« devenir », définition dans le dictionnaire Littré

devenir

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

devenir

(deu-ve-nir ; deux e muets se suivant, le premier prend un son plus fort, celui de l'eu), je deviens, tu deviens, il devient, nous devenons, vous devenez, ils deviennent ; je devenais ; je devins ; je deviendrai ; je deviendrais ; deviens, devenons ; que je devienne, que nous devenions ; que je devinsse ; devenant ; devenu v. n.
  • 1Prendre une certaine manière, une certaine qualité. Devenir grand, riche, sage. Cela commence à devenir fatigant. Il devint général. Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves ! Corneille, Hor. I, 4. Aussitôt qu'un État devient un peu trop grand…, Corneille, Nicom. V, 1. Il [un capucin] a commencé par me parler de la Provence, de vous… je voudrais que vous eussiez vu ce que m'est devenu ce bon père dès le moment qu'il m'a paru si bien instruit, Sévigné, 284. Le roi, devenu amoureux d'Anne de Boulen, fit venir sa conscience au secours de sa passion, et son mariage, lui devenant odieux, lui devint en même temps douteux et suspect, Bossuet, Var. VII, § 51. Dieux ! si, devenant grand, souvent on devient pire ! Racine, Théb. IV, 3. Devenant malheureux, il m'est devenu cher, Racine, ib. V, 2. Dans l'Orient désert quel devint mon ennui ! Racine, Bérén. I, 4. Quel devins-je au récit du crime de ma mère ! Racine, Mithr. I, 1. … Les secrets de son cœur et du mien Sont de tout l'univers devenus l'entretien, Racine, Bérén. II, 2. Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau, Toimême de ton sang devenir le bourreau, Racine, Phèd. IV, 6. Si vous êtes né vicieux, ô Théagène, je vous plains ; si vous le devenez par faiblesse pour ceux qui ont intérêt que vous le soyez… souffrez que je vous méprise, La Bruyère, IX. Les moindres circonstances deviennent essentielles quand il s'agit de la mort d'un homme tel que Charles XII, Voltaire, Charles XII, 8. Il y a une infinité d'erreurs politiques qui, une fois adoptées, deviennent des principes, Raynal, Hist. phil. IX, 29. Je me croyais grec ou romain ; je devenais le personnage dont je lisais la vie, Rousseau, Conf. I.

    Que devenez-vous ? c'est-à-dire où allez-vous, que voulez-vous faire ? Qu'êtes-vous devenu ? c'est-à-dire où étiez-vous allé ? Qu'est devenue telle chose, où est-elle ?

  • 2Dans les phrases interrogatives et dubitatives, avoir tel sort, tel résultat, telle issue. Je ne sais ce que tout ceci deviendra. Que sont devenus vos serments ? Ne vous informez pas ce que je deviendrai, Racine, Baj. II, 5.

    Que voulez-vous devenir ? c'est-à-dire quelle carrière voulez-vous suivre ? Dites moi donc quelle résolution vous prenez, me répondit le ministre ; que voulez-vous devenir ? Marivaux, Mariane, 7e part.

    Que devinsje à ces paroles, à ce spectacle, quelle ne fut pas ma douleur, mon saisissement, etc. ?

  • 3Que devenir, quel sera le sort ? Elle ne sait que devenir et n'a recours qu'à moi, Sévigné, 69.

    Familièrement. Ne savoir que devenir, être dans un malaise extrême. J'ai oublié ma tabatière, il y a une heure que je ne sais que devenir, Marivaux, Paysan parv. t. II, part. 4e, p. 29, dans POUGENS.

  • 4Devenir à rien, diminuer, se réduire considérablement. Cela est devenu à rien en cuisant. Cet enfant devient à rien, dépérit, maigrit extrêmement. Valère : Sous ses heureuses mains [du joueur] le cuivre devient or. - Hector : Et l'or devient à rien, Regnard, Joueur, III, 6.
  • 5 S. m. Terme de philosophie. Le devenir, le mouvement progressif par lequel les choses se font. Le devenir incessant du monde. On oppose le devenir à l'être.

REMARQUE

1. Devenir se conjugue avec l'auxiliaire être.

2. Corneille a dit : À quel point ma vertu devient-elle réduite ? Corneille, Hor. IV, 7. … Les plus dignes soins d'une flamme si pure Deviennent partagés à toute la nature, Corneille, Pulchér. I, 1. Mais alors quel esprit n'en devient point troublé ? Corneille, Cinna, III, 2. Voltaire a condamné cet emploi du verbe devenir. Est-ce avec raison ? La distinction entre l'adjectif et le participe est si subtile que cette condamnation ne sera pas généralement admise. On dit très bien : devenir enflé, dégoûté, etc. Il ne faut donc pas contester à Corneille cet emploi qu'il fait de devenir.

HISTORIQUE

XIe s. [Qui] Ne soit ocis ou ne devient chrestien, Ch. de Rol. VIII. Il devendrat, jointes ses mains, tis [ton] homs, ib. X. Qu'est devenuz li gasconz Engelers ? ib. CLXXXIII.

XIIe s. Hé ! gentis cuens, qu'estes vous devenuz ? Ronc. p. 93. Deven mes homs, je te ferai doaire, ib. p. 145.

XIIIe s. Et cil Guillaume la dona à Joffroi de Ville-Hardoin, et cil en devint ses hom, et la garni de sa gent, Villehardouin, CXXXV. Je vous demanderai [ce] que cil [cet homme] est devenu, Berte, CXVII. Il deviennent si home, chascun en foy [il] baisa, ib. CXXXI. Melions, fait li rois Artus, Tes grans sens qu'est-il devenus ? Lai de Melion.

XVe s. Là endroit devinrent moult de nouveaux chevaliers, Froissart, I, I, 41. Dictes-moi, avant que je n'oublie, que la riviere de Garonne est devenue, car je ne la vois plus, Froissart, II, III, 7. Au contraire celluy qui gaigne devient en reputation et estime, Commines, II, 2. Hors du sens devainne [devienne], Qui me requerra de combattre, Deschamps, Poésies mss. f° 349, dans LACURNE.

XVIe s. Il se pouvoit vanter d'estre devenu fol par sagesse, Montaigne, I, 91. Je ne sçais ce que tout cela est devenu, non plus que ses poëmes grecs, Montaigne, IV, 339.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. devenir ; ital. divenire ; du latin devenire, de la préposition de, et venire, venir. Le latin devenire, conformément à son origine, signifie arriver, se rendre ; de ce sens d'arriver, les langues romanes ont tiré celui de devenir, parce qu'en effet devenir, c'est passer d'un état à un autre. Palsgrave, p. 4, remarque que il devient se prononce deviant.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

DEVENIR. Ajoutez :
6 Terme scientifique. Le devenir d'un objet, ce qu'il devient. Le second point, tout aussi important que le premier, consiste dans la recherche du devenir des eaux pluviales ; une partie de ces eaux ruisselle à la surface du sol…, Marié-Davy, Bull. de l'observatoire de Montsouris, fév. 1873 (n° 14), p. 43.