« frotter », définition dans le dictionnaire Littré

frotter

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

frotter

(fro-té) v. a.
  • 1Passer une chose sur une autre en appuyant. Frotter avec la main. Frotter un métal avec de l'émeri. La Montagne : Accordez-moi du moins, par grâce singulière, De frotter ce chapeau qu'on voit plein de poussière. - Éraste : Frotte donc, puisqu'il faut que j'en passe par là, Molière, Fâch. I, 1. J'ai beau frotter mon front, j'ai beau mordre mes doigts, Boileau, Sat. VII.

    Absolument. Figaro : Je ne sais ce qui m'est entré dans l'œil. - Bartholo : Ne frottez donc pas, Beaumarchais, Barb. de Sév. III, 12.

    Se frotter les yeux, passer sa main sur ses yeux quand on se réveille pour écarter les paupières et rendre la vue plus nette ; et fig. Être surpris, étonné. Villeroy arriva à Marly, où tout le monde se frotta les yeux en le voyant et ne se pouvait persuader que ce fût lui, Saint-Simon, 96, 21.

    Se frotter les mains, frotter ses mains l'une contre l'autre, pour les nettoyer, les réchauffer, etc. et fig. se réjouir. Et vous, monsieur Rigaudin, vous frottez-vous toujours les mains quand on se querelle ? Picard, Maison en loterie, sc. 11. Mais le plus heureux des maris, En quittant sa couchette, Demain se pavanera, Et les mains se frottera, Béranger, Célib. 2.

    Familièrement. Frotter son nez, intervenir là où l'on n'a que faire. Viens, viens frotter ton nez auprès de ma colère, Molière, le Dép. IV, 4.

  • 2Enduire avec de la cire ou quelque autre chose semblable. Frotter des chaises, un parquet avec de la cire.

    Particulièrement. Nettoyer le parquet, étendre de la cire avec une brosse. Frotter un appartement.

    Absolument. Ce domestique sait frotter.

  • 3Faire des onctions. On lui frotte les bras avec du baume, avec de l'huile.

    Particulièrement. Faire des frictions. Une femme qui me dorlotera et me viendra frotter quand je serai les, Molière, Mar. forcé, 2.

  • 4 Terme de peinture. Appliquer une légère couche de peinture sur celle qui fait le fond du tableau, de manière qu'on puisse la voir à travers.
  • 5 Terme de marine. Frotter la toile à voile, y former des plis distincts.
  • 6Battre, maltraiter, rosser. Si quelque voisin vous afflige Et pense vous inquiéter, Vous aurez de quoi le frotter, Scarron, Virg. IV. Je veux faire le brave, et, s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu, Molière, l'Avare, III, 6. Les deux plus grands fripons… si vous m'en voulez croire, Frottons-les comme il faut, pour venger notre gloire, Regnard, les Ménechm. II, 5. Que dites-vous de Luc [Frédéric II], qui, après avoir été frotté par mes Scythes [les Russes], veut entreprendre le siége de Dresde ? Voltaire, Lett. d'Argental, 24 oct. 1759.

    On dit de même : frotter les oreilles à quelqu'un. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles, Molière, Tart. I, 1.

  • 7 V. n. Se dit d'une chose qui glisse sur une autre sans exercer une pression. Ces deux surfaces frottent l'une contre l'autre.
  • 8Se frotter, v. réfl. Exercer sur soi-même un frottement. Se frotter avec la main. Se frotter contre quelque chose.

    Exercer réciproquement un frottement. Se frotter l'un l'autre.

    Fig. Fréquenter, avoir commerce avec. Il est bon de se frotter aux savants. Quand on se frotte avec les courtisans, Régnier, Sat. X. La noblesse, de soi, est bonne ; c'est une chose très considérable, assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvaises circonstances, qu'il est très bon de ne s'y point frotter, Molière, G. Dand. I, 1.

    Se frotter au pilier, se disait pour signifier : prendre les mauvaises habitudes des gens que l'on hante (comme on salit ses habits en se frottant contre les piliers des appartements que l'on fréquente).

    Fig. S'attaquer à quelqu'un, entreprendre certaines choses. Quelle foule ! je n'ai garde de m'y aller frotter, et j'aime mieux entrer des derniers, Molière, Impr. I, 3. Ce bon prince, après avoir vu ma réponse, dit : j'ai mon compte, je ne m'y frotte plus, Rousseau, Conf. VIII.

    Ne vous y frottez pas, je ne vous conseille pas de vous y frotter, se dit quand on veut dissuader quelqu'un de faire une chose dangereuse pour lui.

  • 9S'enduire, se frictionner. Les athlètes se frottaient d'huile avant que de lutter. Frottez-vous de pommade, mangez et dormez, Voltaire, Cand. 7.

    Fig. Prendre une légère connaissance de. Se frotter de latin.

  • 10Se frotter, se battre l'un contre l'autre. Cependant avec moi viens prendre à la maison Pour nous frotter…, Molière, Dép. am. v, 4.

PROVERBES

Qui s'y frotte s'y pique, c'est-à-dire celui qui s'attaque à cet homme, qui entreprend cette affaire, en reçoit du dommage.

Un mulet frotte l'autre, des hommes sans valeur réelle se louent, se vantent réciproquement.

HISTORIQUE

XIIe s. Ganor rien nule n'asseüre, Frote ses dois, frote ses mains, Gautier D'Arras, Ille et Galeron. Si tost cum il s'i ert plungez, Lavez et frotez et baigniez…, Benoit de Sainte-Maure, II, 1391.

XIIIe s. Quant s'esveilla, si out la vue, Ki cler veet avant, perdue ; Il frote frunt e oilz e buche, Édouard le confesseur, v. 2916. [Elles] La frotent et eschaufent, de cuer, soigneusement, Berte, XLVII. Une herbe avoit en s'aumosniere, …Renart en a moult tost frotée Toute sa chiere et nerciée [noircie], Et tout son cors delivrement, Ren. 22997. Toute voiz trouva l'en par les quatre plungeurs que au froter que nostre nef avoit fait ou sablon, en avoit bien osté quatre taises du tyson sur quoy la nef estoit fondée, Joinville, 283. Qui fort se cuide et sage gart soi en tous costés ; Car si tost com tiex [tel] cuers s'est à pechié frotés, S'en est aucunes fois tous li plus assotés, Et qui le plus envis en puet puis estre ostés, J. de Meung, Test. 1834.

XVe s. Chier frere, ne vous en doubtez, Que François nous ne devons craindre ; S'i venent, i seront frotez, Myst. du siége d'Orléans, p. 607.

XVIe s. Et de ce bouquet s'estant frotté les yeulx, elle recouvra la veue, Montaigne, I, 203. La journée de Sainct Barthelemy, où les compagnons furent pris endormis et frottez à dire dont venez vous, Sat. Mén. Harangue d'Aubray. Le seigneur d'Andelot blessa le general en la main, et enfonça sa bourguignotte à tels coups d'espée, que le general ha confessé plusieurs fois depuis en bonne compagnie qu'il ne fut en sa vie si bien frotté, Beaugué, Guerre d'Escosse, II, 5. Il trouvera des gens à qui parler là-bas, et faut qu'il ne s'y frotte sa mitaine, Brantôme, Cap. fr. t. III, p. 373, dans LACURNE. Et voulurent les dits Anglois surprendre Onfleur, auquel lieu ils furent bien frottés, Condé, Mém. p. 693.

ÉTYMOLOGIE

Berry, fretter, ferter ; provenç. fretar ; espagn. frotar, flotar ; ital. frettare. Le berrichon paraît faire la transition entre frotter du français et les formes qui ont l'e, et il appuie Diez, qui donne à tous ces mots le même radical, latin frictum, frotter ; admettant en même temps que l'espagnol frotar est emprunté au français. Ce qui a peut-être facilité le changement de l'i ou e en o, c'est l'ancienne forme froier, frotter, de fricare.