« réjouir », définition dans le dictionnaire Littré

réjouir

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

réjouir

(ré-jou-ir) v. a.
  • 1Donner de la joie. Il ne faut pas priver la jeunesse de ce qui peut la réjouir.

    Donner du divertissement. Il fit venir des musiciens pour réjouir la compagnie. Nous voyageons un peu gravement ; M. de Coulanges nous eût été bon pour nous réjouir, Sévigné, 16 juillet 1672. La gaieté de Pomenars était si extrême, qu'il aurait réjoui la tristesse même, Sévigné, 70. Et tel mot, pour avoir réjoui le lecteur, A coûté bien souvent des larmes à l'auteur, Boileau, Sat. VII.

    Réjouir la compagnie aux dépens de quelqu'un, amuser une compagnie par des plaisanteries sur quelqu'un présent ou absent.

  • 2Causer une sensation agréable. Le vin réjouit le cœur. Le vert de ces prés réjouissait la vue. La peinture que vous me faites de vos orages, est tellement belle et poétique, que mon imagination en a été réjouie, Sévigné, 594. Ce sont [les rois dans leur enfance] des soleils dans leur orient, qui réjouissent les yeux, et qui ne les éblouissent pas encore, Fléchier, Duch. de Mont. S'il passait près de nous quelque paysan retournant au travail, ses outils sur l'épaule, je lui réjouirais le cœur par quelques bons propos, par quelques coups de bon vin qui lui feraient porter plus gaiement sa misère, Rousseau, Émile, IV.

    Fig. Elle [Céluta] s'élevait en pensée au séjour des anges, tandis qu'elle était attachée à la terre, semblable au palmier qui réjouit sa tête dans la rosée du ciel, mais dont le pied s'enfonce dans un sable aride, Chateaubriand, Natch. 2e partie.

  • 3Se réjouir, v. réfl. Éprouver de la joie. J'ai reconnu qu'il n'y avait rien de meilleur que de se réjouir et de bien faire pendant sa vie, Sacy, Bible, Ecclésiaste, III, 12. Pour moi je me réjouirai dans le Seigneur, je tressaillirai de joie en Dieu mon sauveur, Sacy, ib. Habacuc, III, 18. Comme le Seigneur s'est réjoui vous accroissant, vous bénissant, vous faisant du bien, il se réjouira de la même sorte en vous ruinant, en vous ravageant, en vous accablant, Bossuet, Sermons, Ferveur de la pénitence, 2. C'était une des maximes du prince de Condé qu'il fallait craindre les ennemis de loin, pour ne les plus craindre de près, et se réjouir à leur approche, Bossuet, Louis de Bourbon. Réjouissez-vous : pensez à votre salut ; il n'est rien de plus doux que le plaisir et la piété, Maintenon, Lett. à d'Aubigné, 16 oct. (sans date). Ton Dieu n'est plus irrité ; Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière ; Quitte les vêtements de ta captivité, Et reprends ta splendeur première, Racine, Esth. III, 9.
  • 4Éprouver une vive satisfaction. Les ennemis personnels de M. de Turenne, n'osant s'affliger de la prospérité d'un homme qui ne leur avait jamais donné la misérable consolation de se réjouir d'une de ses fautes, Fléchier, Tur. L'on veut le bien de ses amis ; et, s'il arrive, ce n'est pas toujours par s'en réjouir que l'on commence, La Bruyère, IV. Il y a une loi naturelle, et elle ne consiste ni à faire le mal d'autrui, ni à s'en réjouir, Voltaire, Dial. XXIV, 4.

    Il se dit par compliment, dans le même sens. Je me réjouis du succès que vous venez d'obtenir.

    Se réjouir de quelque chose, s'en faire un plaisir. Je me réjouis de lui apprendre cette bonne nouvelle.

  • 5Passer le temps agréablement, se divertir. Cette société sait se réjouir sans dissipation. Gélaste : Vous allez là [au théâtre] pour vous réjouir, et vous y trouvez un homme qui pleure… est-ce ainsi que l'on doit contenter ceux qui vont là pour se réjouir ? - Ariste : Ne dites point qu'ils y vont pour se réjouir ; dites qu'ils y sont pour se divertir, La Fontaine, Psyché, I, p. 95. Le monde se réjouira, disait Jésus-Christ à ses apôtres : les enfants du siècle courront, en dansant, en poussant des cris de joie, se précipiter dans l'abîme, Massillon, Confér. Fuite du monde.

    Avec ellipse du pronom personnel. Laissons, laissons réjouir le monde, et ne lui envions pas sa prospérité, Bossuet, Sermons, Providence, I.

  • 6Se moquer de. M. le Prince, n'étant plus retenu par la crainte de la puissance ébranlée [du cardinal], se réjouissait [moquait] de ses défauts avec M. le duc d'Orléans, La Rochefoucauld, Mém. 75.
  • 7Se réjouir, au jeu de la bête et à d'autres jeux, se dit quand, tous les joueurs ayant passé, on change la retourne qui fait l'atout.

HISTORIQUE

XIIIe s. Li cuers [le cœur] de chascun s'en resjoïssoit moult durement, Villehardouin, LX. Caroles [danses], vieles, romans I peüst on assez oïr, Qui les amans font resjoïr, Lai du conseil.

XIVe s. Aler nous faut à Burs ; je sai bien qu'il y a Un bon conseil pour moi, qui nous resjoïra, Guesclin. 8532.

XVe s. Ainsi comme la deesse Aurora, par son esjoyssement à son lever, rent resjoys les cueurs des voyens…, Christine de Pisan, Charles V, I, 16.

XVIe s. Le pape dedans Rome en ce fait se resjoye ; Car cloches fist sonner, et faire feux de joye… Le roy d'Espaigne aussi, toutefois esbahy, Selon sa contenance se montroit resjouy, Marot, J. V, 141. Peuples l'honoroient, Enfans se resjoient, Estandars portoient, Marot, J. V, 174. Les discours de la philosophie ont accoustumé d'esgayer et resjouir ceux qui les traictent, Montaigne, I, 175. La mechanique fut premierement mise en avant par Architas et Eudoxus, en partie pour resjouir et embellir un peu la science de la geometrie par ceste gentillesse, Amyot, Marcel. 21. Il ne se rejouit point de voir son ennemy en adversité, non plus qu'il ne luy avoit onques porté envie en sa prospertié, Amyot, Arist. 64. Il envoyoit souvent convier ses voisins à venir soupper avec luy, et se resjouissoit avec eux, Amyot, Caton, 52.

ÉTYMOLOGIE

Re…, et éjouir.