« sentier », définition dans le dictionnaire Littré

sentier

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sentier

(san-tié, l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des san-tié-z épineux) s. m.
  • Chemin étroit, dans la campagne ou les bois, qui ne sert qu'aux piétons. Les barbares n'auraient jamais pénétré dans l'Attique, si on ne leur eût découvert, dans les montagnes, un sentier que les Grecs avaient négligé de garder, Condillac, Hist. anc. II, 2. Le chemin, qui n'est plus qu'un sentier à mulets, pierreux et rapide, Saussure, Voy. Alpes, t. VIII, p. 226, dans POUGENS. Que dans vos frais sentiers doucement on s'égare ! Delille, Jard. I. Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire, Lamartine, Méd. I, 29.

    Par extension. Les poissons de la mer, qui se promènent dans les sentiers de l'Océan, Sacy, Bible, Psaum. VII, 9.

    Fig. Marchez donc dans la bonne voie, et ne quittez point les sentiers des justes, Sacy, Bible, Prov. de Salom. II, 20. Le juste ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire et rude où il grimpe plutôt qu'il ne marche, Bossuet, Reine d'Angleterre. Quelques-uns d'eux [les premiers chrétiens] se perdaient peut-être dans les sentiers détournés ; mais l'Église catholique était la grande voie où entraient toujours la plupart de ceux qui cherchaient Jésus-Christ, Bossuet, Hist. II, 12. âmes pures qui portez le joug du Seigneur, et qui marchez dans les sentiers de ses commandements, Fléchier, Mar.-Thér. Et toujours de la gloire évitant le sentier…, Racine, Iph. I, 2. Si Marivaux, comme l'a très bien dit un écrivain célèbre, connaissait tous les sentiers du cœur, il en ignorait les grandes routes, D'Alembert, Éloges, Mariv. Ici nous proposons d'ouvrir un nouveau sentier à la critique, Chateaubriand, Génie, II, II, 6.

HISTORIQUE

XIe s. Il nen i a ne veie ne senter, Ch. de Rol. CLXXIII.

XIIe s. Or me siwez, fait il, seignur franc chevalier ; Jo vus metrai laienz par un altre sentier, Th. le mart. 144. Or veit le dreit chemin, laissé ad les sentiers, ib. 53.

XIIIe s. Tant a fuï la lasse par un estroit sentier, Berte, XXXVIII. La premiere [manière de chemins] de quatre piés, le [la] quele on apele sentier, Beaumanoir, XXV, 2. La teue [ta] parole est lumiere à mes piez, et clartez à mes sentiers, Psautier, f° 152. Sathan, plus de sept ans ai tenu ton sentier, Rutebeuf, II, 95.

XVe s. Une piece qui est près le sendier en alant aus Motaiz, Du Cange, senterium.

XVIe s. Quand il [un chef de sauvages] visitoit les villages qui despendoient de luy, on lui dressoit des sentiers au travers des hayes de leurs bois par où il peust passer bien à l'ayse, Montaigne, I, 247. Les freres ayants à conduire le progrez de leur avancement en mesme sentier et mesme train, il est force qu'ils se heurtent et choquent souvent, Montaigne, I, 208. Un chemin sentier appellé sente se peut clorre et ouvrir d'une herse, et doit contenir cinq pieds, sur lequel l'on peut facilement aller à cheval et à pied, et mener et ramener ses bestes sans amende, Coust. gén. t. I, p. 697.

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. sentei ; dauphinois, chentier ; provenç. semdier, sendier, cendier, sentier ; catal sender ; espagn. sendero ; ital. sentiero ; du bas-lat semitarium, du lat. semitarius, relatif à une sente, de semita (voy. SENTE). Le dauphinois chentier estil une altération de sentier ; ou bien y faut-il voir un dérivé de chantier, signifiant bord d'une rivière (voy. CHANTIER 2) ?