« principe », définition dans le dictionnaire Littré

principe

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principe

(prin-si-p') s. m.
  • 1Origine, cause première. J'ai tâché de trouver en général les principes ou premières causes de tout ce qui est ou qui peut être dans le monde, sans rien considérer pour cet effet que Dieu seul qui l'a créé, ni les tirer d'ailleurs que de certaines semences de vérités qui sont naturellement en nos âmes, Descartes, Méth. VI, 3. Ces titres si ordinaires : des Principes des choses, des Principes de la philosophie, et titres semblables aussi fastueux en effet, quoique non en apparence, que cet autre qui crève les yeux : De omnire scibili, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. Tant que nous regarderons l'homme par les yeux du corps, sans y démêler par l'intelligence ce secret principe de toutes nos actions qui, étant capable de s'unir à Dieu, doit nécessairement y retourner, Bossuet, Duchesse d'Orléans. Comme il est nécessaire que chaque chose soit réunie à son principe, Bossuet, ib. Non-seulement le principe de ma pensée m'est inconnu, mais le principe de mes mouvements m'est également caché, Voltaire, Hist. d'un bon bramin. Je dirai que nos sens sont le principe de nos connaissances, parce que c'est aux sens qu'elles commencent, et je dirai une chose qui s'entend, Condillac, Log. II, 6.

    Dès le principe, dès le commencement.

    Dans le principe, dans le commencement.

  • 2En un sens plus restreint, ce qui produit, opère comme un principe. Nous avons un autre principe d'erreur, les maladies ; elles nous gâtent le jugement et le sens, Pascal, Pens. III, 3, édit. HAVET. Examinons donc, je vous prie, de quel principe part ce mouvement [une certaine déclaration des jésuites], Pascal, Prov. XII. Il jetait dans les esprits le principe de cette licence, Bossuet, Hist. III, 7. Comme la matière que je traite me fournit un exemple manifeste et unique dans tous les siècles de ces extrémités furieuses [les révolutions], il est de la nécessité de mon sujet de remonter jusqu'au principe, Bossuet, Reine d'Anglet. Je vois de tes froideurs le principe odieux, Racine, Phèdre, IV, 2. Vous êtes, madame, le premier principe de tant de faveurs, Voltaire, Lett. Mme de Choiseul, 26 mars 1770.
  • 3Les deux principes, les deux causes suprêmes du bien et du mal, suivant la religion des Perses et suivant les manichéens. La secte impie des marcionites et des manichéens qui enseignaient deux principes, et attribuaient au mauvais la création de l'univers, Bossuet, Var. XI, 201. Les mages admettaient deux principes : l'un du bien et de la lumière, Oromaze ; l'autre du mal et des ténèbres, Arimane, Condillac, Hist. anc. III, 6.
  • 4 Terme de physique. Ce qui constitue, compose les choses matérielles. Selon quelques philosophes, les atomes sont les principes de tous les corps, Dict. de l'Acad.

    Terme de chimie. Synonyme d'élément.

    Principes actifs, certains corps qui agissent sur les autres, et principes passifs, corps qui sont le sujet de cette action (cette locution ne se dit plus guère).

    En chimie organique, principes immédiats, ceux qui sont tout formés dans les êtres vivants, et qu'on en sépare au moyen des réactifs ou des dissolvants.

    Principes nutritifs, ou, absolument, principes, ce qui, dans les substances alimentaires, sert à la nutrition. Ce lait [de la jument], quoique moins séreux que celui d'ânesse, n'est cependant pas aussi riche en principes, que celui des ruminants, Genlis, Maison rust. t. II, p. 39, dans POUGENS.

  • 5Il se dit de toutes les causes naturelles, de toutes celles par lesquelles les corps se meuvent, agissent, vivent. Le principe de la chaleur. Il ne s'agit pas de savoir ce que c'est que la gravitation ; je crois qu'il est impossible de connaître jamais aucun premier principe, Voltaire, Mél. litt. Au père Tournemine. Cette gaieté annonce en elle [Votre Majesté] un principe de vie encore très animé, D'Alembert, Lett. au roi de Prusse, 26 oct. 1781. Le principe de la vie est précisément le principe de la mort ; et ce qui nous fait vivre est réellement ce qui nous fait mourir, Bonnet, Paling. XXII, 6. Allant demander au soleil quelques principes de vie pour lutter contre mes maux, Staël, Corinne, I, 2.

    Le livre des Principes de Newton, ouvrage contenant la théorie du système du monde.

    Principe vital, la cause, quelle qu'elle soit, des phénomènes que manifestent les êtres organisés.

    Principe se dit aussi de ce qui fait la vie d'un État. Le gouvernement est frappé dans son principe, Montesquieu, Esp. XIII, 20. Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus, les meilleures lois deviennent mauvaises, et se tournent contre l'État ; lorsque les principes en sont sains, les mauvaises ont l'effet des bonnes ; la force du principe entraîne tout, Montesquieu, ib. VIII, 11.

  • 6Les premiers préceptes d'un art, d'une science. Les principes de la géométrie, de la physique, de la chimie. Benedetto Lutti donna les premiers principes de l'art à Jean et Charles Vanloo, Diderot, Salon de 1765, Œuvres, t. XIII, p. 39, dans POUGENS.

    S'emploie, au pluriel, dans le titre de plusieurs ouvrages didactiques élémentaires : Principes de calcul, de chimie, etc.

    Principes de dessin, principes d'architecture, recueils d'exemples à l'usage de l'enseignement primaire. On dit semblablement : Principes d'écriture, de musique, etc.

  • 7 Terme de philosophie. Opinion, proposition que l'esprit admet comme point de départ. Elles [les sciences] sont infinies dans la multitude et la délicatesse de leurs principes ; car qui ne voit que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent pas d'eux-mêmes et qu'ils sont appuyés sur d'autres qui, en ayant d'autres pour appui, ne souffrent jamais de dernier ? Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. L'omission d'un principe mène à l'erreur, Pascal, ib. VII, 2 bis. Ceux qui sont accoutumés à raisonner par principes ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes, et ne pouvant voir d'une vue, Pascal, ib. VII, 33. Un principe jeté dans un bon esprit produit, Pascal, ib. XXV, 65. Les principes généraux sont bientôt saisis, quand ils peuvent l'être, Fontenelle, Lahire. Plus on diminue le nombre des principes d'une science, plus on leur donne d'étendue, puisque, l'objet d'une science étant nécessairement déterminé, les principes appliqués à cet objet seront d'autant plus féconds qu'ils seront en plus petit nombre, D'Alembert, Disc. Encycl Œuv. t. I, p. 202, dans POUGENS. Les vérités que, dans chaque science, on appelle principes et qu'on regarde comme la base des vérités de détail, ne sont peut-être elles-mêmes que des conséquences fort éloignées d'autres principes plus généraux que leur sublimité dérobe à nos regards, D'Alembert, Mélanges, etc. t. V, § III. Cette maxime singulière, qu'il ne faut pas mettre les principes en question, maxime d'un abus d'autant plus grand qu'il n'y a point d'erreur où elle ne puisse entraîner, Condillac, Traité des syst. ch. 3. Principe et maxime sont deux mots synonymes : ils signifient tous deux une vérité qui est le précis de plusieurs autres ; mais celui-là s'applique plus particulièrement aux connaissances théoriques, et celui-ci aux connaissances pratiques, Condillac, Art d'écr. II, 9.

    Principe d'Archimède, principe d'hydrostatique d'après lequel tout corps plongé dans un liquide perd de son poids une partie égale au poids du volume de liquide qu'il déplace.

    Premiers principes, vérités ou propositions primitives.

  • 8Maxime, règle de conduite, précepte de morale. De bons, de mauvais principes. Un faux principe d'honneur. Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? Pascal, Pens. III, 13, édit. HAVET. Je ne suis ni à Dieu ni au diable… on n'est point au diable, parce qu'on craint Dieu et qu'au fond on a un principe de religion ; on n'est point à Dieu…, Sévigné, 10 juin 1671. Elle [la mère de Montausier] employa ses premiers soins à lui apprendre les principes d'une fausse religion [le protestantisme], Fléchier, Duc de Mont. Ceux qui ont des principes pour le gouvernement, Fénelon, Tél. XXII. Il faut avoir des principes certains de justice, Fénelon, ib. XXIV. Vous n'avez que des vertus naturelles ; elle a des principes solides et invariables, Genlis, Veill. du chât t. I, p. 288, dans POUGENS.

    Se dit, dans la logique de Kant, d'un jugement à priori immédiatement certain.

  • 9 Absolument, au pluriel, il se dit de bons principes de morale, de religion. La plupart des femmes n'ont guère de principes ; elles se conduisent par le cœur, et dépendent, pour leurs mœurs, de ceux qu'elles aiment, La Bruyère, III. J'entends par des principes des idées justes sur ce qui est mal, Genlis, Ad. et Théod. t. I, p. 214, dans POUGENS. C'est un homme sans principes, et on m'en a conté des traits abominables, Genlis, Mères riv. t. I, p. 31, dans POUGENS.

HISTORIQUE

XIVe s. De chascun des premiers principes, puisqu'il est le premier et commencement, il ne fault plus en oultre enquerir, Oresme, Éth. XI, 17. Il convient que les premisses de aucun sillogisme soient principes, et que elles ne soient pas monstrées ou prouvées par autre sillogisme, Oresme, ib. 173. Comment oses-tu m'oultrageant, Sans congnoistre mon vif argent, Qu'est mon principe vivifique, Tenter l'euvre philosophique ? Nat. à l'alch. 103.

XVIe s. Les principes de geometrie, Montaigne, I, 180. Les principes d'Aristote ne luy soient principes, non plus que ceulx des stoiciens ou epicuriens, Montaigne, I, 162. Or estant M. de Chastillon colonnel, pour son principe [son début] il fut devant Boulogne, Brantôme, Cap. franç. t. IV, p. 223, dans LACURNE.

ÉTYMOLOGIE

Lat. principium, du même radical que princeps (voy. PRINCE).