« rive », définition dans le dictionnaire Littré

rive

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

rive

(ri-v') s. f.
  • 1Le bord d'un fleuve, d'une rivière, d'un lac, d'un étang. Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie, La Fontaine, Fabl. XI, 4. Un poëte : Halte-là ; on ne dit point en notre langue, sur la rive du fleuve, mais sur le bord de la rivière, Boileau, Fragments de dialogue. C'est un de ces captifs à périr destinés, Des rives du Jourdain sur l'Euphrate amenés, Racine, Esth. III, 3. Ses rives, moins riches que celles des lacs de Genève et de Neufchâtel, Rousseau, Conf. XI. Un escarpement à pic [sur le Dniéper] s'opposa à ce qu'on prît terre ; beaucoup furent rejetés sur la glace, qu'ils brisèrent, ou dont ils furent brisés ; à les entendre, le fleuve et cette rive russes semblaient ne s'être prêtés qu'à regret, par surprise et comme forcément à leur salut, Ségur, Hist. de Nap. X, 9.

    Fig. Son esprit ne pouvait se contenir dans ses rives, Fontenelle, dans DESFONTAINES.

    Fig. C'est une affaire, une question qui n'a ni fond ni rive, c'est une affaire, une question fort embrouillée.

    On appelle rive droite ou rive gauche d'un cours d'eau, la droite ou la gauche d'une personne qui est censée marcher dans le fleuve, dans la rivière, etc. en tournant le dos à la source.

  • 2En poésie, il se dit aussi des bords de la mer. Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive, Corneille, Cin. IV, 6. Et des rives du Pont aux rives du Bosphore Tout reconnut mon père, Racine, Mithr. I, 1. La rive au loin gémit blanchissante d'écume, Racine, Iph. V, 6. Sur un écueil battu par la vague plaintive, Le nautonier de loin voit blanchir sur la rive Un tombeau près du bord…, Lamartine, 2es Méditations, Bonaparte.

    Fig. L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ; Il coule, et nous passons, Lamartine, Méd. I, 13.

  • 3On dit aussi quelquefois, en poésie, rive pour contrée. Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? Que ce soit aux rives prochaines, La Fontaine, Fabl. IX, 2. Le ciel porta vos pas aux rives de la France, Voltaire, Zaïre, II, 2.
  • 4Chemin de halage d'une rivière ou d'un canal.
  • 5 Par extension. La rive d'un bois, le bord, la lisière d'un bois.
  • 6La rive d'un four, le bord d'un four.

    Pain de rive, pain cuit sur la rive du four, et qui, n'ayant point touché les autres pains, se trouve cuit et doré tout à l'entour. Un pain de rive à biseau doré, relevé de croûte partout, croquant tendrement sous la dent, Molière, Bourg. gent. IV, 1.

  • 7Nom donné, dans les papeteries, aux bords d'une feuille de papier.
  • 8 Terme de paveur. Se dit des deux faces latérales de chaque pavé lorsqu'il est placé.

HISTORIQUE

XIe s. Desur la rive sunt Franceis herbergiez, Ch. de Rol. CXCVI.

XIIIe s. Enfers est hideus et parfons, Il n'i a ne rive ne fons, Voie de Paradis. Trois serors sor rive mer Chantant cler, dans COUSSEMAKER, l'Art harmonique, p. 242. Et je, qui ceste chanson fis, Sur la rive de mer, pensis, Romanc. p. 45. Vous aurez, fait-il, tant deniers, Comme vous de moi vourrez prendre, Mais que vous me voeilliés atendre à ceste rive [de la mer], nuit et jour, Bl. et Jeh. 2438.

XVe s. Il entra en sa barge, accompaigné d'aucuns chevaliers, et nagerent à rive pour venir contre la Tamise sur le rivage, Froissart, II, p. 137, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Bourg. give ; provenç. et catal. riba. ital. riva, ripa ; du lat. ripa, que Corssen (Ausspr. 2e éd. t. I, p. 534) rapporte à la racine sanscr. rī, répandre, avec un suffixe pa, comme dans stu-pa.