« sphère », définition dans le dictionnaire Littré

sphère

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sphère

(sfê-r') s. f.
  • 1 Terme de géométrie. Solide terminé par une surface courbe, dont tous les points sont également distants d'un point intérieur. Archimède a trouvé que le volume de la sphère est les deux tiers de celui du cylindre circonscrit ; c'est pour cela qu'on avait gravé sur son tombeau une sphère inscrite dans un cylindre. Une bulle de savon dans un air tranquille donne l'exemple d'une sphère exacte. Nous n'enfantons [par l'imagination] que des atomes, au prix de la réalité des choses ; c'est une sphère infinie dont le centre est partout, et la circonférence nulle part, Pascal, Pens. I, 1, édit. HAVET. La surface de la terre est convexe, et sa figure est peu différente d'une sphère, Laplace, Expos. I, 1.

    Terme d'architecture. Corps solide parfaitement rond qui sert de couronnement.

  • 2Représentation du globe terrestre. Il [Thalès] eut pour disciple Anaximandre, à qui Pline et Diogène Laërce attribuent l'invention de la sphère, c'est-à-dire la représentation du globe terrestre, Rollin, Hist. anc. liv. XXVII, ch. 2.
  • 3Disposition du ciel suivant les cercles imaginés par les astronomes. Les différentes positions de la sphère.

    Sphère droite, celle où l'équateur coupe l'horizon à angles droits ; sphère oblique, celle où l'équateur tombe obliquement sur l'horizon ; sphère parallèle, celle où l'équateur est parallèle à l'horizon. Les hommes placés sur l'équateur ont la sphère droite ; les habitants des deux pôles, s'il y en avait, l'auraient parallèle, tous les autres ont la sphère oblique.

  • 4 Terme d'astronomie. Sphère armillaire ou artificielle, machine ronde composée de divers cercles représentant ceux que les astronomes ont imaginés dans le ciel. Une maison [bâtie par Huyghens] qui est savante dedans et dehors, et qui a des sphères pour ses girouettes, Guez de Balzac, liv. XI, lett. 7.

    Sphère mouvante, sphère représentant en petit le système planétaire et mue par un appareil d'horlogerie.

  • 5Étude des principes d'astronomie sur une sphère. Il étudie la sphère. Traité de la sphère.
  • 6Espace dans lequel on conçoit qu'une planète accomplit son cours. Saturne parcourt sa sphère en trente années.

    Dans le langage général, la planète considérée en mouvement. Il entend le bruit des sphères que les organes mortels ne sont pas faits pour saisir, Staël, Corinne, XIII, 4.

  • 7Les différentes régions sphériques en lesquelles les anciens partageaient l'espace céleste. Pour peu qu'on ait de connaissances dans l'astronomie, on sait que la sphère des étoiles paraît se mouvoir d'occident en orient autour des pôles de l'écliptique d'un mouvement très lent, qui, suivant les observations des astronomes, est d'environ 50 secondes chaque année, D'Alembert, Œuv. t. XIV, p. 47. Au lieu de vingt-six sphères que demandait le système d'Eudoxe, Calippe en établit trente-trois, Bailly, Hist. astron. anc. p. 241. Ptolémée faisait tourner la sphère étoilée tout entière en 36000 ans autour des pôles de l'écliptique, suivant l'ordre des signes, et il faisait tourner cette même sphère en 24 heures en sens contraire autour des pôles, pour expliquer la révolution diurne, Delambre, Abrégé d'astron. 8e leçon. Mais peut-être au delà des bornes de sa sphère [du soleil], Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux, Lamartine, Méd. I.

    Dans le langage poétique, le séjour céleste. Va, je crois voir des cieux les peuples éternels Descendre de leur sphère, et se joindre aux mortels, Voltaire, Alz. I, 2.

  • 8 Terme de physique. Sphère d'activité, l'étendue dans laquelle un corps peut agir hors de soi. Quelques savants physiciens, et entre autres Taylor et Musschenbroeck, ont essayé de déterminer par des expériences l'étendue de la sphère d'attraction de l'aimant, Buffon, Min. t. IX, p. 132.

    Fig. Sphère d'activité, étendue d'affaires, de travaux, dans laquelle un homme communique son action à ceux qui l'entourent.

  • 9 Fig. Étendue de pouvoir, d'autorité, de connaissances, de talent, etc. Ils demeurent tranquilles dans l'étendue de leur sphère, La Bruyère, I. Presque tous les hommes ne songent qu'à étendre leur sphère, et à y faire entrer tout ce qu'ils peuvent d'étranger ; pour lui, il avait réduit la sienne à n'être guère que lui seul, Fontenelle, Littre. Il est contre la nature de la chose qu'une république démocratique conquière des villes qui ne sauraient entrer dans la sphère de la démocratie, Montesquieu, Esp. X, 6. Je passe dans ma sphère les derniers temps de ma vie, comme vous passez vos beaux jours, à faire le plus de bien dont je suis capable, Voltaire, Lett. Pr. de Ligne, 22 juill. 1766. L'infini en nombre et en étendue est hors de la sphère de mon entendement ; quelque chose qu'on me dise, rien ne m'éclaire dans cet abîme, Voltaire, Phil. ignor. 18. Montrant le tour de son esprit et la sphère de ses connaissances, Rousseau, Ém. II. L'impossibilité de maintenir leur commerce sans les productions de l'Orient les força [les Hollandais] à sortir d'une sphère peut-être trop étroite pour la situation où ils se trouvaient, Raynal, Hist. phil. II, 2.
  • 10 Fig. Il se dit des limites qui bornent certaines choses morales. Étendre, agrandir, élargir la sphère des connaissances humaines. Il ne l'a fait que dans l'étendue de la sphère de probabilité de son sentiment, Pascal, Prov. VI. Il [l'homme surimposé] a rétréci lui-même la sphère de ses besoins, Raynal, Hist. phil. XIX, 10.
  • 11 Fig. Il se dit de la condition, de l'état des personnes. Sortir de sa sphère. Nul à Paris ne se tient dans sa sphère, Voltaire, Chevaux et ânes. Qu'apprend-on dans la petite sphère de deux ou trois amants ou amis toujours occupés d'eux seuls ? Rousseau, Hél. 2e préface.
  • 12 Terme d'alchimie. Sphère philosophale, fourneau qui sert à préparer la pierre.
  • 13Genre de coquilles bivalves.

HISTORIQUE

XIIIe s. Si verroit toutes les esteles Cleres et reluisans et beles, Soient errans, soient fichies, En lor esperes estachies, la Rose, 20530.

XIVe s. Une très noble espere ou pelote ou une très bele fiole, tele chose a une magnificence pour faire un don à un enfant, Oresme, Éth. 116.

XVe s. Comme aussi l'entention finale de sapience ou de metaphysique soit la cognoissance de l'ordre des esperes celestes, Christine de Pisan, Charles V, III, 4. Jehan de Dons ou Jehan des Orloges a fait un grand instrument par aucuns appellé espere ou orloge du mouvement du ciel, Du Cange, spera.

XVIe s. Ceste infinie et intellectuale sphere, le centre de laquelle est en chascun lieu de l'uniyers, la circonference point, c'est Dieu, selon la doctrine de Hermes Trismegistus, Rabelais, III, 13.

ÉTYMOLOGIE

Provenç. espera ; espagn. esfera ; ital. sfera ; du lat. sphaera, qui vient du grec σφαῖρα, dont le sens primitif est balle à jouer. Ce mot et σπείρειν, semer, ont une origine commune, démontrée par σπεῖρα, corde, qui vient de σπεῖρα, spire, qui conduit à σφαῖρα.