« temple », définition dans le dictionnaire Littré

temple

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temple [1]

(tan-pl') s. m.
  • 1Chez les Romains, lieu découvert d'où la vue pouvait s'étendre, et consacré par les augures. Le sénat ne pouvait s'assembler légalement que dans un lieu consacré par les augures, auquel on donnait pour cette raison le nom de temple, Bouchaud, Instit. Mém. sc. mor. et pol. t. v, p. 123.
  • 2Édifice public consacré à la divinité chez les peuples qui ont un culte. Tous les monstres d'Égypte ont leur temple dans Rome, Corneille, Poly. IV, 6. Le Capitole bâti par Tarquin le Superbe, et le temple qu'il éleva à Jupiter dans cette forteresse, Bossuet, Hist. III, 6. Ils [les Scythes] revinrent dans la Palestine, où quelques-uns d'entre eux pillèrent, à Ascalon, le temple de Vénus le plus ancien qui eût été consacré à cette déesse, Rollin, Hist. anc. Œuv. t. II, p. 100, dans POUGENS. Entre les temples célèbres bâtis par le peuple d'Ionie, le plus mémorable, quoiqu'il ne soit pas le plus ancien, est le fameux temple de Diane construit à Éphèse, Rollin, ib. t. XI, 1re part. p. 19. Les peuples qui n'ont point de temples ont peu d'attachement pour leur religion, Montesquieu, Esp. XXV, 3. Comme la divinité est le refuge des malheureux, et qu'il n'y a pas de gens plus malheureux que les criminels, on a été naturellement porté à penser que les temples étaient un asile pour eux, Montesquieu, ib. Les Tyriens avaient un temple dans lequel Hérodote entra, et qu'il dit avoir deux mille trois cents ans d'antiquité, Voltaire, Déf. mil. Bolingbr. 9. Point de temple, point de palais bien entendu sans une belle vue et sans une grande place, Voltaire, Phil. Hérode, monuments. Vos yeux se tournent depuis longtemps vers ce fameux temple de Minerve, un des plus beaux ornements d'Athènes ; il est connu sous le nom de Parthénon, Barthélemy, Anach. ch. 12. Les temples des Grecs et des Romains n'étaient que le sanctuaire proprement dit ; les sacrifices étaient offerts sous les péristyles, à la vue d'un peuple immense qui ne pénétrait point dans l'enceinte sacrée, Mongez, Instit. Mém. litt. et beaux-arts, t. v, p. 133. Il paraît que l'intérieur des temples destinés à la célébration des mystères admettait certains prestiges de lumière et d'obscurité, faits pour ébranler l'imagination des assistants, Quatremère de Quincy, Instit. Mém. hist. et litt. anc. t. III, p. 266. C'est une belle idée qu'avaient les anciens de placer les temples au sommet des lieux élevés, Staël, Corinne, VIII, 4.

    Fig. Il [Épicure] fut le premier qui prononça courageusement ce qu'il en pensait [des dieux du paganisme], et qui osa publiquement ébranler, autant qu'il lui fut possible, les fondements de tous les temples de la Grèce, en déclamant contre la vanité du culte qui s'y exerçait, La Mothe le Vayer, Vertu des païens, II, Épicure.

  • 3Absolument et par excellence, le temple que Salomon bâtit à Jérusalem par ordre de Dieu, et qui fut rebâti par Hérode. J'ai dessein de bâtir un temple au nom du Seigneur mon Dieu, selon que le Seigneur l'a ordonné à David mon père, Sacy, Bible, Rois, III, v, 5. Cette prédiction de la ruine du temple réprouvé, Pascal, Lett. à Mlle de Roannez, 9. Hérode, ce politique raffiné, qui, pour avoir rebâti le temple avec une magnificence presque semblable à celle de Salomon…, Bossuet, Médit. sur l'Év. La dern. sem. du Sauv. 35e jour. Il [David] ordonna aux lévites de venir au temple le matin et le soir, pour y bénir Dieu et pour y chanter ses louanges, Bossuet, Polit. VIII, v. 5. Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel, Racine, Athal. I, 1.

    Le second temple, le temple rebâti par Hérode.

  • 4Dans le style soutenu, église consacrée au culte catholique. Soit, mais il est saison que nous allions au temple, Corneille, le Ment. IV, 9. Marinette : Pour vous chercher j'ai fait dix mille pas, Et vous promets, ma foi… - Eraste : Quoi ? - Marinette : Que vous n'êtes pas Au temple, au cours, chez vous, ni dans la grande place, Molière, le Dép. I, 2. Tu le vois, tous les jours [Louis XIV], devant toi prosterné, Humilier ce front, de splendeur couronné, Et, confondant l'orgueil par d'augustes exemples, Baiser avec respect le pavé de tes temples, Racine, Esth. Prologue. Les chrétiens n'eurent des temples que vers le commencement du règne de Dioclétien ; l'Église était alors très nombreuse, Voltaire, Dict. phil. Autels.

    Fig. Dans le style de la chaire, les fidèles sont les temples vivants, les temples du Saint-Esprit. En faire [d'un grand peuple] le temple de Dieu, le réconcilier à Dieu…, Pascal, Pens. XVIII, 16, édit. HAVET. Il nous consacre comme temples de Dieu, il nous consacre comme enfants de Dieu, Bourdaloue, Serm. 17e dim. après la Pent. Dominic. t. IV, p. 78. Elle [cette passion] déshonore le corps du chrétien ; elle profane le temple de Dieu en nous, Massillon, Carême, Enf. prod.

    Le nouveau temple, l'Église chrétienne. La gloire de ce nouveau temple sera bien plus grande que la gloire du premier [les Juifs], Pascal, Pens. XXV, 171.

    Fig. Le temple, l'ensemble des idées chrétiennes. Malebranche est un aigle enfermé dans le temple, D. Stern, Esquisses mor. p. 157.

  • 5Se dit, chez les protestants, de l'édifice où se font les cérémonies du culte. M. le cardinal de Bouillon fut hier bénir l'église d'Orsay, qui n'était maintenant qu'un temple, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 116.
  • 6Anciennement, résidences des chevaliers du Temple (on met une majuscule). Le faubourg du Temple à Paris. Je n'ose presque vous parler de votre déménagement de la rue du Parc-Royal pour aller demeurer au Temple ; j'en suis affligée pour vous et pour moi : je hais le Temple autant que j'aime la déesse [Mme de Coulanges] qui veut présentement y être adorée, Sévigné, à Coulanges, 1er déc. 1690. Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, Marmontel, Mém. VI.

    Chevalerie du Temple, ordre des templiers.

  • 7Le Temple, dans le langage de la franc-maçonnerie, le lieu où se réunissent les francs-maçons.
  • 8 Fig. et poétiquement, temple de Mémoire, ou, simplement, temple, souvenir qui reste des grandes œuvres ou des grandes actions (on met une majuscule à Mémoire). Celle à qui dans mes vers, sous le nom de Nérée, J'allais bâtir un temple éternel en durée, Malherbe, VI, 25. J'irais plus haut peut-être au temple de Mémoire, Si, dans un genre seul, j'avais usé mes jours, La Fontaine, Poésies mêlées, LXIX.

    Être inscrit au temple de Mémoire, avoir immortalisé son nom.

HISTORIQUE

XIe s. Il viola le temple Salomon, Ch. de Rol. CXVII.

XIIe s. Cist temples [est], cum li huem, senz honor, Machab. I, 2. Puis entrad li poples de la terre el temple Baal, e destruisirent les altels…, Rois, p. 288.

XIIIe s. L'en avoit ordenné que le Temple [les chevaliers du Temple] feroit l'avant-garde, et le comte d'Artois auroit la seconde bataille après le Temple, Joinville, 224.

XIVe s. Ainssin fasoit Girars : es bons prenoit exemple, à Dieu s'estudioit de son cuer [cœur] faire temple, Girart de Ross. v. 2995.

XVe s. Pour les laiz [laïques] et ceuls du temple [ecclésiastiques], R. Desch. Poésies mss. f° 46.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. temple ; espagn. templo ; ital. tempio ; du lat. templum, qui est le même que τέμενος, de τέμνειν, couper : proprement, lieu coupé par deux lignes d'orientation que les augures traçaient pour leurs observations.