« vieillard », définition dans le dictionnaire Littré

vieillard

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vieillard

(vié-llar ; ll mouillées, et non viéyar ; le d ne se lie pas ; au pluriel, l's ne se lie pas ; cependant quelques-uns la lient : les viéllar-z amoureux) s. m.
  • 1Homme qui est dans le dernier âge de sa vie. Il y a trois sortes de personnes que mon âme hait, et dont la vie m'est insupportable : un pauvre superbe, un riche menteur, et un vieillard fou et insensé, Sacy, Bible, Ecclésiastique, XXV, 3 et 4. Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples, La Rochefoucauld, Max. 93. Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point surpris ; Tu te plains sans raison de mon impatience, La Fontaine, Fabl. VIII, 1. Ce que M. le Tellier avait vu arriver à tant de sages vieillards qui semblaient n'être plus rien que leur ombre propre, le rendait continuellement attentif à lui-même, Bossuet, le Tellier. C'est une grande difformité dans la nature qu'un vieillard amoureux, La Bruyère, XI. Ce n'est pas le besoin d'argent où les vieillards peuvent appréhender de tomber un jour, qui les rend avares, La Bruyère, XI. Le souvenir de la jeunesse est tendre dans les vieillards ; ils aiment les lieux où ils l'ont passée…, La Bruyère, XI. Une trop grande négligence, comme une excessive parure, dans les vieillards, multiplient leurs rides et font mieux voir leur caducité, La Bruyère, XI. Un vieillard qui a vécu à la cour, qui a un grand sens et une mémoire fidèle, est un trésor inestimable : il est plein de faits et de maximes…, La Bruyère, XI. L'âge faisait encore une grande distinction ; et le nom de vieillard, dans l'Écriture, marque ordinairement de la dignité, Fleury, Mœurs des Israél. tit. v, part. 2, p. 48. Les femmes vivent un peu plus que les hommes, c'est-à-dire qu'en une génération on trouve plus de vieilles que de vieillards, Voltaire, Dict. phil. Femme. Je suis si vieux que je ne peux plus jouer les vieillards ; c'est un grand dommage ; car je vous avoue modestement que je jouais Lusignan beaucoup mieux que Sarrazin, Voltaire, Lett. Villette, 8 juill. 1765. Je n'ai point cette raideur d'esprit des vieillards, je suis flexible comme une anguille, et vif comme un lézard, et travaillant toujours comme un écureuil : dès qu'on me fait apercevoir d'une sottise, j'en mets vite une autre à la place, Voltaire, Lett. d'Argental, 22 oct. 1759. Ces deux vieillards dont il est fait mention dans les Transactions philosophiques, dont l'un a vécu 165 ans, et l'autre 144, Buffon, Hist. nat. hom. Œuv. t. IV, p. 356. Rien de plus commun qu'un vieillard qui commence à vivre ; rien de plus commun qu'un vieillard qui meurt avant que d'avoir vécu, Diderot, Claude et Nér. II, 1. Pourriez-vous me dire pourquoi il y a de beaux vieillards et point de belles vieilles ? Diderot, Lett. à Mlle Voland, 31 juill. 1762. Il y a bien de la différence entre être un beau vieillard et avoir une belle vieillesse ; peut-être n'est-on pas un beau vieillard sans avoir une belle vieillesse… mais on peut certainement… avoir une belle vieillesse et n'être pas un beau vieillard, Diderot, ib. 15 août 1762. J'aime les enfants et les vieillards ; je regarde ceux-ci comme des êtres singuliers que le sort a épargnés, Diderot, ib. 19 août 1759. Sur l'âge des vieillards c'est en vain qu'on se fonde ; Ils sont très obstinés à rester dans ce monde, Al. Duval, Fille d'honn. II, 12.
  • 2Il se dit des personnes avancées en âge, tant hommes que femmes. L'âme s'échappe du vieillard sans effort ; elle est sur le bord de sa lèvre, Diderot, Cl. et Nér. II, 7. Les vieillards, qui, devenus par leurs infirmités et par leurs besoins, plus personnels et plus concentrés dans ce qui les touche, éprouvent quelquefois, en perdant leurs amis même, la consolation secrète de jouir encore de la vie, et de subir quelques moments plus tard la loi commune de la nature, D'Alembert, Élog. St-Aulaire.
  • 3 Fig. Calendrier des vieillards, prétextes tirés du repos des fêtes par un vieux mari à l'égard de sa jeune femme, La Fontaine, Calendr. Tu te moquerais de moi, et tu m'enverrais pour étrennes le calendrier des vieillards, Ch. de Bernard, Un acte de vertu, § v.
  • 4Au fém. Vieillarde (employé seulement avec une nuance de mépris dans le style moqueur et satirique). Décider cette sensible vieillarde à quelque équipée folâtre et romanesque dans le goût des pèlerinages de Gretna-Green, Ch. de Bernard, le Gentilhomme campagnard, § XI.
  • 5 Vieillard, oiseau d'Amérique ainsi nommé parce qu'il a sous la gorge une espèce de duvet blanc ou plutôt de barbe blanche, Buffon, Ois. t. XII, p. 59.
  • 6 Terme d'alchimie. Vieillard des sages, le mercure.

HISTORIQUE

XIIIe s. Mes peres m'a à un vieillar donnée, Qui en cest meis [logis] m'a mise et enserrée, Romancero, p. 37. Je le vos di por Ysengrin Et por un prestre dant Martin ; Vieillarz estoit auques li prestres, Ren. 7388.

XIVe s. Et tele amisté utile est mesmement en gens villards et anciens, Oresme, Éth. 233.

XVIe s. Il fut faict loup, et la marque conforme Retient encor de sa premiere forme ; Tel poil vieillard et tel frayeur de vis Encores a…, Marot, IV, 24. D'un pas vieillart son allure hastoit, Du Bellay, J. IV, 24, verso. Nul samedy sans soleil, nul vieillard sans estre jaloux, nulle belle femme sans amours, Sauval, Hist. de Paris, t. III, p. 12, dans LACURNE. Mieux vaut l'ombre d'un sage vieillard que les armes d'un jeune coquard, Cotgrave

ÉTYMOLOGIE

Vieil, avec la finale péjorative art ; provenç. veilard, viliard ; catal. vellas ; espagn. viejazo ; portug. velhão ; ital. vecchiardo.