« nation », définition dans le dictionnaire Littré

nation

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

nation

(na-sion ; en vers, de trois syllabes) s. f.
  • 1Réunion d'hommes habitant un même territoire, soumis ou non à un même gouvernement, ayant depuis longtemps des intérêts assez communs pour qu'on les regarde comme appartenant à la même race. Auguste journée où deux fières nations [l'espagnole et la française], longtemps ennemies et alors réconciliées par Marie-Thérèse, s'avancent sur leurs confins, leurs rois à leur tête, non plus pour se combattre, mais pour s'embrasser, Bossuet, Mar.-Thér. Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles qui sont la source des nations, et, dans toutes les nations, les qualités dominantes qui devaient en faire la fortune ; il a aussi ordonné dans les nations les familles particulières dont elles sont composées, mais principalement celles qui devaient gouverner ces nations, et, en particulier, dans ces familles, tous les hommes par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre, Bossuet, ib. Alger, tu disais dans ton cœur avare : les nations sont ma proie, Bossuet, ib. Quand on regarde la facilité incroyable avec laquelle la religion a été renversée ou rétablie par Henri, par Marie et par Élisabeth, on ne trouve ni la nation si rebelle, ni ses parlements si fiers et si factieux, Bossuet, Reine d'Anglet. La France, seule nation de l'univers qui depuis douze siècles presque accomplis n'a jamais vu sur le trône que des princes enfants de l'Église, Bossuet, ib. Les rois d'Angleterre qui ont régné depuis tant de siècles sur une des plus belliqueuses nations de l'univers, plus encore par leur courage que par l'autorité de leur sceptre, Bossuet, Duch. d'Orl. Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, Bossuet, Reine d'Angl. Ceux qui sont instruits des affaires, étant obligés d'avouer que le roi [Charles 1er d'Angleterre] n'avait point donné d'ouverture ni de prétexte aux excès sacriléges dont nous abhorrons la mémoire, en accusent la fierté indomptable de la nation, Bossuet, ib. Vous serez de sa vue [de Mardochée] affranchi dans dix jours ; La nation entière est promise aux vautours, Racine, Esth. II, 1. Le czar acheta le cabinet [d'anatomie de Ruysch], et l'envoya à Pétersbourg, présent des plus utiles qu'il pût faire à la Moscovie, qui se trouvait tout d'un coup et sans peine en possession de ce qui avait coûté tant de travaux à un des plus habiles hommes des nations savantes, Fontenelle, Ruysch. Sous les deux premières races, on assembla souvent la nation, c'est-à-dire les seigneurs et les évêques ; il n'était point encore question des communes, Montesquieu, Esp. XXVIII, 9. Comme les nations destructives font des maux qui durent plus qu'elles, il y a des nations industrieuses qui font des biens qui ne finissent pas même avec elles, Montesquieu, ib. XVIII, 7. Je suis sévère pour les nations, répondit Oswald : je crois toujours qu'elles méritent leur sort, quel qu'il soit, Staël, Corinne, IV, 2. Les nations, reines par nos conquêtes, Ceignaient de fleurs le front de nos soldats, Béranger, Vieux sergent.

    La grande nation, nom donné d'abord à la France républicaine, et dont l'empereur Napoléon 1er se servit pour désigner après ses victoires la nation française. La grande nation à vaincre accoutumée, Chénier M. J. la Mort du général Hoche, 1798. Depuis dix ans, leurs routes [des départements de l'Est] étaient couvertes de voyageurs de tous les pays, qui venaient admirer la grande nation, sa capitale chaque jour embellie, les chefs-d'œuvre de tous les arts et de tous les siècles que la victoire y avait rassemblés, Ségur, Hist. de Nap. III, 1.

    Une nation de soldats, une nation dont tous les hommes sont ou soldats, ou propres à la guerre. Une nation de soldats va combattre contre des peuples qui ne sont que citoyens, Montesquieu, Rom. V.

  • 2Tous ceux d'une même nation qui vivent en pays étranger. Aucun ne pourra se dire consul de la nation française dans les pays étrangers sans avoir commission de nous. …faisons défenses aux consuls d'emprunter au nom de la nation aucunes sommes de deniers des Turcs, Mores, Juifs ou autres, Ordonn. marine, août 1681.
  • 3Il se dit, dans le langage des fables, des animaux comparés aux hommes. La nation des belettes, Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats, La Fontaine, Fabl. IV, 6.
  • 4Dans le langage de l'Écriture, les nations, les païens, les gentils. Les rois des nations, devant toi [la nouvelle Jérusalem] prosternés, De tes pieds baisent la poussière, Racine, Ath. III, 7. Qui a changé mon héritage en la retraite des esprits immondes, et livré Jérusalem à tous les excès des nations ? Massillon, Carême, Enf. prod.

    Docteur des nations, apôtre des nations, locutions par lesquelles les prédicateurs ont souvent désigné saint Paul.

  • 5 Fig. Toute espèce de gens considérés comme faisant une sorte de nation à part. Pourquoi me déchirez vous par vos blasphèmes, nation impie ? Bossuet, Anne de Gonz. Connais-tu la nation dévote ? Boileau, Sat. X. Je savais que la nation des poëtes, et surtout des mauvais poëtes, est une nation farouche qui prend feu aisément, et que ces esprits avides de louanges ne digéreraient pas facilement une raillerie, quelque douce qu'elle pût être, Boileau, Disc. sur la satire. Je te parlerai d'une certaine nation qu'on appelle les nouvellistes, Montesquieu, Lett. pers. 130. Henri VIII, voulant réformer l'Église d'Angleterre, détruisit les moines, nation paresseuse elle-même et qui entretenait la paresse des autres, Montesquieu, Esp. XXIII, 29.
  • 6Dans l'ancienne université de Paris, nom donné à certaines provinces qui la composaient. L'université était formée de quatre nations, qui avaient leurs titres particuliers : l'honorable nation de France, la fidèle nation de Picardie, la vénérable nation de Normandie, la constante nation de Germanie ; c'étaient les procureurs de ces nations, avec les doyens des trois facultés supérieures, qui formaient le tribunal du recteur.
  • 7L'ordre de Malte était également divisé par nations, qu'on désignait plus communément sous le nom de langues.
  • 8Collége des quatre nations, collége fondé par Mazarin, pour recevoir les élèves appartenant aux provinces espagnoles, italiennes, allemandes et flamandes nouvellement réunies à la France.

SYNONYME

NATION, PEUPLE. Dans le sens étymologique, nation marque un rapport commun de naissance, d'origine, et peuple un rapport de nombre et d'ensemble. De là résulte que l'usage considère surtout nation comme représentant le corps des habitants d'un même pays, et peuple comme représentant ce même corps dans ses rapports politiques. Mais l'usage confond souvent ces deux mots ; et, sous la constitution de 1791, on avait adopté la formule : la nation, la loi, le roi.

HISTORIQUE

XIIIe s. En tel cas deit un homme estre creus de l'essoine de celui qui par lui l'a contremandé, de quelque nassion que il seit, Ass. de Jér. 98.

XVe s. Là fut fait un cri et un ban de par le roi… que tantost toutes manieres de gens qui n'estoient de la nation de Londres… partissent, Froissart, II, II, 115. Les marchands d'estrange pays, qui ont accoustumé, depuis si longtemps qu'il n'est memoire du contraire, de communiquer et marchander en la ville de Bruges, lesquels on appelloit les nations, Mathieu de Coucy, Hist. de Charles VII, p. 628, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. natio, naision ; espagn. nacion ; portug. nação ; ital. nazione ; du lat. nationem, qui vient de natus, né. Nation dans l'ancienne langue signifiait aussi, comme en latin, naissance, nature.