« vicieux », définition dans le dictionnaire Littré

vicieux

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

vicieux, euse

(vi-si-eû, eû-z') adj.
  • 1Qui a des défauts, des imperfections graves. Conformation vicieuse. Contrat vicieux. Il [un des personnages] ne semble commencer à l'aimer [une femme] que quand il lui a donné sujet de le haïr ; cela fait une inégalité de mœurs qui est vicieuse, Corneille, Place royale, examen. Il est aussi vicieux de faire trop que trop peu, Fontenelle, Doutes sur les causes occas. Elle [la compagnie hollandaise] adopta dans ses chantiers une construction vicieuse qui lui fit perdre beaucoup de navires et de très riches cargaisons, Raynal, Hist. phil. I, 24.

    Terme de grammaire. Locution vicieuse, locution contraire à la règle et au bon usage.

    Terme de logique. Cercle vicieux (voy. CERCLE, n° 10).

  • 2En parlant des chevaux et autres bêtes de voiture, etc. méchant, rétif, ombrageux. On dit qu'il avait fait pendre un cheval vicieux dans son écurie, pour servir d'exemple aux autres, Diderot, Lett. à Mlle Voland, 8 oct. 1760.
  • 3En parlant des personnes, adonné au mal, à la débauche. Je croirai qu'il n'est rien au monde qui guérisse Un homme vicieux, comme son propre vice, Régnier, Sat. X. Vertueux sans mérite, et vicieux sans crime [dans la doctrine de la fatalité], Corneille, Œdipe, III, 5. L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas tant fait de continents que celui de son ivrognerie a fait d'intempérants ; il n'est pas honteux de n'être pas aussi vertueux que lui, et il semble excusable de n'être pas plus vicieux que lui, Pascal, Pens. VI, 30, édit. HAVET. L'homme le plus dangereux dans nos mœurs est celui qui est vicieux avec de la gaieté et des grâces, Duclos, Consid. mœurs, 8.

    Substantivement. Les vicieux qu'il [l'honneur du monde] engendre, ne sont pas de ces vicieux abandonnés à toutes sortes d'infamies, Bossuet, Sermons, Honneur du monde, 2. Les vices des rois encouragent les vicieux, et rendent pusillanimes les gens de bien qui les approchent, Diderot, Cl. et Nér. I, 83.

  • 4Qui tient du vice, qui a rapport au vice. Les coupables esprits ont toujours mille craintes, Lorsqu'il leur faut quitter ce vicieux séjour, Théophile, Œuvres, p. 306. Nos actions ne sont ni si bonnes, ni si vicieuses que nos volontés, Vauvenargues, Réfl. et max. 314. Les générations des opinions sont conformes à celles des hommes, bonnes et vicieuses tour à tour, Vauvenargues, ib. 33. Comment aurait-il [Sénèque] fait pour dérober à ses entoures la connaissance de sa vie privée vicieuse ? de quel front aurait-il prêché la vertu à son élève ? Diderot, Cl. et Nér. I, 104.

HISTORIQUE

XIIe s. Quant nos tornons les vitiouses penses es vertus, Job, p. 455.

XIIIe s. Te convient… que tu ne dies à tart chose qui te soit profitable ; ce est hors de ton devisement [plan] ; car ce est mal dire et vicious, Latini, Trésor, p. 526. Pou en y a ou nulz, soit moines ou prieus, Ou abbés ou evesques, qui ne soit vicieus, J. de Meung, Test 726.

XIVe s. Et en cestes choses superhabundance est vicieuse, et deffaute est vituperée et blasmée, Oresme, Éth. 44.

XVIe s. Deux extremes vicieux, Montaigne, III, 13. Combien avons-nous de mestiers et vacations receues, dequoy l'essence est vicieuse [immorale], Montaigne, I, 397. Philippus commanda que l'on le remmenast [Bucéphale] comme beste vicieuse, sauvage et du tout inutile, Amyot, Alex. 9. Cetuicy [d'Aubigné], assez vicieux en grandes choses, et qui peut estre n'eust refusé ce service [porter des paroles d'amour à une femme] par caprice à un sien compaignon…, D'Aubigné, Mém. p. 38.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. vicios ; espagn. vicioso ; ital. vizioso ; du lat. vitiosus, de vitium, vice.