« encore », définition dans le dictionnaire Littré

encore

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

encore

(an-ko-r') adv. de temps
  • 1Jusqu'au moment dont il s'agit. Elle vit encore. Dans dix ans il existera encore. Cela se faisait encore à cette époque. J'attends encore. Je ne demande pas que vous cessiez encore Ou de haïr Flavie ou d'aimer Théodore, Corneille, Théod. III, 5. Pour le cœur, si je puis vous le dire entre nous, Je ne m'aperçois pas qu'il soit encore à vous, Corneille, Sur. II, 1. Les dogmatistes sont encore à répondre depuis que le monde dure, Pascal, Grand. 25. Elle se fait un Dieu de ce prince charmant, Et vous doutez encor qu'elle en fasse un amant, Racine, Alex. I, 1. Mes malheurs font encor toute ma renommée, Racine, Bajaz. II, 1. Ah ! douleur non encore éprouvée, Racine, Phèd. IV, 6. Il ne répond encor qu'au nom d'Éliacin, Racine, Athal. I, 2. Il ne connaît encor d'autre père que toi, Racine, ib. I, 2. Les premiers revers Qui frappèrent mes yeux à peine encore ouverts, Voltaire, Zaïre, II, 1.

    Je cours encore, se dit pour exprimer qu'on ne reparut plus, qu'on ne recommença pas, qu'une chose est entièrement laissée de côté, qu'on ne s'en occupe plus. Cela dit, maître loup s'enfuit et court encor, La Fontaine, Fabl. I, 5. Je pris la clef du cabinet et puis les lettres d'État et cours encore, Saint-Simon, 18, 216. Et le petit chien pas plus haut que cela [chien enragé dont on prétendait avoir été mordu] ? - Il court encore, Scribe Et Delestre-Poirson, le Nouv. Pourc. sc. 21.

    S'emploie quelquefois substantivement comme les si, les mais. Et les encore, enfin tout le phoebé, La Fontaine, Comment l'esprit. Le moment où l'on dit d'une femme : elle est encore bien jolie ! cet encore gâte bien l'éloge, Genlis, Adèle et Théod. t. I, lett. XI, p. 69, dans POUGENS.

    D'encore en encore, en allant d'un encore à un autre encore, en allant encore plus loin. Il suit sa pointe, et d'encor en encor…, La Fontaine, Comment l'esprit.

  • 2De nouveau, Quoi ! vous le faites encore ? J'en veux encore. Soleil si doux au déclin de l'automne, Arbres jaunis, je viens vous voir encor, N'espérant pas que la haine pardonne à mes chansons leur trop rapide essor, Béranger, Adieux.
  • 3De plus. Outre l'amende il fut encore condamné à la prison.
  • 4Il indique aussi augmentation, surcroît. Il est encore plus riche que son frère. Il exigea encore davantage Cela augmentait encore sa tristesse. Pense-t-il [l'esprit fort] nous avoir réjouis, de nous dire qu'il doute si notre âme est autre chose qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content ? Pascal, Pensées, 2e part. art. 2. La philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne fasse encore mieux, et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire, Rousseau, Ém. IV, note 41.
  • 5En un sens restrictif, qui équivaut à : remarquez, remarquons, faites attention ; en ce cas, on met ordinairement le pronom sujet après le verbe. Ce mot n'est guère usité que dans telle science, encore ne l'emploie-t-on que rarement. Je n'y sais qu'un remède, encore est-il fâcheux, Corneille, Rodog. IV, 3. Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance, La Fontaine, Fabl. VI, 3. Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage, La Fontaine, ib. IX, 2. Encor, dans mon malheur de trop près observée, Je n'osais dans mes pleurs me noyer à loisir, Racine, Phèdre, IV, c.

    Si le sujet est un nom ordinaire, il ne se met pas après le verbe ; seulement : on répète le pronom. Que sa prétention fût ou non légitime, Encor ce traitement paraît-il inhumain, Rotrou, Antig. IV, 1.

  • 6Car encore, c'est-à-dire passe pour, on admettrait que… Les vieillards déploraient ces sévères destins ; Les animaux périr ! car encor les humains, Tous avaient dû tomber sous les célestes armes, La Fontaine, Phil. et Baucis.
  • 7Du moins. Encore s'il voulait se relâcher sur ce point, on pourrait lui accorder tout le reste. Encore est-il plus raisonnable que je ne pensais, et je croyais avoir bien plus de peine à m'en dégager, Molière, Mar. forcé, 14. Encor si la saison s'avançait davantage ! Attendez les zéphyrs ; qui vous presse ? La Fontaine, Fabl. IX, 2. Encor si nous pouvions prolonger son erreur ! Voltaire, Orphel. II, 2.
  • 8Pas encore, se dit (par abréviation pour : non pas encore) après une question où l'on demande si la chose dont il s'agit est faite ou doit être faite. Faut-il venir ? pas encore. Est-il venu ? pas encore.

    Il se dit aussi pour : non encore ; mais cet emploi n'est pas à recommander ; il faut dire : non encore. Ce qu'elle peut sur un cœur pas encore accoutumé à la force, Massillon, Car. Inconst.

  • 9Encore ! pris elliptiquement, signifie, suivant l'occasion et le verbe sous-entendu, soit recommencez, ajoutez ; soit l'improbation et le mécontentement que fait éprouver un fait qui se renouvelle. Quoi ! petit polisson, encore !
  • 10Mais encore, s'emploie comme corrélatif de non-seulement. Non-seulement il est libéral, mais encore il est prodigue.
  • 11Mais encore s'emploie interrogativement avec la signification d'une certaine insistance pour obtenir un détail plus précis. Dites vos raisons. - Je ne veux pas. - Mais encore ?
  • 12Encore que, loc. conj. gouvernant le subjonctif, quoique, bien que. Encor qu'à mon devoir je coure sans terreur, Corneille, Hor. II, 3. Encor qu'il soit sans crime, il n'est pas innocent, Corneille, Nicom. II, 1. On a peur de le voir encor qu'on le désire, La Fontaine, Fabl. VIII, 13. Encor que le pouvoir au désir ne réponde, Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus, La Fontaine, Phil. et Bauc. Encor que son retour En un grand embarras jette ici mon amour…, Molière, Éc. des f. III, 4. Encore qu'ils soient fort opposés à ceux qui commettent des crimes, Pascal, Prov. 8. Encore que notre esprit soit de nature à vivre toujours, il abandonne à la mort tout ce qu'il consacre aux choses mortelles, Bossuet, Duch. d'Orléans. Les Grecs et les Romains ont célébré sa [de la ville de Thèbes] magnificence et sa grandeur, encore qu'ils n'en eussent vu que les ruines, Bossuet, Hist. III, 3. Florien fut tué, et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans l'ordre, Bossuet, ib. I, 10. Encore que les Hollandais eussent pris Pondichéry…, Voltaire, Louis XIV, 29.

    On peut aussi construire encore que avec le conditionnel ; cependant c'est une tournure vieillie. Encore que vous me donneriez mille écus, je ne ferai pas cela, Chifflet, Grammaire, p. 130.

    Encore que se construit avec des noms et des adverbes. Et ce souhait impie encore qu'impuissant, Corneille, Hor. IV, 6. Vous en êtes la cause encor qu'innocemment, Corneille, Polyeucte, IV, 6.

REMARQUE

En poésie, on écrit indifféremment encore et encor, suivant le besoin. L'ancienne prose écrivait aussi encores.

HISTORIQUE

XIe s. Et uncore le mande l'on [que on le somme encore] que il vienge à dreit [qu'il vienne devant le juge], Lois de Guill. 45. Charles respont : uncor pourra garir, Ch. de Rol. x.

XIIe s. Encore aurons d'Espaigne le reignier [royaume], Ronc. p. 41. Mais [je] ne sai pas encor certainement Quel guerredon ele me voudra rendre, Couci, v. N' [ni] encor, amors, ne vous ai reproché Mon service…, ib. VII. Heürs, servirs et talens Me pourront encor valoir, ib. XI. Que [car] mon langage ont blasmé li François Et mes chançons, oïant les Champenois Et la contesse encoir, dont plus me poise [fâche], Quesnes, Romancero, p. 83. Encoir ne soit ma parole françoise, Si la peut-on bien entendre en françois, Quesnes, ib. Cel jour firent François d'Anseys chevalier, Car ancores servoit au role d'escuier, Saxons, IV. Guiteclin, fait-il, sire, moult peuz estre joians ; Ancor sera cest monz [monde] touz à toi apendanz, ib. Encor ne savoit Karles du domage neant, ib. XI. À mon pooir [je] vous ai conseillé mainte fie [fois] Et ancor vous conseil, ib. X.

XIIIe s. [Que Dieu] Doint qu'encor leur en soit li guerredons rendus, Berte, XXIV. Encor s'en peuvent cil qui or sont, percevoir, ib. LXV. Encore lui semble Berte plus belle à esgarder, ib. CXII.

XVIe s. Encores que mon feu pere, Grandgousier, eust adonné tout son estude à ce que je prouffictasse, Rabelais, Pant. II, 8. Je t'en donnay quelque goust quand tu estoys encores petit, Rabelais, ib. Il n'est point besoing que vous prenez la peine de venir encores, pour les raisons que je vous manderay, Marguerite de Navarre, Lett. 153. Si est-ce que encores [pourtant] en y a il qui…, Montaigne, I, 26. La peur est encores plus insupportable que la mort, Montaigne, I, 64. Il n'est demeuré de luy que ce discours, encores par rencontre, Montaigne, I, 206. Quand vous voyez une riche demeure, encores que vous ne sachez qui en est le maistre…, Montaigne, II, 271. Encor qu'Homere est le premier compté, De s'arrester les autres n'ont eu garde, La Boétie, 478. Or ceste ci, or ceste là il treuve, Et puis encor une autre toute neuve, La Boétie, 479. Ce lieu s'appelle encores à present Theseia, Amyot, Thés. 5. Si matin qu'il n'estoit pas encores jour, Amyot, Public. 18. Si survint encores une autre armée, laquelle gasta tout le territoire de Rome, Amyot, ib. 32. Pere, dit-il, nous avons assez de pinte de vin pour vous et pour moi, encore [pourvu] que vous n'en buviez point, Despériers, Contes, LII.

ÉTYMOLOGIE

Génev. oncore ; picard, core, couere, coir, ecouere (Breteuil), ouere ; norm. co ; environs de Paris, core ; bourguig. enco ; bressan, oncor ; anc. espag. encara ; ital. ancora ; du latin hanc horam, jusqu'à cette heure. La forme uncore vient de unquam hora.