« mâle », définition dans le dictionnaire Littré

mâle

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

mâle

(mâ-l') s. m.
  • 1Celui qui appartient au sexe caractérisé physiologiquement par la présence du principe fécondant. Le mâle et la femelle. Substitution faite de mâle en mâle. Cette tutelle était donnée aux plus proches parents par mâle, Montesquieu, Espr. VII, 12. Le mâle influe en général plus que la femelle sur la production [chez l'homme], puisqu'il donne son sexe au plus grand nombre, Buffon, Quadrup. t. VIII, p. 23. Le mâle dans la soubuse est, comme dans les autres oiseaux de proie, considérablement plus petit que la femelle, Buffon, Ois. t. I, p. 304.

    Familièrement. Un beau mâle, un homme de belle et vigoureuse apparence. Mazet était beau mâle, La Fontaine, Mazet. Qui est-ce qui doit le savoir de nous deux, beau mâle ? Vadé, Nicaise, sc. 5.

    C'est un laid mâle, un vilain mâle, c'est un homme malfait et difforme.

    Il a la gorge noire, c'est un franc mâle, se dit d'un homme vigoureux, par allusion aux moineaux qui ont la gorge noire.

    Absolument. Un mâle, un homme vigoureux au physique et au moral. Danton était d'abord, et avant tout, un mâle ; il y avait en lui du lion et du dogue, beaucoup aussi du taureau, Michelet, Révolution, t. IV, p. 94.

  • 2 Adj. Qui appartient au mâle. Perdrix mâle. Dans les batailles on ne détruit que l'espèce mâle, toujours plus nombreuse que la femelle ; mais, dans les massacres faits pour la religion, les femmes sont immolées comme les hommes, Voltaire, Mœurs, 180. Il naît environ un seizième d'enfants mâles de plus que de femelles, Buffon, Hist. anim. ch. 4.

    Terme de botanique. Fleurs mâles, celles qui n'ont que des étamines sans pistil.

    Encens mâle, voy. OLIBAN.

  • 3 Par extension, ayant l'apparence de la force qui convient au sexe masculin. Une figure mâle. Malgré le froid des ans, dans sa mâle vieillesse…, Voltaire, Œdipe, IV, 1. Dans ses traits doux et fiers une mâle beauté Semblait joindre la grâce à la sévérité, Delille, Trois règn. I.

    Fig. Mon esprit en conçoit une mâle assurance, Corneille, Hor. II, 1. La vertu la plus mâle en perd toute vigueur, Corneille, Polyeucte, II, 1. Il [Valens] oppose, non plus une molle prudence, Mais un courage mâle, Corneille, Théod. V, 6. Ô mâle cœur de fille ! ô vertu non commune Qui pour rien ne se rend aux coups de la fortune ! Rotrou, Antig. IV, 3. Ils [les lecteurs] verront [dans les Sentiments de l'Académie sur le Cid] un style mâle et vigoureux, dont l'élégance n'a rien de gêné ni de contraint, Pellisson, Hist. Acad. III. …Conclus avec moi Que la pauvreté mâle, active et vigilante, Est, parmi les travaux, moins lasse et plus contente Que la richesse oisive au sein des voluptés, Boileau, Ep. X. Il y eut, dans le grand parlement convoqué par Henri [Henri VIII d'Angleterre, 1529], des esprits mâles qui déclarèrent hautement qu'il ne fallait croire ni à l'Église de Rome ni aux sectes de Luther et de Zuingle, Voltaire, Mœurs, 136. Admirons le génie mâle de Corneille ; mais, pour la perfection de l'art, connaissons ses fautes ainsi que ses beautés, Voltaire, Comm. Corn. Rodog. V, 6. J'estime en un soldat cette mâle fierté, Voltaire, Tancr. I, 2. Dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés mâles et fortes à notre fausse délicatesse, et combien l'esprit de la galanterie si fertile en petites choses vous en a coûté de grandes, Rousseau, Disc. rétabl. des sciences. Mâles concerts, Ducis, Oscar, I, 2. Mâles travaux, Ducis, Abufar, I, 4.

  • 4Dans les beaux-arts, mâle se dit de ce qui est très expressif, énergique, grave, imposant. Des contours mâles. Un pinceau mâle. Architecture d'un caractère mâle.
  • 5 Terme d'architecture. Proportions mâles, les proportions de l'ordre dorique, ainsi nommées parce que, selon Vitruve, ces proportions sont modelées sur celles de l'homme, comme les proportions de l'ordre ionique l'ont été sur celles de la femme.
  • 6 En termes de grammaire, mâle se dit quelquefois pour masculin, et femelle pour féminin. Mâle aussi dangereux que femelle maligne [en parlant de l'équivoque, alors du genre masculin et du genre féminin], Boileau, Sat. XI.
  • 7 Terme de marine. Bâtiment mâle, bâtiment qui résiste bien à la lame et n'embarque pas d'eau.

    La mer est mâle lorsqu'elle est couverte de lames élevées.

    S. m. pl. Nom des gonds portant les mamelons qui entrent dans les anneaux des femelots.

  • 8Le mâle, la partie des forces, ciseaux ou tenailles, qui est mobile.
  • 9Dans les meubles, et surtout dans les cabinets de Henri II, il y a mâle et femelle, parce qu'on se sert, pour les incruster, d'ivoire découpé ; dans une partie ce qui est découpé est remplacé par le noir de l'ébène, dans l'autre c'est le blanc de l'ivoire qui reste.

    PROVERBE

    Mariage d'épervier, la femelle vaut mieux que le mâle, parce que, en effet, parmi les éperviers, le mâle est le plus faible et le pire.

HISTORIQUE

IXe s. Si mulier et mascel simul bibent, Ms. de St-Pétersbourg, de morbis mulierum.

XIIe s. De là s'en ala Judas en Maspha, et là prist, et oscist tos les mascles que il trova, Machab. I, 5.

XIIIe s. Tele estoit la coustume dou pays que li daerains [dernier] enfans a tout, s'il n'i a hoir malle, Chr. de Rains, 191. Si comme s'il avient que une feme a deus enfans marles jumiax, et li ainsnés en veut porter l'ainsneece, Beaumanoir, XXXIX, 31.

ÉTYMOLOGIE

Picard, merle ; wallon, mâie ; Hainaut, marlo, jeune mâle ; namur. maul ; provenç. mascle ; esp. macho ; ital. maschio ; du lat. masculus, qui, d'après Lassen, ind. Alterth. t. I, p. 520, est de même famille que le zend mashja, mashjâka, abréviation du sanscrit manushia, viril, de manu. homme.