« extase », définition dans le dictionnaire Littré

extase

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extase

(èk-sta-z') s. f.
  • 1 Terme de la vie mystique. Élévation extraordinaire de l'esprit, dans la contemplation des choses divines, qui détache une personne des objets sensibles jusqu'à rompre la communication de ses sens avec tout ce qui l'environne. Ce songe de Salomon était une extase où l'esprit de ce grand roi, séparé des sens et uni à Dieu, jouissait de la véritable intelligence, Bossuet, Politique, V, I, 1. Par les ravissements, les transports et les extases où son corps demeurait suspendu et immobile, Fléchier, Panég. II, p. 236. M. le cardinal de Noailles chassa de son diocèse Mlle Rose, célèbre béate à extase, Saint-Simon, 87, 129.
  • 2 Par extension, vive admiration, volupté intime qui absorbe tout autre sentiment. La joie de Psyché fut grande, si l'on doit appeler joie ce qui est proprement extase ; encore ce mot est-il faible, et n'exprime pas la moindre partie du plaisir que reçut la belle, La Fontaine, Psyché, I, p. 85. Vous avez voyagé à la suite d'Alexandre et vous n'êtes point en extase d'admiration, Voltaire, Dial. XXVIII, 1. Forcé de m'occuper malgré moi de ma triste situation, je ne pus plus retrouver que bien rarement ces chères extases qui durant cinquante ans m'avaient tenu lieu de fortune et de gloire, et, sans autre dépense que celle du temps, m'avaient rendu dans l'oisiveté le plus heureux des mortels, Rousseau, Prom. 7. Je reçus Amélie dans une sorte d'extase de cœur, Chateaubriand, René. Nous y vîmes [dans les bibliothèques de Toscane] de quoi ravir en extase tous les hellénistes du monde, pour me servir de vos termes, Courier, Lett. à M. Renouard, libraire. Ces purs ravissements, cette divine extase D'une âme sans remords que la ferveur embrase, Delavigne, Paria, I, 2. Ton sein, oppressé par l'extase, Se soulevait sous ses transports, Lamartine, Harold, Dédic.
  • 3 Terme de médecine. Affection du cerveau dans laquelle l'exaltation de certaines idées, absorbant l'attention, suspend les sensations, arrête les mouvements volontaires, et même ralentit quelquefois l'action vitale. L'extase diffère de la catalepsie, en ce que, dans la catalepsie, les fonctions intellectuelles sont complétement suspendues, tandis que dans l'extase elles sont seulement détournées.
  • 4Distraction, prétexte (sens aujourd'hui inusité). Les princes n'en peuvent jamais sauver leur réputation par les mêmes extases qui en préservent les subalternes, Retz, Mém. t. III, liv. IV, p. 224, dans LACURNE.

HISTORIQUE

XIVe s. Cavernes ou fosses dont vent issoit tel que il perturboit les sens des approchans et les mettoit aussi comme en extasie, Oresme, Thèse de MEUNIER.

XVIe s. De quoy ces princes rioient si fort, qu'ils en tomboient en spasme et estaze, Carloix, v, 26.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. extazis, exthasis ; espagn. extasis ; ital. estasi ; du grec ἔϰτασις, transport, de ἐξ, hors, et στάσις, base, fondement, de même radical que le latin stare, être debout (voy. STABLE).