il apert qu'il fu conceus devant le mariage, et por ce pot il estre tenus por bastars, ib. XVIII, 2. Je me assis à une fenestre, et un enfant delez moy, et avoit entour dix ans d'aage, qui avoit à non Berthelemi et estoit filz bestart à Mons. Ami de Montbeliart, Joinville, 253.

XVe s. Car ce n'est mercure vulgaire, Ne riens qui du bastard approche, La Fontaine, 695. Le roi de Portingal avoit respondu au message [qui l'invitait au couronnement de Jean de Castille fils aîné de Henry le Bâtard] que jà ne seroit au couronnement du fils d'un bastard qui avoit murdri son frere, Froissart, II, II, 44.

XVIe s. Dix coullevrines bastardes, D'Aubigné, Hist. I, 304. Quatre canons, deux coulevrines, deux bastardes et quatre pièces de campagne, D'Aubigné, ib. 152. Cinq petites pieces à boites, qui, bien qu'elles ne soient que de calibre de demie bastarde, D'Aubigné, Hist. III, 62. On luy pourroit donner à sentir bon vin bastard, malvoisie, hippocras, eau rose, vinaigre rosat, Paré, XVI, 13. Toutes les flatteries, attraits et allechement ne sont que faux appast et amorses bastardes, Amyot, Préc. d'admin. 85.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. bastard ; espagn. et ital. bastardo ; allem. et angl. bastard. On a indiqué le celtique : gall. basdarz, bas-bret. bastard, gaél. basart, de bâs, bas, et tarz, extraction. Malgré les apparences, il faut rejeter cette étymologie ; car elle ne peut s'accorder avec des passages comme celui-ci : Ne sait où aille à parent ne cousin, Fors à sa suer, qui l'aime de cuer fin, Fille de bast le riche duc Basin, Geste de AUBERI LE BOURGOING, Hist. litt. t. XXII, p. 320. Fille de bast signifie bâtarde. Bâtard vient donc de bât (voy. ce mot), indiquant ici le mépris, avec la finale ard fréquente en français et dérivée de l'allemand Art, espèce, sorte, manière d'être. On trouve aussi, par une corruption née de l'ignorance du sens et par une fausse étymologie, fille de bas, bâtarde, fils de bas, bâtard, venir de bas, être bâtard (voy. DU CANGE, bastardus.)

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

BÂTARD.
4En typographie, caractère imité de l'écriture bâtarde. On soumit plusieurs écritures aux procédés typographiques ; ainsi nous. avons eu… vers 1640 une bâtarde brisée et en 1741 une bâtarde coulée, Manuel de typographie, Imprimerie, 1re part. p. 65, Encyclopédie Roret.

HISTORIQUE

XVIe s. Ajoutez : Panurge luy donna… une espée bastarde bien dorée, Rabelais, Pant. III, 25.