« nectar », définition dans le dictionnaire Littré

nectar

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

nectar

(nè-ktar) s. m.
  • 1Le breuvage des dieux, suivant la Fable, et qui, communiqué aux mortels, leur aurait donné l'immortalité. Loin des hommes s'en alla boire Le nectar avecque les dieux, [Malherbe, III, 2] On a été réduit à dire que les dieux étaient ivres de nectar, lorsqu'ils firent les hommes, et, quand ils vinrent à regarder leur ouvrage de sens froid, ils ne purent s'empêcher d'en rire, [Fontenelle, Mondes, 2e soir.] Les rois sont comme les dieux ; les peuples en font mille contes, et les dieux boivent leur nectar sans se mettre en peine de la théologie des chétifs mortels, [Voltaire, Lett. Cather. 121]
  • 2 Par extension, toute sorte de liqueur agréable, et, en particulier, les vins excellents. On élève en leur place Une chapelle au dieu, père du vrai nectar, [La Fontaine, Filles de Minée.] Sitôt que du nectar la troupe est abreuvée, [Boileau, Lutr. I] Quand des corbeilles de l'automne S'épanche à flots un doux nectar, [Béranger, Champs.]
  • 3 Fig. Ce qui flatte l'esprit et le cœur, comme le nectar flatte le palais. Ce breuvage vanté par le peuple rimeur, Le nectar, que l'on sert au maître du tonnerre, Et dont nous enivrons tous les dieux de la terre ; C'est la louange…, [La Fontaine, Fabl. x, 1] Vous le savez, dieux domestiques, Mon style n'est point infecté Par le fiel amer des critiques, Ni par le nectar apprêté Des longs et froids panégyriques, [Bernis, Ép. VII, à nos dieux pénates.] Du nectar idéal sitôt qu'elle a goûté, La nature répugne à la réalité, [Lamartine, Méd. I, 2]
  • 4 Terme de botanique. Suc mielleux que sécrètent diverses parties de la fleur, dans certaines plantes. Le nectar est la nourriture exclusive de presque tous les lépidoptères, de plusieurs hyménoptères, hémiptères, et, en général, de tous les insectes suceurs, c'est-à-dire pourvus d'une trompe, [Legoarant]

HISTORIQUE

XVIe s. Tu ne boiras aussi de ce nectar divin Qui rend Anjou fameux, [Ronsard, 458] …Tranquillité d'esprit, Vrai nectar qui rend dieux les mortels qu'il abreuve, [Desportes, Tombeau de Desportes.]

ÉTYMOLOGIE

Lat. nectar, nectaris, venu de νέϰταρ, composé, d'après les étymologistes grecs, de νη, particule négative, et ϰτάω, tuer, c'est-à-dire moyen d'immortalité ; mais le sens ne vaut rien, ce qui ne tue pas ne signifiant pas ce qui donne l'immortalité. M. Baudry pense que νέϰταρ est formé du radical νεϰ de νεϰρὸς, avec ταρ suffixe des noms d'agent équivalent à της, τωρ ; et voici comment il l'a expliqué d'après Kuhn, dans ses Mythes du feu (Rev. germ. t. XIV, p. 550) : « Le nectar est le breuvage qu'on verse aux morts dans l'autre monde pour leur faire oublier celui-ci, le même que l'eau du Léthé et que l'ôminnisöl des poëmes scandinaves, ce philtre merveilleux que Grimhild fit boire à Sigurd pour lui faire oublier Brynhild. »