« arme », définition dans le dictionnaire Littré

arme

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

arme

(ar-m') s. f.
  • 1Instrument d'attaque ou de défense. Arme offensive, défensive. Armes de trait, de jet. Arme à feu. Arme blanche, épée, sabre ou baïonnette. Dans un duel, le choix des armes.

    Anciennement, homme d'armes, cavalier armé de toutes pièces.

    Place d'armes, lieu où l'on exerce les soldats, dans une ville forte.

    Salle d'armes, lieu où les armes sont déposées.

    Port d'armes, position du soldat qui porte les armes.

    Port d'armes, licence qu'on paye pour droit de chasse.

    Porter les armes, présenter les armes ; c'est-à-dire exécuter certains maniements de l'arme, pour saluer quand on est sous les armes.

    Capitaine d'armes, sous-officier ou caporal de marine chargé de la garde des menues armes du vaisseau.

    Arme à percussion (voy. PERCUSSION).

  • 2Ordinairement au pluriel. Les armes différentes de l'infanterie et de la cavalerie. Mourir les armes à la main. Appeler le peuple aux armes.

    Porter les armes, faire la guerre. Il a longtemps porté les armes, Fénelon, Tél. VI. Il n'a jamais porté les armes contre les Troyens, Fénelon, ib. I. Citoyens capables de porter les armes, Bossuet, Hist. III, 6.

    Prendre les armes, s'armer pour l'attaque ou pour la défense. Porsenna prit les armes contre Rome, Bossuet, Hist. I, 8. Quand un voisin injuste l'attaquerait [le sage roi], tous les autres intéressés à sa conservation prennent aussitôt les armes pour le défendre, Fénelon, Tél. X. Les Égyptiens couraient aux armes, Fénelon, ib. III.

    Aux armes ! cri d'attaque, appel aux armes.

    Poser les armes, mettre les armes bas, se rendre, faire la paix. On mit les armes bas, Anquetil, Ligue, II, 225. Je n'ai pas cru devoir mettre les armes bas, Corneille, Sertor. IV.

    Rendre les armes, remettre ses armes au vainqueur ; et au figuré, s'avouer vaincu. Au mont Ida, l'heureux berger Pâris, De la beauté vous accordant le prix, Força Junon de vous rendre les armes, Malfilâtre, Narcisse, ch. III. Là-dessus, je rends les armes, Sévigné, 140. Vous remettez les armes, et vous demandez grâce, Massillon, Impén. Leur haine à nos douleurs aurait rendu les armes, Corneille, Rod. III, 5. Attaqué par vos yeux je leur rendis les armes, Corneille, le Menteur, I, 3. Sitôt que je la vis, je lui rendis les armes, Malherbe, VI, 31. À ses premiers regards les cœurs rendent les armes, Molière, Psy. I, 1. Et ses tendres propos me font rendre les armes, Molière, Mélic. II, 5. Qui vous rend les armes [qui vous aime], Molière, Mis. II, 1. À voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, Molière, Fest. I, 2.

    Faire tomber les armes des mains de quelqu'un, le fléchir, l'apaiser. Le flux de mes larmes De leur main insolente a fait tomber les armes, Malherbe, V, 24. Un espoir… Qui lui fasse tomber les armes de la main, Racine, Baj. II, 5.

    Être sous les armes, en armes, être tout disposé à un service militaire, à une expédition. Mettez vos peuples sous les armes, Fénelon, Tél. I. Le peuple est aux autels, vos soldats sont en armes, Voltaire, Semir. V, 1. Que ce soir chacun soit en armes, La Fontaine, Fianc.

    Fig. Être préparé à une chose. L'Apôtre nous exhorte à être toujours sous les armes, Bossuet, Gorg. 1.

    En parlant des dames, être très parée. Le roi mena l'électeur de Bavière dans le salon ; toutes les dames y étaient sous les armes, Saint-Simon, 249, 56. Les travées de la tribune étaient remplies de toutes les dames de la cour en déshabillé, mais sous les armes, Saint-Simon, 390, 26.

    Faire passer par les armes, faire fusiller.

    Les armes célestes, la foudre, l'ouragan, etc. Tout avait dû tomber sous les célestes armes, La Fontaine, Phil. et Baucis.

  • 3Guerre, combat, entreprise militaire, exploits, troupes. Les lois sont muettes au milieu des armes. Affermir l'État par les armes. Si la querelle se vide par les armes. Nos armes ont été heureuses. Par la gloire de ses armes. De mon heureux rival j'accompagnai les armes, Racine, Bérén. I, 4. Il doit au sang d'Hector tout l'éclat de ses armes, Racine, And. I, 4. Un bonheur si constant de nos armes décide…, Corneille, Sertor. II, 1. Le Dieu de Mahomet protecteur de nos armes, Corneille, Fanat. II, 1.

    Suspension d'armes, cessation momentanée des hostilités entre deux armées, deux nations.

    Faire ses premières armes, faire sa première campagne. Ils faisaient ainsi leurs premières armes : leur apprentissage était un chef-d'œuvre, Guez de Balzac, le Romain.

    Un fait d'armes, un trait de bravoure.

    Les armes sont journalières, on est tantôt vainqueur, tantôt vaincu ; et figurément, tantôt on réussit et tantôt on échoue.

  • 4Arme, chacune des différentes espèces de troupes qui composent une armée. Troupes de toutes armes. Chacun choisit l'arme qu'il voulut ; il entra dans l'arme de la cavalerie.
  • 5Armes, au pluriel, armure. Endosser, revêtir ses armes.
  • 6Armes, au pluriel, terme d'escrime. Salle d'armes. Maître d'armes. Faire, tirer des armes. Tout le secret des armes ne consiste qu'en deux choses : à donner et à ne point recevoir, Molière, Bourg. II, 3.

    Tirer dans ou hors les armes, allonger un coup d'épée entre ou hors les bras de son adversaire.

    Tirer sur ou sous les armes, porter une botte en faisant passer la lame par-dessus ou par-dessous le bras de l'adversaire.

  • 7En histoire naturelle. arme, nom collectif de tous les moyens de défense des végétaux et des animaux.
  • 8 Fig. Moyen d'attaque ou de défense. Les armes de la prudence, de l'éloquence. Cette loi leur mettait à la main une arme terrible. Ils ont fourni des armes contre eux-mêmes. Il vit qu'on tournait contre lui ses propres armes. Vous donnerez des armes au démon contre vous, Bossuet, Lett. Corn. 149. Je ne veux point encore, en lui manquant de foi, Donner à sa vertu des armes contre moi, Racine, Brit. IV, 4. Plus nous en prodiguons… Plus d'armes nous donnons à qui nous veut trahir, Corneille, Cinna, I, 2. Tout prête des armes à la volupté, Massillon, Exemp. Contre un pareil malheur ma constance est sans armes, Molière, Psy. I, 1. L'Hespérie n'a-t-elle point d'autres armes contre la perfidie que la perfidie ? Fénelon, Tél. XX.

    Faire arme de tout, se servir de toute espèce de moyens. Eusèbe, qui fait armes de tout, eût cité ce passage avec emphase, Voltaire, Phil. III, 53.

  • 9 En termes de blason, signes héraldiques, armoiries. Les armes de France. Sceller du sceau de ses armes. Quelles sont vos armes ? Gentilhomme de nom et d'armes. On a perdu l'habitude de faire peindre ses armes aux portières de son carrosse, Voltaire, Jeannot. Les chevaliers portaient les armes de leurs maîtresses, Hamilton, Gramm. 4.

    Armes parlantes. Ce sont celles qui consistent en un ou plusieurs objets naturels, dont le nom rappelle celui de la personne. Ainsi la famille de Racine avait pour armes un rat et un cygne (alors prononcé cyne). Blasonner les armes, les expliquer ; porter dans ses armes telle ou telle chose, avoir dans ses armes telle chose ; déchiffrer, décrire, connaître les armes, graver les armes.

    Armes fausses ou armes à enquerre [à enquérir], armes qui ne sont pas selon les règles du blason.

    Juge d'armes, celui qui était établi pour juger des armoiries et des titres de noblesse.

    Armes d'une pièce ou d'un tenant de blason, celles qui ne sont parties ni en long ni en large.

  • 10 Technologie. Feuillet de scie mince et fort large à l'usage des facteurs de piano. On dit aussi scie à main.

HISTORIQUE

XIe s. E s'il fust desapereilé que il ne out ne chival ne les armes, Lois de Guill. 24. Mout [il] se fait fier de ses armes porter, Ch. de Rol. LXX. Barons françeis, as chevals et as armes ! Lois de Guill. CCXII.

XIIe s. Lassés de lor armes, Ronc. p. 14. As belles armes et au cheval courant, ib. p. 77. Tuit garni de leur armes si com pour hostoier [faire la guerre], Sax. VI. Et courageus as armes et fier come liepart, ib. XI. A la curt s'en ala sainz Thomas li bons prestres, E prist les armes Deu, que seürs peüst estre, Th. le mart. 38.

XIIIe s. Et quant il virent la route [troupe] venir, si corurent as armes mout isnelement, Villehardouin, CXLVI. Les armes [blason] qu'il porterent, li rois les devisa [composa], Berte, CXXXI. Sire, je me claim à vos de tel qui à tel fist tel cop d'arme esmolue et de tel armeure, Ass. de Jér. 154. D'arme molue, ne doit cascun avoir que deus espées et son glaive, Beaumanoir, LXI, 7. Le roi Richart fist tant d'armes outremer à celle foys que il y fu, que quant les chevaus aus Sarrazins avoient paour d'aucun bisson…, Joinville, 274. Et me conta le saint roy que il ne sa mere qui estoient à Montleri, ne oserent revenir à Paris jusques à tant que ceulz de Paris les vindrent querre à armes, Joinville, 202. Armes li donne et un riche destrier, Et de sa paume li donne un coup plenier, Que Dex li doint estre bon chevalier, Du Cange, arma dura.

XIVe s. Et si vous pri qu'en guerdon de mon service me doigniés armes et me fetes chevalier, Du Cange, ib.

XVe s. Et fut le comte d'Artois armé en ses pleines armes, Du Cange, arma plena. Se aucun est atteint de teles querelles contre chevaliers, il leur doit amender par ploines armes, ce est par le cheval et par le hauberc, par l'escu et par l'espée et par le haume, Du Cange, ib. Et tout le dernier qui y fut pris, et qui ce jour y fit moult d'armes, ce fut messire Eustache de Ribeumont, Froissart, I, I, 328. On cria à l'arme, Froissart, II, II, 186.

XVIe s. Et si doit avoir [l'aîné] le nom, le cri et les armes pleines, Loysel, 615. Il endurcit et exercita son corps, comme unes armes nées avec luy, Amyot, Fab. 3. Or estoient les femmes et les vieillards de l'autre costé de la trenchée, qui voyoient clairement à l'œil les grandes armes [exploits] qu'il faisoit, Amyot, Pyrrh. 64. Il tourna du tout son estude et son ambition aux armes et à la guerre, Amyot, Sertor. 2. Je n'estois pas sur mes armes, je n'avois qu'une petite foi de gentilhomme, D'Aubigné, Faen. II, 13. La salle où la jeunesse de la cour tiroit les armes, D'Aubigné, Vie, LXXIV. Condamné à estre passé par les armes, la sentence fut moderée à estre degradé des armes et cassé, D'Aubigné, ib. LXXXIII. Cela le fit remettre sur ses armes, prendre Vaupierre…, D'Aubigné, Hist. I, 99. Bien qu'il fist ses premieres armes sous de grands capitaines, Brantôme, Hommes illustres.

ÉTYMOLOGIE

Bourguig. airme ; provenç. et espagn. armas ; ital. arme ; du latin arma, pluriel neutre qui a été pris, dans toutes les langues romanes, pour un nom féminin, à cause de sa désinence en a ; ce qui est arrivé pour plusieurs autres noms neutres.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

ARME.
4Ajoutez : Les trois armes, l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie.

PROVERBE

Armes parlantes, toutes bonnes ou toutes méchantes.