« mériter », définition dans le dictionnaire Littré

mériter

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

mériter

(mé-ri-té) v. a.
  • 1Être digne de, en parlant des personnes. Et concevez enfin des vœux plus élevés, Pour mériter les biens qui vous sont réservés, Corneille, Nicom. I, 2. Je m'en vais seul au temple où leur hymen s'apprête, Où vous n'osez aller mériter ma conquête, Racine, Andr. IV, 3. Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux, Racine, Iphig. II, 3. L'on croit mériter les bons succès, mais n'y devoir compter que fort rarement, La Bruyère, XI.

    Mériter de, avec l'infinitif. Il mérite d'être protégé. Plus vous me commandez de vous être infidèle, Madame, plus je vois combien vous méritez De ne point obtenir ce que vous souhaitez…, Racine, Bajaz. II, 5.

    Mériter que, avec le subjonctif. Songeons que ce sacrifice [la messe]… serait inutile à la reine, si elle n'avait mérité par sa bonne vie que l'effet en pût passer jusqu'à elle, Bossuet, Mar.-Thér.

    Mériter une femme, l'obtenir en raison de son mérite. Pendant que tant de naissance, tant de biens, tant de grâces qui l'accompagnaient lui attiraient les regards de toute l'Europe, le prince Édouard de Bavière… la mérita, Bossuet, Anne de Gonz.

    Absolument, mériter beaucoup, être digne de récompense par ses talents par ses services. Cet homme mérite beaucoup.

    Bien mériter de, rendre de grands services à. On coupait la tête à un vieillard vénérable, lorsque j'arrivai à la Haie ; c'était la tête chauve du premier ministre Barnevelt, l'homme qui avait le mieux mérité de la république, Voltaire, Scarmentado. Ah ! Wallstein de nous deux avait bien mérité, Constant, Wallstein, II, 8.

    Il a bien mérité de la patrie, mention que la Convention et la Constituante de 1848 décernaient comme une suprême récompense à des armées victorieuses ou à des hommes qui s'étaient signalés par quelque grand service.

    On dit aussi quelquefois mériter tout seul au sens de bien mériter. Descartes a mérité de l'astronomie pour avoir découvert la force centrifuge, Bailly, Hist. de l'astron. mod. IV, § 20.

  • 2En mauvaise part, encourir, attirer sur soi. Mériter une punition. Il est bien plus juste de conserver à tant de personnes que vous avez décriées la réputation de piété qu'ils ne méritent pas de perdre, que de vous laisser la réputation de sincérité que vous ne méritez pas d'avoir, Pascal, Prov. X. Hélas ! si jeune encore Par quel crime ai-je pu mériter mon malheur ? Racine, Esth. I, 5. Ils [les enfants] savent précisément et mieux que personne ce qu'ils méritent [en fait de châtiment], et ils ne méritent guère que ce qu'ils craignent, La Bruyère, XI.
  • 3Il se dit des choses qui font obtenir quelque grâce, quelque récompense. Cette action mérite récompense. Et cette ressemblance, où son courage aspire, Mérite mieux que toi de gouverner l'empire, Corneille, Héracl. I, 2. Il [Coligny] appelait de loin le jeune Téligny ; Téligny, dont l'amour a mérité sa fille, Voltaire, Henr. II.

    Cette nouvelle mérite confirmation, elle a besoin d'être confirmée.

  • 4 Absolument. Avoir du mérite, être digne. Le plus grand des maux est les guerres civiles ; elles sont sûres si on veut récompenser les mérites ; car tous diront qu'ils méritent, Pascal, Pens. V, 3, éd. HAVET.

    Être méritoire. Plus elle [la mort] est volontaire, et plus elle mérite, Corneille, Poly. II, 6. Ce ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent, Pascal, Lett. à Mlle Roannez, 6.

  • 5Mériter quelque chose à quelqu'un, se dit de ce qui nous fait obtenir quelque avantage. Sa justice, sa prudence, la facilité qu'il apportait aux affaires, lui méritaient la vénération et l'amour de tous les peuples, Bossuet, le Tellier. Jésus-Christ, pour nous mériter la rémission de nos crimes…, Bossuet, 3e sermon, Passion, 2. Comment voulez-vous qu'Érophile, à qui le manque de parole, les mauvais offices, bien loin de nuire, ont mérité des grâces et des bienfaits…, La Bruyère, XI.

    En mauvaise part. Avant que de César la trame soit coupée, Il faut que son orgueil lui mérite aux enfers Tout ce qu'on lui prépare et d'opprobre et de fers, Brébeuf, Phars. VI.

  • 6Être assez important pour… en parlant soit des choses, soit des personnes. Ce que le prince fit ensuite mériterait d'être raconté à toute la terre, Bossuet, Louis de Bourbon. Examinons ce bruit, remontons à sa source ; S'il ne mérite pas d'interrompre ma course, Partons…, Racine, Phèdre, II, 6. Si ton sang méritait qu'on daignât le répandre…, Voltaire, Œdipe, III, 4. Il ne méritait pas de tomber sous ma main, Voltaire, Sémiram. V, 8.
  • 7Se mériter, v. réfl. Être mérité. …Ces bienfaits dont j'ose me vanter, Par des vers immortels ont dû se mériter, Boileau, Ép. V.
  • 8Être dignes l'un de l'autre. Par des droits secrets que le ciel avait décidés, la princesse du monde la plus parfaite [la jeune Marie-Thérèse] appartenait déjà au plus grand des rois [le jeune Louis XIV] ; ils travaillaient, sans y penser, à se plaire et à se mériter l'un l'autre, Fléchier, Mar.-Thér.

REMARQUE

J. J. Rousseau écrit : Les petits événements de mon voyage ne méritent pas, madame, de vous en occuper, Lett. à Mme de Boufflers, 5 avr. 1766. La phrase est incorrecte ; il faut : que vous vous en occupiez.

SYNONYME

MÉRITER, ÊTRE DIGNE. On a essayé d'établir la synonymie entre ces deux expressions, en disant que mériter se rapportait aux actes, et être digne aux qualités. Mais, en examinant les emplois divers, on n'aperçoit aucune nuance sensible entre mériter et être digne ; l'usage les confond sans cesse.

HISTORIQUE

XVe s. Sans en rien l'avoir merité, Commines, V, 18. Vous me pourrez dorenavant très bien servir ; à mon pouvoir, vous le meriterai, Louis XI, Nouv. XII.

XVIe s. En close main, à regret estendue, Don ne merite, et grace est confondue, Marot, J. V, 193. Cestuy Jason avoit bien merité Estre des preux, Marot, J. V, 289. [Livre] non sans bien grande et meritée recommandation, Montaigne, I, 206. Il avoit bien merité la honte que l'on luy avoit faitte, Amyot, Flamin. 37. Nous les [les acteurs] voyons ès theatres ne plorer ny ne rire pas à leur plaisir quand ilz veulent, ains quand la matiere de ce qu'ilz recitent le requiert et le merite, Amyot, Démosth. 31.

ÉTYMOLOGIE

Mérite.