« fâcher », définition dans le dictionnaire Littré

fâcher

Définition dans d'autres dictionnaires :

Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

fâcher

(fâ-ché) v. a.
  • 1Exciter un déplaisir permanent, indisposer fortement. Il ne faut fâcher personne. … Si vous me fâchiez, j'ajouterais peut-être…, [Corneille, Nicom. III, 3] Affable à tous avec dignité, elle savait estimer les uns sans fâcher les autres ; et, quoique le mérite fût distingué, la faiblesse ne se sentait pas dédaignée, [Bossuet, Duch. d'Orl.]

    Familièrement. Soit dit sans vous fâcher, sorte d'excuse dont on se sert quand on veut faire entendre à quelqu'un que, si on lui dit quelque chose de peu flatteur, ce n'est pas pour le fâcher.

  • 2Causer du déplaisir, de la peine. Votre refus l'a fâché. Les enfants n'ont l'âme occupée Que du continuel souci Qu'on ne fâche pas leur poupée, [La Fontaine, Fabl. IX, 6] Il est vrai qu'il me fâcherait s'il parlait ; mais il serait à propos qu'il me fâchât, [Marivaux, Fausses confid. II, 13]

    Il prend aussi pour sujet un nom de chose. Une chose me fâche, c'est que le chevalier Folard, que je cite dans cette histoire, vient de devenir fou ; il a des convulsions au tombeau de saint Pâris, [Voltaire, Lett. Formont, 10 déc. 1731]

  • 3Dans le style élevé, causer de la douleur, de l'indignation. Te dirai-je un penser indigne, bas et lâche ; Je l'étouffe, il renaît, il me flatte et me fâche, [Corneille, Poly. III, 5] Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop sévère, [Corneille, Hor. v, 3] Son retour me fâchait plus que son hyménée, [Corneille, Rodog. II, 2] Nicomède, en deux mots, ce désordre me fâche, [Corneille, Nicom. IV, 3] Pour moi, je l'avoûrai, sa trahison me fâche, [Th. Corneille, Ariane, v, 2] Quoique j'attendisse il y a longtemps la nouvelle que vous m'avez mandée [la mort de Mme de Fontanges], elle n'a pas laissé de me surprendre et de me fâcher, [Louis XIV, dans Extr. de la corresp. de la fam. de Noailles (GODEFROY, Lex. de Corneille).]

    Fig. Que faites-vous pour eux [les innocents tués par Hérode], si vous les regrettez ? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables Ou de n'estimer pas leurs trépas honorables, Ou de porter envie à leurs félicités, [Malherbe, I, 4]

  • 4Fâcher, s'emploie impersonnellement avec à, et signifie il est pénible à. Il me fâche, et j'ai dépit que notre Démosthène ait été de ces gens-là, [Guez de Balzac, 6e discours sur la cour.] Il leur fâche d'avoir admiré sérieusement des ouvrages que mes satires exposent à la risée de tout le monde, [Boileau, Disc. sur la satire.] Il te fâche en ces lieux d'abandonner ta proie, [Racine, Mithr. III, 1] Avec ce surcroît de princes vrais et faux dont son fils [à Mme d'Espinoy] était environné de si près, bien leur fâchait de ne l'être pas aussi, [Saint-Simon, 59, 246] Les courtisans enlèvent du produit de nos champs le plus clair, le plus net, dont bien fâche audit seigneur roi, [Courier, I, 326]

    Avec que et le subjonctif. Il leur fâchait qu'il en fût ainsi.

    On trouve aussi l'indicatif. Il leur fâchait qu'il ne déclarait pas sa toute-puissance, [Bossuet, Serm. quinq. 1]

    On lit dans J. J. Rousseau cette phrase : Les Ximenès et les Voltaire peuvent critiquer la Julie [la Nouvelle Héloïse] à leur aise ; ce n'est pas à eux qu'elle est curieuse de plaire ; et tout ce qui fâche à l'éditeur de leurs critiques, c'est qu'ils les fassent de si loin, Lett. à Mme de Luxemb. 1766, t. XIX, p. 185, édit. 1824. Cette phrase est incorrecte ; c'est fâcher impersonnel qu'il faut ici.

  • 5Se fâcher, v. réfl. Prendre de l'humeur, témoigner un vif mécontentement. Par adresse il se fâche, après s'être assuré, [Corneille, Pomp. IV, 1] Je ne me fâche jamais que l'on m'écrive, [Bossuet, Lett. Corn. 16] Mme de Maintenon, charmée du roi, ne pouvait se fâcher de rien, [Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 204, dans POUGENS]
  • 6S'affliger. Ne vous fâchez point tant, ma très chère madame, [Molière, Sgan. 16]

    S'irriter.

    Par extension. Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche, Rien dont la fermeté de ces grands cœurs se fâche, [Corneille, Hor. II, 6] Il [Claude] régna toutefois, bien qu il se fît haïr, Jusqu'à ce que Néron se fâcha d'obéir, [Corneille, Othon, III, 5] Tu charmais trop ma peine ; et le ciel qui se fâche Me vend déjà bien cher ce moment de relâche, [Corneille, Hor. III, 1]

  • 7Se brouiller. Se mettre mal avec quelqu'un. Ils se sont fâchés sans motif.

    PROVERBE

    S'il se fâche, il aura deux peines, c'est-à-dire il aura la peine de se fâcher et puis de se calmer, on se rit de sa colère.

SYNONYME

FÂCHER, METTRE EN COLÈRE. Mettre en colère, c'est exciter un accès de colère qui peut ne laisser aucune trace après soi ; au contraire, ce qui fâche laisse des traces qui durent, une impression lente à s'effacer.

HISTORIQUE

XIVe s. La femme et le suppliant se facherent, [Du Cange, Sangulatus.]

XVIe s. Il vous dira verité de plusieurs chouses dont je crains par lectre vous ennuyer, saichant bien les affaires que vous avez, qui ne sont pour estre faschés de petites chouses, [Marguerite de Navarre, Lett. CXIX.] Il nous fasche qu'ils nous marchent sur les talons, [Montaigne, II, 71] Son valet estant surchargé d'argent, il luy ordonna qu'il versast là ce qui luy faschoit, [Montaigne, II, 124] L'estre mort ne les fasche point, mais oui bien le mourir, [Montaigne, II, 385] Je me desrobbe aux occasions de me fascher, [Montaigne, IV, 71] Les plus ambitieux d'entre les Spartiates commenceoient à se fascher de luy pour l'envie qu'ilz luy portoient, [Amyot, Alc. 46] Je ne le cognois point, mais il me fasche de l'ouir ainsi partout appeler le juste, [Amyot, Arist. 20] Je luy ay trouvé un mary, qui ne sera pas mal à propos pour elle, si d'adventure l'aage ne luy fasche, [Amyot, Caton, 50]

ÉTYMOLOGIE

Prov. fastigar, dégoûter, qui a donné fascher, comme masticare a donné mascher. Fastigar vient de fastic, fastig, qui représente le latin fastidium, dégoût, ennui (voy. FASTIDIEUX). Cette étymologie, donnée par Diez. paraît tout à fait véritable. Cependant il est étonnant que fâcher qui, s'il vient de fastigar, est certainement un mot ancien, ne se trouve pas dans les vieux textes ; mais, à cela, une lecture plus étendue peut remédier en le fournissant.