« étrier », définition dans le dictionnaire Littré

étrier

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

étrier

(é-tri-é ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des é-tri-é-z élégants) s. m.
  • 1Anneau pendant de chaque côté d'une selle et servant à appuyer les pieds du cavalier. J'ai déjà remarqué que chez les anciens, tant Grecs que Romains, il n'est fait nulle part mention d'étriers ; ce qui est bien étonnant, Rollin, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 565, dans POUGENS.

    Terme de manége. Pied de l'étrier, se dit du pied gauche, parce qu'on le place le premier dans l'étrier.

    En parlant du cheval, le pied de l'étrier, le pied gauche de devant, dit aussi pied du montoir.

    Courir à franc étrier, courir autant que le cheval peut aller.

    Avoir toujours le pied à l'étrier, être toujours en voyage, et, plus souvent, se tenir prêt à partir. [La Choin était] toujours le pied à l'étrier pour tous les voyages de Meudon, Saint-Simon, 295, 30.

    Avoir le pied à l'étrier, être sur le point de partir.

    Fig. Avoir le pied à l'étrier, être en bonne voie de réussir.

    Mettre le pied à l'étrier à quelqu'un, l'introduire dans une carrière. Je n'oublie pas que c'est vous qui m'avez mis le pied à l'étrier, c'est vous qui m'avez fait entrer dans cette administration, etc.

    Il ne faut point abandonner ses étriers, c'est-à-dire en toute affaire il faut conserver ses avantages.

    Perdre les étriers, vider les étriers, être renversé de cheval.

    Fig. Être déconcerté, perdre de son crédit. Le maréchal de Villeroy, du fond de sa disgrâce, n'avait jamais perdu les étriers chez Mme de Maintenon, Saint-Simon, 1238, 161.

    Être ferme sur ses étriers, être solide sur son cheval ; et fig. Être inébranlable dans sa manière de voir, défendre ses sentiments. M. de Cambray paya d'esprit, d'autorités mystiques, de fermeté sur ses étriers, Saint-Simon, 34, 138.

    Il signifie aussi être dans une position solide. Je ne le vois pas bien affermi sur ses étriers, D'Alembert, Lett. à Voltaire, 18 oct. 1760.

    Tenir l'étrier à quelqu'un, lui aider à monter à cheval en tenant l'étrier. L'empereur devait baiser les pieds du pape, lui tenir l'étrier, Voltaire, Mœurs, 48.

    Fig. Tenir l'étrier à quelqu'un, l'aider dans son entreprise.

    Le vin de l'étrier, et, plus souvent, le coup de l'étrier, le dernier coup qu'on boit quand on est près de monter à cheval, ou à cheval même, et, par extension, au moment de partir, de se quitter.

  • 2Bas à étrier, ou, simplement, étrier, bas qui, au lieu de pied, a seulement une espèce de bande qui passe sous le pied en forme d'étrier. Les laines de Ségovie et autres laines étrangères ne pourront être employées qu'en trois fils, excepté seulement pour les menus ouvrages, tels que bonnets, calottes, chaussons, étriers et autres de pareille qualité, Arrêt du Conseil du roi, 12 juil. 1717.
  • 3 Terme de chirurgie. Étrier ou huit du cou-de-pied, bandage que l'on fait après la saignée du pied pour comprimer la veine.
  • 4 Terme d'anatomie. L'une des petites pièces osseuses de l'intérieur de l'oreille.
  • 5 Terme de charpenterie. Barre de fer, coudée en deux endroits, qui sert à soutenir une poutre.

    Terme de serrurerie. Barre de fer plat à double équerre et à double talon, servant à soutenir quelque chose.

    Terme de marine. Bande de fer, en forme de crampon, qui sert à joindre une pièce de bois avec une autre.

    Petites cordes dont les bouts, joints ensemble par des épissures, servent à faire couler les vergues et à d'autres usages.

  • 6Bandes de cuir qui soutiennent les couvreurs sur les toits. On dit aussi jambier.

HISTORIQUE

XIe s. L'estreu lui tint ses oncle Guinemer, Ch. de Rol. XXVI.

XIIe s. Sun estriu li teneit li reis al remunter ; Et quant li arcevesques le voleit refuser, Nel lairrai, faiseit il…, Th. le mart. 114.

XIIIe s. Nonques miudres [meilleur] sarrasin ne mist pied en estrier, Chr. de Rains, 30.

XVe s. Le sire de Hangest n'en perdit selle ni estrier, Froissart, II, II, 66. Se doit exerciter à saillir sur chevaux tout armez et sans mettre pié à l'estrief, Christine de Pisan, Charles V, II, 27. Maintenant elle dit que elle a un estref trop long et l'autre trop court, puis dit que le cheval trote trop dur, Les 15 joyes de mariage, p. 80.

XVIe s. Entré dedans, rendit graces à Dieu, Tantost s'en part, mect le pied à l'estrieu, Monte à cheval, Marot, J. v, 181. L'admiral, conduisant l'avant-garde, poussa devant lui le prince Porcian et Mouy, lesquels ayans à leur estrié chacun une trouppe d'arquebusiers…, D'Aubigné, Hist. I, 164. Ayant mis à ses deux estriers deux bataillons, à droit celui des François, à gauche celui des Espagnols, pousse…, D'Aubigné, ib. 168. Il n'aura jamais pour ceste occasion si tost le pied à l'estrier, que ci n'aye plus tost le cul sur la selle pour ce faire, Du Bellay, M. 137. Il l'avoit faict bransler et quasi quicter les estrieux, Carloix, VII, 27.

ÉTYMOLOGIE

Berry, etrivier, etrivière ; provenç. estreup, estrieu, estriub ; catal. estreb ; espagn. estribo. Ce mot vient, d'après Frisch, du flamand striepe, lanière de cuir ; mais Diez, prenant en considération l'espagnol estribar, s'appuyer, préfère le haut allemand strëban, s'appuyer, l'étrier étant, d'après cette étymologie, ce sur quoi l'on s'appuie. L'étymologie de Frisch paraît plus naturelle.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ÉTRIER.
1

Fig. Avoir le pied à l'étrier. Ajoutez : Je suis charmé, dit-il à mes protecteurs, que vous vous soyez intéressés pour ce jeune homme, il fera quelque chose : enfin le voilà le pied à l'étrier, Marivaux, Pays. parv. t. IV, p. 73, dans POUGENS.

7 Fig. Plateaux, dans les montagnes, considérés comme des étriers pour l'ascension. Déjà nous découvrons les premiers étriers des Alpes Juliennes… l'endroit choisi par le Barbaro pour asseoir sa villa est un des premiers étriers de la montagne, Ch. Yriarte, Rev. des Deux-Mondes, 1er sept. 1873, p. 186 et 187.