« garnison », définition dans le dictionnaire Littré

garnison

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

garnison

(gar-ni-zon) s. m.
  • 1Troupes qu'on met dans une place pour la défendre ou y séjourner quelque temps. La garnison de Paris. Il est en garnison à Lille. Mettre garnison dans une ville. Tenir garnison dans une forteresse. Le roi fit la garnison prisonnière de guerre, et entra dans Valenciennes, étonné d'en être le maître, Voltaire, S. de Louis XIV, 13. Stralsund avait une garnison de près de neuf mille hommes, et de plus le roi de Suède lui-même, Voltaire, Charles XII, 8.

    Fig. Qu'il n'entre point : avec ce lucifer, En garnison nous aurions tout l'enfer, Gresset, Vert-vert, ch. IV. Mais de mon gîte on s'empare, on le pille ; Tous les amours y mettent garnison, Béranger, Métempsyc.

    Ville de garnison, ville où l'on met ordinairement des troupes en garnison.

  • 2Lieu de séjour pour les troupes. Vie de garnison. Et si l'erreur s'épand jusqu'en nos garnisons…, Corneille, Sertor. IV, 3. Condamné à passer sa jeunesse dans des garnisons, Rousseau, Ém. IV. Cette demoiselle si bien faite est une jeune personne que j'ai vue cet automne à ma garnison, Picard, Alcade de Molor. III, 6.

    Familièrement. Mariage de garnison, mariage mal assorti.

    Amours, conquêtes de garnison, femmes d'un ton peu relevé ou d'une conquête facile. Je conçois du reste que vos conquêtes de garnison vous aient peu disposé à apprécier ce qu'il peut y avoir de noble, de passionné, de sublime dans l'âme de quelques femmes d'élite, Ch. de Bernard, la Femme de 40 ans, § III.

  • 3Un homme ou plusieurs hommes qui gardent les meubles d'une personne lorsqu'ils sont saisis, ou qui sont établis chez un débiteur du fisc, pour l'obliger à payer. Il y a garnison chez lui. On a levé la garnison. Ce qui m'afflige, c'est que j'étais chez lui quand ses associés y sont venus mettre garnison, Lesage, Turcaret, v, 14.
  • 4 Fig. et populairement. Il y a de la garnison, se dit de la tête d'un enfant qui a des poux.
  • 5 Terme d'orfévre. Ouvrage doré par garnison, ouvrage où quelques parties sont dorées et le reste blanc.

HISTORIQUE

XIIIe s. Et li empereres meismes i alla assés folement ; car il n'avoit de garnison [armure] pour son corps à cel point que un seul gasygau [gambison], H. de Valenciennes, IV. De cix qui sont mis es garnisons, es viles ou es castiax por les garder, Beaumanoir, 57. Nus [nul] ne nous osoit venir de Damiete pour aporter garnison [provisions] contre-mont l'yaue, Joinville, 236.

XIVe s. À Cornelius fut commandé qu'il demourast à Rome en garnison, afin que aucune partie des ennemis ne venist pour piller, Bercheure, f° 58, recto.

XVe s. Et emportoient et faisoient emporter les seigneurs la garnison pour armer douze cens hommes d'armes de pied en cap, Froissart, II, II, 224. Les garnisons des frontieres estoient pourvues et garnies de gens d'armes, Froissart, I, I, 113. Il fit très grosse et très grande garnison de bonnes verges qu'il apporta secretement en sa maison, Louis XI, Nouv. XXXVIII.

XVIe s. J'appelle garnisons les gendarmes qui sont disposez par les villes limitrophes pour la conservation de tout le pays, Calvin, Instit. 1201. Plusieurs tiennent que nous ne pouvons abandonner cette garnison du monde [nous tuer] sans…, Montaigne, II, 26.

ÉTYMOLOGIE

Garnir ; provenç. garniso, guarniso ; anc. catal. garnison ; espagn. guarnicion ; ital. guarnizione, guarnigione.