« souiller », définition dans le dictionnaire Littré

souiller

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souiller

(sou-llé, ll mouillées, et non sou-yé) v. a.
  • 1Couvrir de ce qui fait tache, de ce qui est ordure. Souiller de boue ses vêtements. Souiller ses mains de sang. [Il] Souille ses cheveux blancs d'une horrible poussière, Delille, Én. XI.

    Fig. Souiller ses mains du sang innocent, faire mourir un innocent.

  • 2 Fig. Gâter par une sorte de souillure. Participe à ma gloire au lieu de la souiller, Corneille, Hor. IV, 7. Ne crains point de succès qui souille ta mémoire, Corneille, Cinna, I, 3. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme, mais c'est ce qui sort de la bouche de l'homme qui le souille, Sacy, Bible, Évang. St Matthieu XV, 11. Elle était naturellement libérale, même dans son extrême vieillesse, quoique cet âge soit ordinairement souillé des ordures de l'avarice, Bossuet, Yol. de Monterby. Que ce style [le burlesque] jamais ne souille votre ouvrage, Boileau, Art p. I. Et nous, dont cette femme impie et meurtrière A souillé les regards et troublé la prière…, Racine, Athal. II, 8. Si vous en exceptez Julien et deux ou trois autres, quel empereur ne souilla pas le trône d'abominations et de crimes ? Voltaire, Mœurs, 29. Le corps de l'histoire est souillé de contes qu'une vieille femme rougirait de répéter aujourd'hui, Voltaire, Pyrrh. hist. 3. Oui, c'est pitié… D'entendre autour de lui [du peuple] mille bouches mielleuses, Souillant le nom de citoyen, Lui dire que le sang orne des mains calleuses, Barbier, Ïamb. la Popularité.

    Souiller le lit nuptial, la couche nuptiale, commettre un adultère.

  • 3Se souiller, v. réfl. Se rendre coupable de quelque chose qui souille. Tout se souille, tout se corrompt dans cette tête [d'un pédant], Guez de Balzac, le Barbon. Le jour même qu'ils se sont souillés par des péchés, Pascal, Prov. XVI. J'ignore si la nature a défait un grand homme [le czar Pierre Ier] d'un fils qui ne l'eût pas imité, ou si le père s'est souillé d'un crime horrible, Voltaire, Lett. pr. roy. Pr. janv. 1738.

HISTORIQUE

XIIe s. Soillié le voit [son tinel, massue], si commence à plorer ; Vient à une eve, si le corut laver, Bat. d'Aleschans, v. 4092.

XIIIe s. Se aucuns soelle le temple Dieu, ce est soi meisme, par pecié, Diex li demandera, Arch. des missions scient. t. v, p. 155. Comment portez vos cele andoille ? Ne veez-vos com elle soille ? Por la podre la traïnez, Ren. 2254. Qui veïst nos barons Antioche cerchier, Et ces paiens ocirre, et les membres trenchier, L'uns par deseure l'autre verser et tresbuchier, De sanc et de cervele font tous lor brans soiller, Ch. d'Ant. VI, 893. Elles se soillent en l'ordure De lecherie et de luxure Et des autres vilains pechés Dont tout li mons [monde] est entichés, Hist. litt. de la Fr. t. XVIII, p. 792. Pechié soilla tous ceulx qui oncques porent nestre, J. de Meung, Test. 150.

XVIe s. Plustost que d'aller souiller dans le sang, comme feroit un pourceau dans la fange, Lanoue, 220. S'il est de ceux qui n'ont que le titre de noblesse, laquelle il va souillant par actions pleines de vitupere…, Lanoue, 239. Les pourceaux souillent [couvrent la truie], Moyen de parvenir, p. 171. Si l'ardeur de M. de Foix ne l'eust emporté à poursuyvre trop asprement les restes de la victoire de Ravenne, il ne l'eust pas souillé de sa mort, Montaigne, I, 351.

ÉTYMOLOGIE

Même radical que pour souille ;prov. sulhar, solar ; portug. sujar ; vénit. sogiare. Il n'est pas besoin de recourir au germanique : goth. bi-sauljan ; allem. mod. sich suhlen, se vautrer.