« efforcer », définition dans le dictionnaire Littré

efforcer

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

efforcer (s')

(è-for-sé) v. réfl.
  • 1Faire un effort de toutes ses forces. Efforcez-vous. Ne vous efforcez pas, vous vous blesserez. Ne vous efforcez pas à parler, à courir. Il s'efforçait de soulever le fardeau. Quand un autre à l'instant s'efforçait de passer, Boileau, Sat. VI.

    Absolument. Faire effort sur soi-même. Feignez, efforcez-vous, songez qu'il est mon père, Racine, Mithr. IV, 2. Courage, efforcez-vous, reprenez vos esprits ; Qu'avez-vous ? Boursault, Ésope à la cour, II, 1.

  • 2Employer toute son énergie, tous ses moyens à quelque chose. Il s'efforça de parler. S'étant efforcé d'obtenir un emploi. Tous se sont efforcés de la pouvoir sauver, Mairet, Mort d'Asdrub. V, 1. Ah ! l'on s'efforce en vain de me fermer la bouche, Racine, Brit. III, 3.

    S'efforcer à, même sens. Et qu'un Romain s'efforce à tacher le renom D'un guerrier à qui tous doivent un si beau nom, Corneille, Hor. V, 3. L'une et l'autre de moi s'efforce à l'obtenir, Corneille, Théod. V, 6. Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie, Qui s'efforce à noircir une si belle vie, Corneille, Nicom. III, 8. On s'empresse à vous voir, on s'efforce à vous plaire, Corneille, Agés. III, 1. Et ne devrais-je point m'efforcer à vous faire connaître la différence des cœurs qui s'attachent à vous ? Baron, l'Homme à bonnes fortunes, I, 3. Laissez-moi m'efforcer, cruel, à vous haïr, Voltaire, Indiscr. 13.

REMARQUE

Des grammairiens ont voulu distinguer s'efforcer à et s'efforcer de suivis d'un infinitif ; mais ni l'usage ni la grammaire n'appuient cette distinction.

SYNONYME

S'EFFORCER, TÂCHER. Celui qui tâche n'emploie pas nécessairement toutes ses forces. Celui qui s'efforce emploie tout ce qu'il a de forces.

HISTORIQUE

XIIe s. Tant s'esforça que il fu en estant [il se mit debout], Ronc. p. 100. Li rois de France ne l'en esforza mie [ne l'y força pas], ib. p. 148. Mais esforchier fait folie [folie fait qu'on s'efforce], Couci, III. Dux Miles se redresse, si se cuide efforcier, Apuiant à l'espée, se tint vers un moustier, Sax. X. E se peneient mult des escriz encercier [chercher], S'il peüssent trover nule rien n'espier, Dunt la cause le rei peüssent esforcier [rendre plus forte], Th. le mart. 69. E Samuel crut e esforcha, e Deus fud ove [avec] lei, e nule de ses paroles en vain ne chaï [tomba], Rois, 13.

XIIIe s. Por l'amor la pucelle [il] s'esvertue et esforce, Les escus froisse et fent com s'il fussent d'escorce, Audefroi le Bastard, dans Romancero, p. 19. Pur quei morez à essient ? Efforce tei ; ne vaut nient, Lai del desiré. Li rossignos lores s'efforce De chanter et de faire noise, la Rose, 74. Quiconques est pris en cas de crieme et atains du cas si comme de murdre ou de traïson, d'omicide ou de feme efforcier, il doit estre trainés et pendus, Beaumanoir, XXX, 2. Un soz-diacre se maria, le evesque le efforça [força] forjurer sa feme, Liv. de just. 193.

XIVe s. Et après il se efforçoient de monstrer que…, Oresme, Eth. 298. Aucuns se sont efforcés à priver et corrompre vos ordonances, Du Cange, audaciter.

XVe s. Quand ceux de la ville virent le pouvoir de la dame si grand et si efforcé, et presque toute l'Angleterre estoit de leur accord, Froissart, I, I, 19. Ainsi doit estre vraysemblable que Dieu est quasi efforcé et contrainct ou semons de monstrer plusieurs signes, ou de nous batre de plusieurs verges, Commines, V, 18. Ceulx qui s'efforceroient à rompre la porte, Commines, III, 10.

XVIe s. La vertu propre en cestui cas, c'est force, Qui dueil abat et les tourmens efforce [leur ôte la force], Marot, I, 382. Les moins tendues et plus naturelles allures de nostre ame sont les plus belles ; les meilleures occupations, les moins efforcées, Montaigne, III, 277. Les ouvriers s'efforçoient à l'envy les uns des autres, à surmonter la grandeur de leurs ouvrages par l'excellence de l'artifice, Amyot, Péric. 26. Ilz s'efforçoient de priver leur capitaine des honneurs deuz à sa victoire, Amyot, Paul Aem. 52. Luy seul, de loing, estant assis à son aise, sans s'efforcer aucunement, en tirant tout bellement avec la main le bout d'un engin, la feit approcher de soy, Amyot, Marc. 22.

ÉTYMOLOGIE

Provenc. esforsar, esforzar ; espagn. esforzar ; ital. sforzare ; bas-lat. ex-fortiare, de ex, et fortis (voy. FORT).