« dominer », définition dans le dictionnaire Littré

dominer

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

dominer

(do-mi-né) v. n.
  • 1Exercer la domination. Cette puissance domine sur les mers. Les Francs n'admettent point de femme à dominer, Corneille, Attila, I, 2. Les hommes veulent être esclaves quelque part et puiser là de quoi dominer ailleurs, La Bruyère, VIII. L'Arabe impérieux domine en Italié, Voltaire, Tancr. IV, 2. Le czar partageait avec Charles XII la gloire de dominer en Pologne, Voltaire, Russie, I, 14. Mais on veut dominer aussitôt qu'on est libre, Saurin, Spartac. V, 5.

    Dominer sur. Un gueux a un chien pour avoir un être sur qui dominer, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuvres, t. IV, p. 173, dans POUGENS. Le hardi Soliman insolemment domine Sur les fertiles champs couronnés par l'Etna, Voltaire, Tancr. I, 1. Le Francais domine sur toutes les régions, pour ce qui est d'agrément ou de magnificence, et son art de plaire est un des secrets de sa fortune et de sa puissance, Raynal, Hist. phil. XIX, 5.

  • 2Avoir la prépondérance, prévaloir. Il domine au conseil, dans la compagnie. De la même main dont ce grand homme [Richelieu] sapait les fondements de la monarchie d'Espagne, il a daigné jeter ceux de votre établissement, et confier à vos soins la pureté d'une langue qu'il voulait faire entendre et dominer par toute l'Europe, Corneille, Disc. de récept. à l'Acad. Dieu ne veut pas d'un cœur où le monde domine, Corneille, Poly. I, 1. Prince, que voulez-vous d'un cœur préoccupé Sur qui domine encor l'ingrat qui l'a trompé ? Corneille, Tois. d'or, II, 5. Dominer sur la nature, Pascal, dans COUSIN. En laissant dominer les sens, Bossuet, Hist. II, 11. Deux sortes de gens fleurissent dans les cours, et y dominent dans divers temps, les libertins et les hypocrites, La Bruyère, XVI. Je ne sais quoi qui la met [l'âme] au-dessus des craintes, des espérances, de la réputation et des opprobres et de tout ce qui domine sur la conduite du reste des hommes, Massillon, Confér. Fuite. Vos lois laissent tout à l'aîné et rien aux cadets, c'est l'intérêt qui a dicté cette loi bizarre ; apparemment les aînés l'ont faite, ou les pères ont voulu que les aînés dominassent, Voltaire, Dial. 8.
  • 3Être le plus apparent, avoir le plus de force, en parlant des choses. Cette figure domine dans le tableau. Pour moi j'aime surtout que le poivre domine, Boileau, Sat. III. Cette humilité profonde qui domine si fort dans son caractère, Massillon, St Franc.
  • 4Dépasser en hauteur ce qui environne. Sa tête domine au-dessus de la foule. Notebourg était une place très forte, bâtie dans une île du lac Ladoga, et qui, dominant sur ce lac, rendait son possesseur maître du cours de la Neva, Voltaire, Russie, I, 12.
  • 5 v. a. Tenir en domination, maîtriser. Les ambitieux n'ont aucun moyen de se distinguer ni par leur naissance, ni par leur grandeur, ni par leur esprit, puisque la mort, qui égale tout, les domine de tout côté avec tant d'empire, et que, d'une main si prompte et si souveraine, elle renverse les têtes les plus respectées, Bossuet, Duch. d'Orl. Vous dominerez sur plusieurs nations, et nul ne vous dominera, Sacy, Bible, Deutéron. XV, 16.

    Il se dit des choses qui prennent de l'empire. Je ne veux point que la mauvaise honte et la timidité dominent votre cœur, Fénelon, Tél. XXIII. La mode domine les provinciales ; mais les Parisiennes dominent la mode et la savent plier chacune à son avantage, Rousseau, Hél. II, 21. Les plus grandes contradictions que le czar éprouva quand il voulut créer un empire et former des hommes, vinrent de sa femme ; elle était dominée par la superstition, si souvent attachée à son sexe, Voltaire, Russie, II, 10.

  • 6Avoir, par sa hauteur, une sorte de domination sur l'espace environnant. Une hauteur qui domine le cours de la rivière. Ce Grec dont l'œil au loin observe nuit et jour L'horizon de nos mers que domine la tour, Lemercier, Agamemn. I, 4.
  • 7Se dominer, v. réfl. Se commander à soi-même. En cette pénible circonstance il sut se dominer.

REMARQUE

Pascal a dit dominer à, pour dominer sur : Qui eût dit à vos généraux [des jésuites] qu'un temps était proche où ils domineraient en mœurs à l'Eglise universelle ? Pascal, dans COUSIN. C'est un archaïsme comme on peut voir dans l'historique.

HISTORIQUE

XVIe s. Si c'est promesse, où en est l'accomplissement, veu que Cain a esté veincu de peché, auquel il devoit dominer ? Calvin, Instit. 245. Pour monstrer la grande convoitise d'avoir qui dominoit en luy, on allegue deux principaux argumens, Amyot, Crass. 2. Sans cette hemoragie il n'auroit pu se morigener à cause du sang bouillant qui le dominoit naturellement, D'Aubigné, Vie, XXVII. La Tartarie est dominée par le Cham, D'Aubigné, Illst. I, 42.

ÉTYMOLOGIE

Lat. dominari, dominer, de dominus seigneur (voy. DOM).