« aile », définition dans le dictionnaire Littré

aile

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

aile

(è-l') s. f.
  • 1Membre qui sert aux oiseaux à voler. On donne aussi ce nom aux parties à l'aide desquelles beaucoup d'insectes et quelques mammifères se soutiennent dans l'air. Les ailes des chauves-souris sont membraneuses.

    Poétiquement. Iris volant d'une aile légère, Fénelon, Tél. XVI.

    Fig. et poétique. Les ailes des zéphyrs. Sur les ailes du temps la tristesse s'envole, La Fontaine, Fab. VI, 21. Mon esprit diminue, au lieu qu'à chaque instant On aperçoit le vôtre aller en augmentant : Il ne va pas, il court, il semble avoir des ailes, La Fontaine, ib. XII, 1. Dieu que la lumière environne, Qui voles sur l'aile des vents, Racine, Esth. I, 5. Si nous montons sur les ailes des vents…, Massillon, Temples. On a beau être porté sur les ailes de la fortune au-dessus de tous les autres, Massillon, Malh. L'aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes, Chénier, 6. Ne donnons pas à l'hymen les ailes de l'amour, Chateaubriand, Génie, I, I, 10. Viens, mon coursier… Prête sous moi des ailes à la mort, Béranger, Ch. du Cosaque. L'automne accourt et sur son aile humide M'apporte encor de nouvelles douleurs, Béranger, Voy. imaginaire. On ne vole point des mêmes ailes pour sa fortune, que l'on fait pour des choses frivoles et de fantaisie, La Bruyère, 4.

  • 2Locutions diverses. Le mal a des ailes, il arrive promptement.

    La peur donne des ailes, elle précipite la marche du plus lent.

    Familièrement. Battre de l'aile, être mal à son aise.

    Ne battre que d'une aile, être déchu de son premier état, ne plus jouir de la même considération.

    En avoir dans l'aile, être atteint d'une maladie grave, d'une disgrâce imprévue, et aussi être amoureux. Pour quelque belle, Mon doucereux neveu, vous en avez dans l'aile, Montfleury, Fille capt. I, 9.

    Tirer une plume de l'aile à quelqu'un, lui arracher une concession, en obtenir un sacrifice.

    Rogner les ailes à quelqu'un, retrancher ses profits, son autorité, ses moyens d'action. Votre intendant qui m'a rogné les ailes, Molière, l'Avare, V, 2.

    Voler de ses propres ailes, être en état de se passer d'aide.

    Vouloir voler sans avoir des ailes, entreprendre une chose au - dessus de ses forces.

    C'est la plus belle plume de son aile, c'est le plus clair de son revenu, sa plus belle prérogative, etc.

    Tirer pied ou aile d'une chose, en tirer un profit, un avantage, si médiocre qu'il soit. Tous les gens de quelque considération qui avaient eu des places dans les conseils en tirèrent pied ou aile, Saint-Simon, 520, 153. Il n'est fils de bonne mère qui n'abandonne tout pour être présenté, avec l'espoir fondé d'emporter pied ou aile, comme on dit, du budget, Courier, I, 205.

  • 3 Fig. Protection. Être sous l'aile de sa mère, sous sa surveillance, sous sa protection. Les moments que les frères et les sœurs passent réunis sous l'aile de leurs vieux parents, Chateaubriand, René, 204. Sa mère encor la tenait sous son aile, La Fontaine, Aveux. L'Église nous a tenus sous ses ailes comme des petits qu'elle enfantait, Massillon, Résurr. L'a-t-elle tenue pour ainsi parler sous ses ailes ? Bossuet, Coméd. Pour vous mettre à couvert, jetez-vous sous l'aile de la pauvreté, Bossuet, Serm. Sept.

    Dans le langage de l'Écriture, l'aile, les ailes du Seigneur, la protection de Dieu. Il les met à couvert sous l'aile de sa protection, Bossuet, II, Pass. 3. Montrons ce jeune roi que vos mains ont sauvé, Sous l'aile du Seigneur dans le temple élevé, Racine, Athal. I, 2. Un ange du Seigneur, sous son aile sacrée, A donc conduit vos pas et caché votre entrée ? Racine, Esth. I, 3.

  • 4Partie charnue d'une volaille, depuis le haut de l'estomac jusque sous les cuisses. Servez-moi une aile.
  • 5 Fig. et par extension. Les ailes d'un moulin, les châssis garnis de toile que le vent met en mouvement et qui font tourner la meule. Le vent a cassé une aile au moulin.
  • 6Les ailes d'un édifice, les deux parties qui de chaque côté sont jointes au corps principal. Aile droite, aile gauche, doivent s'entendre non par rapport à la personne qui regarde, mais par rapport au bâtiment même.

    Chez les anciens, ailes d'un temple, les murs latéraux avec ou sans péristyle.

    Chez quelques auteurs modernes, ailes d'une église, bas côtés ou nefs latérales.

  • 7Les ailes d'une armée, d'une flotte, les deux extrémités d'une armée rangée en bataille ; l'aile droite, l'aile gauche d'une armée.
  • 8 Terme de fortifications. Les côtés d'un ouvrage avancé qui tient au corps de la place.
  • 9En horlogerie, les ailes d'un pignon, les dents d'un pignon.

    Dans les corderies, les ailes d'un touret, les deux planchettes en croix qui servent à retenir le fil sur le touret, lorsqu'il est près d'être rempli.

  • 10En anatomie, les ailes du nez, les côtés extérieurs des narines.
  • 11En architecture, ailes de mouches, les ancres employées aux angles des coffres de cheminées de brique.
  • 12En fauconnerie, monter sur l'aile, se dit d'un oiseau quand il s'incline sur une aile, et qu'il s'élève par le mouvement de l'autre.
  • 13Bande de plomb qui sert à engager les losanges du verre dans le panneau des vitres.
  • 14 Terme de pêche. Ailes de filet, bandes de filet qu'on ajoute aux côtés des filets en manche.

HISTORIQUE

XIIe s. Devers l'eele del nort s'en est li bers alez, E à un pilier s'est tenuz e acostez, Th. le Mart. 148.

XIIIe s. Cil croisa moult de peule [peuple], et s'en allerent à deus ales : li premiere ale arriva à Acre à une saint Michiel…, Chr. de Rains, p. 89. Dès eles commence à ferir Et à batre, et s'en va volant Desus un orme haut et grant, Ren. 5442.

XVe s. Les archers sur ele et les gens d'armes au front, Froissart, II, II, 67. Ainsi, en eux dissimulant et boutant hors de la presse, ils s'en vinrent sur un coin de la bataille, et firent une aelle, Froissart, II, III, 79. Ce duc [d'Anjou] se tenoit communement à Paris, et supportoit dessous ses aelles ceux de Paris, Froissart, II, II, 135. Estre devroient diffamez, S'ilz ne voloient de bonne elle Vers les grands biens qui sont en elles, Orléans, Rondel. 38. Et voloient de si haulte aisle, que à peine on en osoit parler, Juvénal Des Ursins, Charles VI, 1392.

XVIe s. Si vous souffrez qu'un oyseau de basse aelle Au nid de l'aigle aille à force loger…, Marot, J. V, 65. Dont il revint tost en vie et si sain Qu'il s'en vola battant l'une et l'autre aile, Saint-Gelais, 200. Elle vous tire à tous les coups quelque argent de sous l'aile, Despériers, Contes, X. La pesanteur des Parisiens donna des aeles à la paix, D'Aubigné, Hist. II, 119. Le regiment de Combelle fut le premier qui arriva en Haynaut avec quelque trouppe de noblesse, qui marcherent sous son aile, D'Aubigné, ib. II, 385. Les ailes du nez, Paré, III, 2. Je ne le puis si peu raccointer [Plutarque], que je n'en tire cuisse ou aile, Montaigne, III, 355. On les a veu voler d'une aile si hault que…, Montaigne, I, 41.

On remarquera qu'au XVIe siècle la locution tirer pied ou aile était tirer cuisse ou aile ; ce qui se rapporte mieux à une volaille qu'on découpe.

ÉTYMOLOGIE

Berry, ale ; bourguig. aule ; provenç. ital. et espagn. ala ; de ala, aile. On regarde ala comme une abréviation de axla, comme tela, toile, est pour texla, et axla est le radical d'axilla (voy. AISSELLE).

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

AILE. Ajoutez :
14Instrument servant à dévider. J'ai vu à Tarare des femmes qui bobinaient leur fil avec de petites ailes en osier ; ces ailes sont à six pans ; elles sont parfaitement réglées pour l'échevette anglaise, Enquête, Traité de comm. avec l'Anglet., t. IV, p. 248.
15 Terme d'archéologie romaine. Nom d'une troupe de cavalerie.