« désert », définition dans le dictionnaire Littré

désert

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

désert, erte [1]

(dé-zêr, dé-zèr-t') adj.
  • 1Qui est sauvage et sans habitants. Une campagne déserte. île déserte. C'est un instinct commun à tous les êtres sensibles et souffrants de se réfugier dans les lieux les plus sauvages et les plus déserts, Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg. L'île était déserte, lorsque les Français y abordèrent en 1720 et changèrent son nom de Maurice en celui d'île de France qu'elle porte encore, Raynal, Hist. phil. IV, 20. Une contrée déserte et inhabitée est la seule qu'on puisse s'approprier, Raynal, ib. VIII, 1. Tantôt sur les sommets de ces roches antiques, Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques, Lamartine, Méd. I, 5. Dans des sables brûlants, sur des rochers déserts, Voltaire, Fanat. II, 4.

    Vide, dépeuplé. Chiens, chasseurs, villageois s'assemblent pour sa perte… C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte, La Fontaine, Fabl. X, 6.

  • 2 Par exagération, très peu fréquenté. Rue déserte. Quartier désert. Ces portiques, ces lieux que vous voyez déserts, De nombreux citoyens seront bientôt couverts, Voltaire, Tancr. III, 3. Enfants infortunés d'une ville déserte…, Voltaire, Triumv. III, 1.

    Fig. Où n'est plus la personne, la chose qui faisait le charme du lieu. Dans l'Orient désert quel devint mon ennui ! Racine, Bérén. I, 4.

  • 3 Terme d'ancienne pratique. Un appel était désert, quand celui qui l'avait interjeté ne l'avait pas relevé par lettres dans les trois mois.

SYNONYME

DÉSERT, INHABITÉ. Le lieu inhabité est celui qui est sans habitants, sans habitations. Un lieu désert non-seulement est inhabité, mais encore offre à l'esprit quelque chose de sauvage, de reculé loin de toute culture et même de toute civilisation.

HISTORIQUE

XIe s. Puis [depuis] icel jour en fut cent ans deserte, Ch. de Rol. LII. De tels barons come ore [la France] maint [demeure] deserte ! ib. CXXVI.

XIIe s. François mourront, desert iert [sera] li païs, Ronc. p. 42.

XIIIe s. Ele ert [était] en la forest toute la plus deserte, Berte, XXX.

XIVe s. …La vertu moienne… est innomée aussi comme se elle fust deserte, Oresme, Eth. 127.

XVe s. Il n'y auroit jamais nul recouvrer que nous et nos hoirs ne feussions destruits, et toute l'Angleterre deserte et en ruine, Froissart, II, II, 111.

XVIe s. Craignant de voir habiter en sa cité un desert [homme sans ressources] necessiteux et indigent, sans heritage ne maison, Amyot, Arist. et Caton comp. 5. Lors il se trouvoit [Aratus] pauvre, desert et affligé, et en grand danger de sa propre personne, Amyot, Arat. 51.

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. dézar ; provenç. et catal. desert ; espagn. desierto ; ital. deserto ; du latin desertus, de deserere, abandonner. Dans l'ancienne langue, désert avait sa signification complète et s'appliquait aux personnes dans le sens d'abandonné, de privé de.