« roide », définition dans le dictionnaire Littré

roide

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

roide ou raide

(roi-d' ou rè-d'. La prononciation rè-d' a presque entièrement fait disparaître la prononciation roi-d') adj.
  • 1Qui ne plie pas quand on veut le fléchir. Roide comme une barre de fer. Il a eu des rhumatismes, et son bras est resté tout roide. Un tas d'anguilles toutes sèches et roi des de froid sur le rivage, Descartes, Météor. I. Morel, le laquais de César, prend dans ses bras ce petit paysan, en disant : il est bien roide, je le crois mort, Genlis, Veillées du château t. I, p. 139, dans POUGENS. Des rangées circulaires de soldats étendus raides morts marquèrent les bivouacs, Ségur, Hist. de Nap. IX, 11.

    Ce linge est tout roide d'empois, il est empesé trop roide, il est trop ferme, trop dur, parce qu'on y a mis trop d'empois.

    Terme d'histoire naturelle. Se dit d'une partie qui, bien que grêle ou mince, oppose de la résistance à la flexion.

    Être tué roide, tomber roide mort, demeurer roide mort sur la place, être tué, mourir tout d'un coup. Ils [les Hollandais, au passage du Rhin] font une décharge où M. de Longueville est tué tout roide ; on lui a trouvé cinq coups de mousquet, Pellisson, Lett. hist. t. I, p. 143. Et non moins bon archer que mauvais raisonneur, Roide mort étendu sur la place il le couche, La Fontaine, Fabl. VIII, 10. Le fils de Saint-Hilaire se jette à son père, et se met à crier et à pleurer : Taisez-vous, mon enfant, lui dit-il ; voyez, en lui montrant M. Turenne roide mort ; voilà ce qu'il faut pleurer éternellement ; voilà ce qui est irréparable, Sévigné, 203. Il [le duc de Nemours] tira le premier, apparemment comme l'offensé, et voulut ensuite fondre l'épée à la main sur M. de Beaufort qu'il avait manqué, et qui le tua roide de trois balles dans l'estomac, Saint-Foix, Ess. Paris, Œuv. t. III, p. 254, dans POUGENS.

  • 2Qui est fort tendu. Cette corde est roide, n'est pas assez roide.
  • 3Qui manque de souplesse, de grâce. Une attitude roide. Des mouvements roides. Mme d'Aubigné toute honteuse, Mlle de Mérode toute roide, Mlle de la Barge tout endormie, Maintenon, Lett. à Mme la marquise de Dangeau, 14 juill. 1707.

    Se tenir roide, se tenir le corps droit sans fléchir d'aucun côté.

    Fig. et familièrement. Se tenir roide, tenir bon dans une résolution. Quoi que j'aie pu lui dire, il s'est tenu roide.

    Se tenir roide, signifie encore montrer une rigidité excessive. Ce sera donc à Auguste, monsieur, à qui j'adresserai mon Aristippe, ou à quelque autre homme de ce siècle-là, puisque les gens de celui-ci se tiennent si roides sur le point d'honneur, Guez de Balzac, Lett. à Chapelain, 22 fév. 1644, dans PELLISSON, Hist. de l'Acad. III.

    Dans le langage des arts d'imitation. Des contours roides. Des draperies roides.

  • 4 Fig. Qui ne se relâche pas de ses idées, de ses prétentions, de ses principes. Il est sûr qu'il ne se trouve plus de ces âmes vigoureuses et raides de l'antiquité, Fontenelle, Montaigne, Socrate. Il fut étrange que M. de Rohan se montrât si raide pour la récusation [du premier président], Saint-Simon, 26, 49. Messieurs les hidalgos étant ordinairement roides en fait d'alliance, et gens à observer les longues et les brèves, Lesage, Est. Gonz. 36.

    Substantivement. Sa société [du P. Tellier, jésuite] pour l'ardeur de son naturel et son roide avait été obligée de le renvoyer en France, Saint-Simon, 217, 179.

    Il se dit des choses en un sens analogue. [Suivant les réformés] il n'y en avait jamais eu [de libre arbitre] ni parmi les hommes ni parmi les anges… jamais les stoïciens n'avaient fait la fatalité plus roide et plus inflexible, Bossuet, Var. XIV, 1. Les idées qu'on y prend [dans la vie retirée] sont plus roides et inflexibles, faute d'être traversées, pliées par celles des autres, Fontenelle, Méry. Les principes les plus raides de sa secte [stoïcienne], Diderot, Claude et Nér. II, 88.

  • 5Difficile à monter, escarpé. Une côte roide. Il entre dans cette grotte souterraine, et descend un escalier excessivement roide, Genlis, Veillées du château t. I, p. 543, dans POUGENS.
  • 6Qui a un mouvement rapide et fort. Les pigeons ont l'aile fort roide. Le cours de cette rivière est roide.

    Fig. et familièrement. Faire ce jeune homme si vite capitaine, cela était un peu raide.

    Par extension. Cela est raide, se dit de quelque chose, parole ou acte, qu'il est difficile d'accepter.

  • 7Adverbialement. Vite, vivement, avec force. La Rancune se mit à pisser si largement et si roide, que le bruit seul du pot de chambre eût pu réveiller le marchand, Scarron, Rom. com. I, 6.

    Raide comme balle, très rapidement, sans hésiter.

    Terme de vénerie. Découpler raide, découpler les chiens d'un relais, aussitôt que l'animal est passé, sans attendre la meute.

    Fig. et familièrement. On a mené cette affaire bien roide, on l'a poussée fort vivement.

    Dans le même sens. On a mené cet homme bien roide. Je le mène un peu roide, Regnard, Ret. impr. VI.

HISTORIQUE

XIIe s. À tels jà e suef et dulz estre devez, En pur ço que vous estes e enuins et sacrez, E reddes as pluseurs pur le brant que portez, Th. le Mart. 78. [Une lance] Qui moult fut roide et le fer aceré, Ronc. p. 190. E hanste fort e rade à cel mestier, Gerard de Ross. p. 316.

XIIIe s. Les iex [yeux] [il] ot clos et le corps roide, Et en plusieurs lieus la char froide, Blonde et Jehan, v. 1171. Et se il [un ouvrier] est si foz et si roides et si aboutiz que il ne vueille obeir au commendement le mestre [du métier], Liv. des mét. 198. La coste estoit si roite que à peinne s'i pooit tenir chevaus, Joinville, 276. À justices tenir et à droitures soies loiaus et roide, sans tourner à destre ne à senestre, Joinville, 301. Bone justice et roide, et qui n'espargnast plus le riche home que le poure, Joinville, 297.

XIVe s. Homme de très rede seigneurie et de très sur et aspre empire, Bercheure, f° 84, verso. Les ames des christiens reçoi en ta grant sale, Dont li corps sont cy mort, tuit froit, tuit roit, tuit pale, Girart de Ross. V. 4082.

XVe s. Par dessous cette montagne couroit une riviere forte et roide, Froissart, I, I, 41. Ces Flamands qui descendoient orgueilleusement et de grand volonté, venoient roids et durs, Froissart, II, II, 197. Se ce meschant [le médecin] j'eusse creu, Las ! je seroy, mort tout roide, Se seulement j'eusse beu Sa tisanne et son eau froide, Basselin, XLVIII.

XVIe s. C'est la qualité d'un portefaix, d'avoir les bras et les jambes plus roides, Montaigne, I, 242. Roides, transis et immobiles du froid, Montaigne, I, 262. Un roide jousteur, Montaigne, IV, 35. Et leur commanderent qu'ilz s'en courrussent le plus roide qu'ilz pourroient vers Megares, Amyot, Pyrrhus, III.

ÉTYMOLOGIE

Wallon, reu ; picard, rade, rède, vite ; provenç. rege, reze, rede, rot ; du lat. rigidus (voy. RIGUEUR). Ce mot fait difficulté. Au sens de qui ne plie pas, il vient de rigidus qui donne roit, ou roide dans le dialecte du centre, et redde ou rede dans le dialecte normand. Mais roide a aussi le sens de rapide ; et rapidus avait donné rade ou raide. Y a-t-il eu confusion, et a-t-on mêlé les formes roide de rigidus et raide de rapidus ? Cela est incontestablement possible pour le normand, entre rede et raide ; mais cela ne l'est pas pour le dialecte du centre ; là raide n'a pu être pris pour roide, du moins dans les hauts temps et avant la fin du XIIIe siècle et le XIVe siècle. Mais, à partir de ce temps, la confusion a pu se faire. Le seul cas de confusion que l'on pourrait alléguer serait celui de Gérard de Rossillon, au XIIe siècle, où rade est dit pour rigidus ; mais ce poëme, écrit sur les confins entre la langue d'oc et la langue d'oïl, ne peut pas faire autorité. À ce point, si les lois phonétiques n'admettent pas la confusion, dans le dialecte du centre, entre roide, de rigidus, et raide, de rapidus, reste la difficulté de savoir comment rigidus a pu prendre le sens de rapide. C'est l'idée de tension qui aura servi d'intermédiaire : ce qui est tendu a paru escarpé ; et ce qui est escarpé a paru rapide.