« privé », définition dans le dictionnaire Littré

privé

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

privé, ée [1]

(privé, vée) adj.
  • 1Qui vit sans rang et sans emploi qui l'engage dans les affaires publiques. Non plus en empereur, mais en homme privé, Tristan, M. de Chrispe, III, 2. Le malheur de ses affaires [la reine Henriette d'Angleterre] la faisant plutôt vivre en personne privée qu'en souveraine, La Fayette, Hist. Henr. d'Anglet. Ceux qui gouvernent font plus de fautes que les hommes privés, Vauvenargues, Max. CXXVI.
  • 2Il se dit des choses, par opposition à public. C'est par cette raison, ou publique ou privée…, Mairet, Sophon. v, 2. Rien n'est privé dans leur vie [des grands], tout appartient au public, Massillon, Petit carême, Exemples. La vie la plus privée ne le vit jamais un moment oublier la gravité et les bienséances de la dignité royale, Massillon, Louis le Grand. C'est l'histoire privée de Christine et non l'histoire de son royaume que j'ai pour objet dans cet écrit, D'Alembert, Mém. Christ. Mais un luxe privé qui dégrade les mœurs…, Chénier M. J. Gracques, II, 3. La vie privée me console de la vie publique, Al. Duval, Jeun. de Henri V, I, 5.

    La vie privée doit être murée, il n'est pas permis de chercher et de faire connaître ce qui se passe dans la maison d'un particulier.

    Vie privée, titre de certains ouvrages où l'on raconte les actions privées d'un personnage public. La Vie privée de Louis XV.

    En son propre et privé nom, pour soi-même, de son chef. Je combats pour la nation [en faisant le procès à Shakspeare] ; je ressemble à M. Roux, de Marseille, qui fit la guerre aux Anglais, en 1756, en son propre et privé nom, Voltaire, Lett. d'Alembert, 10 août 1776.

    Parler, agir en son propre et privé nom, parler, agir de son chef, sans commission de personne.

    Autorité privée, se dit par opposition à autorité publique, ou à autorité légitime. Ce jeune homme a fait cela de son autorité privée, sans l'aveu de son père. Il est certain que l'évêque de Castres fit enfermer la fille Sirven, de son autorité privée, Voltaire, Lett. Beaumont, 22 avr. 1765.

    Fig. L'ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir au fond du cœur…, Pascal, Pens. IV, 2, éd. HAVET.

  • 3Prison privée, ou, dans le style des anciennes ordonnances, chartre privée, se dit par opposition à prison publique.
  • 4Conseil d'État privé ou conseil privé, le conseil où présidait le chancelier, et où se jugeaient les affaires des particuliers dans lesquelles le roi n'avait point d'intérêt ; dit aussi conseil des parties.

    Aujourd'hui, conseil particulier qui ne s'assemble que d'après une convocation expresse ordonnée par le souverain.

  • 5Acte sous seing privé, acte fait sans l'intervention de l'officier public.
  • 6 S. m. Intimité. Mme de St-Géran était mangeuse, aimant la bonne chère, et bonne en privé comme Mme de Chartres, Saint-Simon, 42, 247.

REMARQUE

Le mur de la vie privée !… J'ai cru d'abord, comme bien des gens. que c'était Royer-Collard [qui avait créé cette expression]… Depuis quelque temps j'ai des doutes : ils me viennent d'une lettre de Stendhal, écrite à l'époque où le mot ne faisait que commencer à courir et n'avait pas encore perdu, par le frottement et l'usage, sa marque d'origine… La lettre est du 31 oct. 1823, et en voici le curieux passage : " Dîné à Troyes le 19, avec un marquis… Cet homme, durant un petit dîner de trois quarts d'heure, trouva le secret de nous conter toute l'histoire de sa vie ; je pourrais écrire dix pages : Dès l'âge de treize ans, il servait dans l'Inde, il est marquis, il a un fils, il a une sœur, etc. Je n'ose continuer de peur d'entreprendre sur la vie privée d'un citoyen, qui, comme l'a si bien dit M. de Talleyrand, doit être murée, Éd. Fournier, Feuilleton de la Patrie, 14 juill. 1868.

HISTORIQUE

XIIe s. Quant li jugemenz fu e faiz e recordez, Dous [deux] i ad enveiez li reis de ses privez, Th. le mart. 44.

XIIIe s. Devant lui sont venu si plus privé ami, Berte, CVIII. À privée maisnie [ils] issent de la cité, ib. CXXV. Et se poés à ce venir Qu'à privé les puissiés tenir… Lors devés la rose cueillir, la Rose, 7708. Servise de voie à cimetiere est de droit privé, et por ce le puet l'en chalongier [exiger] au segnor cui la teneüre est, Liv. de just. p. 137.

XIVe s. Mais on dist : de privé laron Se puet nus [nul ne se peut] à paines gaitier, Renart le nouvel, v. 1840.

XVe s. Et especialement devers le roi et son plus privé conseil, Froissart, I, I, 10. Et eust communication bien privée avec ledit chambellan en sa chambre à Londres seul à seul, Commines, VI, 2.

XVIe s. C'est une chose perverse, qu'un privé entreprenne d'administrer ne le baptesme ne la cene, Calvin, Instit. 1062. S'estoit absenté de toutes compagnies, et vivoit en son privé, Rabelais, IV, Anc. prol. Ils disent qu'il en provenoit des fruicts très utiles au privé et au public, Montaigne, I, 211. Le besoin publicque ou privé, Montaigne, I, 207.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. privat ; espagn. privado ; ital. privato ; du lat. privatus, particulier, dérivé de privus, propre, spécial.