« frivole », définition dans le dictionnaire Littré

frivole

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frivole

(fri-vo-l') adj.
  • 1Léger et de peu d'importance. Amusements frivoles. Il [Dieu] entend vos paroles, Et ce n'est pas un dieu comme vos dieux frivoles, Insensibles et sourds…, Corneille, Poly. IV, 3. N'espère point de joie, ô mon cœur, que frivole, N'en espère aucune ici-bas, Qu'en ce grand Dieu de qui le bras Soutient l'humble et le pauvre et partout le console, Corneille, Imit. III, 16. Le sage est ménager du temps et des paroles ; Ayant donc mis à part les entretiens frivoles…, La Fontaine, Fabl. VIII, 26. Jamais docteur armé d'un argument frivole Ne s'enroua chez eux sur les bancs d'une école, Boileau, Sat. VIII. Je perds trop de moments en des discours frivoles, Racine, Iphig. III, 7. Mais je sais rejeter un frivole artifice, Racine, Phèdre, IV, 4. Je veux, pour vous, prendre un ton moins frivole : Corinne, il fut des anges révoltés ; Dieu sur leur front fait tomber sa parole, Et dans l'abîme ils sont précipités, Béranger, Ange exilé.

    Qui ne mérite point de confiance. Mais pour vous mieux ôter cette frivole crainte, Corneille, Sertor. II, 2. Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole ? Corneille, Sertor. IV, 3. Mais, ô d'un déjeuner vaine et frivole attente ! Boileau, Lutr. IV. Je ne vous ferai point de reproches frivoles, Racine, Bajaz. V, 4. De ton frivole espoir es-tu désabusé ? Racine, Athal. V, 5.

  • 2En parlant des personnes, qui ne se plaît qu'aux choses légères et sans importance. L'animal [le peuple d'Athènes] aux têtes frivoles, Étant fait à ces traits, ne daignait l'écouter, La Fontaine, Fabl. VIII, 4. Un esprit frivole et superficiel qui brille par quelques saillies heureuses, Mairan, Éloges, card. de Fleury. Pour nous consoler de nos innombrables misères, la nature nous a faits frivoles, Voltaire, Dict. phil. Frivolité. Il n'y a que la vanité qui rende frivole, Staël, Corinne, IV, 3. Jamais cette troupe frivole, Qui passe en riant devant moi, N'aura besoin qu'une parole Lui dise : je pleure avec toi, Lamartine, Harm. I, 9.
  • 3 S. m. Ce qui est frivole. Que sais-je même si les circonstances de leur mort… n'ont pas dû vous faire sentir encor plus vivement le frivole de tout ce qui passe ? Massillon, Carême, Mot. de conv. Le grand, le solide de la religion prend la place, dans un bon esprit, de tout le frivole qui l'avait amusé, Massillon, ib. Le goût du frivole, qui nous avait fait d'abord applaudir, dès que l'âge ne l'excuse plus, nous rend à la fin méprisables, Massillon, ib. Sa liaison [de d'Antin] avec la duchesse de Bourgogne passait le jeu et le frivole, Saint-Simon, 206, 22. Je vous vois réduite à la dissipation de la société ; et, dans le fond du cœur, vous en sentez tout le frivole, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 8 mars 1769.

SYNONYME

FRIVOLE, FUTILE. Ce sont deux adjectifs dérivés du latin et qui, dans la langue originelle, ont pour sens propre l'un le sens de frêle, l'autre le sens de ce qui se répand et se perd. De là dérive la distinction : ce qui est frivole a peu de valeur sans doute, mais en a une certaine, exprimant quelque chose de léger, et qui peut plaire par cette légèreté même, au lieu que futile n'a aucune valeur.

HISTORIQUE

XIIIe s. Ta parole ne soit frivole, mais toutefoiz soit ele ou por penser ou por enseignier ou por commander, Latini, Trésor, p. 348. Li convient maintenant dire cele propre raison porquoi il cuide avoir droit en sa question ; car, se il ne le deist, sa deffense seroit frivole, Latini, ib. p. 480. Maint mauvais mot, mainte frivole Plus tost de la bouche lui vole, Guersai.

XIVe s. Ceste crainte laquelle par aventure est vaine et fervole, Bercheure, f. 29, recto. Cestes choses propousées par ledit tribun furent reputées vaines et frivoles par le peuple, Bercheure, f° 82, verso. Si disent li vulgal [le vulgaire] du bois desoubz le mont, Que Girart le sema ; mais ce m'annuie mont [moult] ; Car leur opinion si est fausse et frivole, Girart de Ross. v. 349.

XVIe s. Chose vaine et frivole que l'humaine prudence ! Montaigne, I, 130. En tes ditz et parolles n'y a sinon mensonges et frivolles, Palsgrave, p. 851.

ÉTYMOLOGIE

Prov. frevol, freol, freul ; anc. cat. frevol ; esp. et ital. frivolo ; du lat. frivolus. Festus définit frivola par fictilia quassa, des vases fèlés, et il ajoute : unde dicta verba frivola quæ minus sunt fide subnixa.