« suspendu », définition dans le dictionnaire Littré

suspendu

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

suspendu, ue

(su-span-du, due) part. passé de suspendre
  • 1Qui est attaché et soutenu en l'air de manière à pendre. Ces drapeaux suspendus à ces voûtes fatales, Voltaire, Brutus, III, 2. Pourquoi mon humble front va-t-il recevoir la couronne que Pétrarque a portée, et qui reste suspendue au cyprès funèbre du Tasse ? Staël, Corinne, II, 3.

    Fig. Ils [les grands hommes] ne sont pas suspendus en l'air, tout abstraits de notre société, Pascal, Pens. VI, 30, éd. HAVET.

    Pont suspendu, pont dont le tablier ne repose pas sur des arches.

    Voiture suspendue, voiture portée sur des ressorts.

    Terme de marine. Se dit des objets supportés de manière à conserver leur position horizontale ou verticale malgré les mouvements du navire.

    Terme de botanique. Se dit d'une graine qui dirige son sommet vers la base de la loge qui la renferme.

  • 2 Par extension, il se dit des choses en équilibre et qui se tiennent d'elles-mêmes. Les grues s'étaient amassées en grand nombre, et se tenaient suspendues en l'air, attendant que l'on m'y renvoyât, Voiture, Lett. 9. Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu, Sur cette race impie est toujours étendu, Racine, Athal. I, 2. Ces blocs qui, comme suspendus et menaçant les vallées, ne semblent plus tenir à leurs sommets [des monts], que pour attester les efforts qui se firent pour les en arracher, Buffon, Min. t. I, p. 174. La Hollande, cultivée par des citoyens et gouvernée par des lois impartiales, nourrit un peuple nombreux, et donne des bornes à la mer suspendue sur ses côtes, Condillac, Études hist. I, 3. Son anneau lumineux [de Saturne], suspendu en voûte sur la tête des habitants, est un phénomène unique dans la nature, Bailly, Hist. astronom. mod. t. II, p. 399. Ces voiles suspendus [nuages] qui cachent à la terre Le ciel qui la gouverne et l'astre qui l'éclaire, Saint-Lambert, Sais. III.

    Fig. Mme de la Fayette s'en va demain à une petite maison auprès de Meudon… elle y passera quinze jours, pour être comme suspendue entre le ciel et la terre ; elle ne veut pas penser, ni parler, ni répondre, ni écouter, Sévigné, 132.

  • 3Pas suspendus, pas qui ne s'appliquent que très légèrement sur le sol. À pas tremblants et suspendus Elle arrive enfin où repose Son époux aux bras étendus, La Fontaine, Psyché, I, p. 83.
  • 4 Fig. Qui est momentanément arrêté, interrompu. Le fatal sacrifice est encor suspendu, Racine, Iphig. v, 5. Quand Télémaque se trouva seul, toutes ses passions, suspendues comme un torrent arrêté par une forte digue, reprirent leur cours, Fénelon, Tél. XI. Un sommeil doux et puissant vint me saisir, mes sens étaient liés et suspendus, Fénelon, ib. IV. La vengeance d'Hérode, un moment suspendue, Voltaire, Marianne, II, 3.

    Phrase suspendue, phrase dont le sens n'est pas achevé. On peut laisser une phrase suspendue quand on craint de s'expliquer, quand on aurait trop de choses à dire, Voltaire, Comm. Corn. Rem. Tite et Bérén. I, 1.

  • 5 Terme de musique. Se dit d'un accord qui renferme une suspension.
  • 6En suspens, hésitant, incertain. Ma voix, de chacun d'eux justement prétendue, Par cette égalité demeure suspendue, Rotrou, Bélis. II, 7. Ils [les pyrrhoniens] ne sont pas pour eux-mêmes ; ils sont neutres, indifférents, suspendus à tout, sans s'excepter, Pascal, Pens. VIII, 1, éd. HAVET. C'est une grande vérité que l'incertitude ôte la liberté : si vous étiez contrainte, vous prendriez votre parti ; vous ne seriez point suspendue comme le tombeau de Mahomet, Sévigné, 4 nov. 1676. Cette soif qui n'est jamais rassasiée, ces désirs toujours suspendus qui courent éternellement sans rien prendre, Bossuet, Sermons, 3e dim. après Pâq. 2. Jésus-Christ leur montre une vie future ; et, les tenant suspendus dans cette attente, il leur apprend à se détacher de toutes les choses sensibles, Bossuet, Hist. II, 6. Son époux s'en émeut, et son cœur éperdu Entre deux passions demeure suspendu, Boileau, Lutr. II.
  • 7En suspens, attentif. Le peuple était comme suspendu d'admiration en l'écoutant, Sacy, Bible, Év. saint Luc, XIX, 48. Nous sommes suspendus dans l'attention de Philisbourg et de vos nouvelles, Sévigné, 25 oct. 1688. Tout l'auditoire, qui paraissait pendu et suspendu à tout ce qu'il disait [Bourdaloue racontant la mort de Condé], Sévigné, 25 avril 1687. Pendant que Philoctète avait raconté ainsi ses aventures, Télémaque était demeuré comme suspendu et immobile, Fénelon, Tél. XVI. Et son âme éperdue Aux lèvres du héros demeure suspendue, Delille, Én. IV.
  • 8À qui on a interdit l'exercice de ses fonctions. Un magistrat suspendu.