« sérieux », définition dans le dictionnaire Littré

sérieux

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

sérieux, euse

(sé-ri-eû, eû-z') adj.
  • 1Qui ne se laisse pas aller facilement à la distraction. Je crois le fond de son caractère [de la duchesse de Choiseul] un peu sérieux, d'une couleur très douce, toute brodée de fleurs naturelles, Voltaire, Lett. Mme du Deffant, 25 mai 1770. J'ai encore une chose à vous dire dans ma confession générale, c'est que je n'ai jamais été gai que par emprunt ; quiconque fait des tragédies et écrit des histoires est naturellement sérieux, quelque Français qu'il puisse être, Voltaire, Lett. à Richelieu, 19 août 1766. Je m'imagine toujours, quand il arrive quelque grand désastre, que les Français seront sérieux six semaines ; je n'ai pu encore me corriger de cette idée, Voltaire, Lett. d'Argental, 2 août 1761. Il est sérieux sans donner envie de l'être ; au contraire, son abord serein semble m'inviter à l'enjouement, Rousseau, Hél. III, 20.

    Substantivement. Donc ce que je conclus, la belle sérieuse, C'est que depuis trois jours vous êtes amoureuse, Destouches, Irrésolu, II, 2.

    Il se dit des choses dans le même sens. Visage, air sérieux, mine sérieuse, maintien sérieux. Il en est des écrits comme des hommes : les caractères sérieux sont les plus estimés, Voltaire, Poésie ép. 7.

  • 2Qui s'applique fortement à son objet. La cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires ; par un mélange étonnant, il n'y a rien de plus sérieux ni ensemble de plus enjoué, Bossuet, Anne de Gonz. Tout cédait aux lumières de son esprit, aussi net, aussi pénétrant qu'il était grave et sérieux, Bossuet, le Tellier.

    Il se dit des choses en un sens analogue. Une conversation sérieuse. Une pièce sérieuse. Un poëme sérieux. Ceux qui… font de cette recherche [si l'âme est immortelle] leur principale et leur plus sérieuse occupation, Pascal, Pens. IX, 9, éd. HAVET. Ils n'apportent presque jamais une attention forte et sérieuse pour découvrir la vérité, Malebranche, Rech. vér. I, 18. À la fleur de l'âge, né pour plaire… au milieu de tout ce frivole, il a des vues vastes et sérieuses, Massillon, Or. fun. Conti. L'étude sérieuse des mathématiques et de l'histoire, dont on s'occupe plus que jamais, laisse peu de temps pour examiner si une ode nouvelle ou une petite épître sont bonnes ou mauvaises, Voltaire, Mél. litt. Utile examen.

  • 3Important, de grande conséquence. Il s'agit d'une chose sérieuse. Avoir avec quelqu'un une explication sérieuse. La jeunesse ressent un plaisir incroyable, lorsqu'on commence à se fier à elle, et à la faire entrer dans quelque affaire sérieuse, Fénelon, Éduc. filles, 12. Qui, à la vérité, n'avait encore aucun engagement bien sérieux dans l'état ecclésiastique, Marivaux, Marianne, 9e part.
  • 4 Néologisme. Un homme sérieux, un homme qui s'est occupé de son affaire sans distraction ni caprice, et qui, par là, s'est acquis fortune ou réputation.

    Par ironie, celui qui a la prétention d'être un homme sérieux et qui n'en a que l'apparence. Apprenez qu'à dater d'aujourd'hui vous êtes ce qu'on appelle en langage parlementaire un homme sérieux ; ceci veut dire… la démarche grave, le front soucieux, le regard altier, la bouche pincée, l'air composé, le ton péremptoire, l'accent emphatique, le geste solennel, la parole abondante, le cerveau vide, beaucoup de prétentions, passablement d'ennui, un peu de ridicule, un homme sérieux enfin, Ch. de Bernard, Un homme sérieux, XXVII.

  • 5Qui convient aux gens sérieux. Une couleur sérieuse. Une étoffe sérieuse. Tenez, voilà le plus bel habit de la cour et le mieux assorti ; c'est un chef-d'œuvre que d'avoir inventé un habit sérieux qui ne fût pas noir ; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés, Molière, Bourg. gent. II, 8.
  • 6Qui peut avoir des suites fâcheuses. Une maladie sérieuse. La querelle devint sérieuse. Dès le commencement de l'attaque [à Malo-Iaroslavetz], ses éclats [du canon] avaient été, à trois lieues de là, porter au vice-roi [Eugène] la nouvelle d'un combat sérieux, Ségur, Hist. de Nap. IX, 2.
  • 7Sincère, vrai. Les protestations d'amitié qu'il vous fait sont sérieuses.
  • 8 Terme de jurisprudence. Qui n'est pas simulé, qui n'est pas feint. Un contrat sérieux. Une dette sérieuse.

    Intervention sérieuse, intervention qui n'est pas mendiée, ou qui est faite par une personne ayant un véritable intérêt dans l'affaire.

    Acheteur sérieux, qui a l'intention et les moyens de payer.

  • 9 S. m. Gravité dans l'air, dans les manières. Tenir son sérieux. Elle [Mlle de Vendôme] avait un sérieux qui n'était pas de sens, mais de langueur, avec un petit grain de hauteur ; et cette sorte de sérieux cache bien des défauts, Retz, Mém. t. I, liv. I, p. 70, dans POUGENS. Il écouta la pièce avec un sérieux le plus sombre du monde, Molière, Crit. 6. Vous tenez votre gravité ; comte, est-ce vous, encore une fois ? gardez ma lettre, je vous prie ; relisez-la, démontez votre sérieux, Sévigné, Lett. à Bussy, 9 juin 1669. Le caractère des Français demande du sérieux dans le souverain, La Bruyère, X. À ces mots, quelque envie qu'eût l'auteur comique de garder son sérieux, il lui est échappé un éclat de rire, Lesage, Diable boit. 14. Puis, reprenant son sérieux : Gonzalez, me dit-il, si tu possèdes effectivement un si beau secret, tu seras bientôt riche, Lesage, Est. Gonz. 49. Le sérieux n'est jamais gracieux ; il n'attire point ; il approche trop du sévère qui rebute, Voltaire, Dict. phil. Grâce. La douceur honnête, le tendre sérieux de son frère persuaderaient facilement qu'il est né du sang des Incas, Graffigny, Lett. péruv. 15. Dans sa politesse le sérieux de l'homme en place et du supérieur se faisait ressentir, Marmontel, Mém. V. Hamilton [l'auteur des Mémoires de Grammont], qui montre dans la conversation tout le sérieux de sa nation, et dans ses écrits toute la légèreté française, Genlis, Mme de Maintenon, t. I, p. 106, dans POUGENS.
  • 10 Terme d'art dramatique. Genre qui exclut la plaisanterie, la frivolité. Cet acteur joue bien dans le sérieux, n'est bon que pour le sérieux.
  • 11Ce qui est important, essentiel. Qu'on quitte un peu la bagatelle pour en venir au sérieux, Hamilton, Gramm. 4. Le premier âge, qui ne se prête jamais qu'à regret au sérieux des leçons et des préceptes, Massillon, Or. fun. Conti. M. du Fay avait beaucoup de goût pour les choses de pur agrément, et il a donné à ces petits édifices [des serres] toute l'élégance que le sérieux de leur destination pouvait permettre, Fontenelle, du Fay.

    Prendre les choses trop au sérieux, y attacher trop d'importance. Vous prenez les choses d'un trop grand sérieux ; cela fait mal, Fénelon, Dial. des morts anc. 13.

    Prendre une chose dans le sérieux, la tenir pour vraie, quoiqu'elle n'ait été dite que par plaisanterie et par jeu.

    On a dit dans un sens analogue : donner de son sérieux dans une chose. Nous n'avons garde, ma cousine et moi, de donner de notre sérieux dans le doux de votre flatterie, Molière, Préc. 10.

    Prendre une chose au sérieux, se formaliser d'une chose qui a été dite en badinant. C'est prendre au sérieux une plaisanterie, Al. Duval, Fille d'honneur, IV, 1.

  • 12Effort sérieux, intention sérieuse. Sous un visage riant, sous cet air de jeunesse qui semblait ne promettre que des jeux, elle cachait un sens et un sérieux dont ceux qui traitaient avec elle étaient surpris, Bossuet, Duch. d'Orl. Enfoncez, vous trouverez partout [à la cour] des intérêts cachés, des jalousies délicates qui causent une extrême sensibilité, et, dans une ardente ambition, des soins et un sérieux aussi triste qu'il est vain, Bossuet, Anne de Gonz. Vous qui ne succombez point à l'application et au sérieux d'un jeu outré, Massillon, Carême, Jeûne.

REMARQUE

Il y en a qui, au lieu de sériosité, font sérieux substantif, et disent, par exemple : il est dans un sérieux, je l'ai trouvé dans un sérieux ; mais, quoique cette façon de parler soit très fréquente à Paris, elle ne laisse pas de déplaire à beaucoup d'oreilles délicates, VAUGEL. Rem. t. I, p. 435, dans POUGENS. Un peu plus tard, Th. Corneille dit que ce mot est présentement au gré de tout le monde. Exemple : Son sérieux me glace.

HISTORIQUE

XIVe s. Et dire que les choses qui sont faites en soy gieuant, soient melleurs que les choses vertueuses et serieuses qui sont faites à grant estude, c'est une grant derision, Oresme, Eth. 313.

XVIe s. Les offices serieux de la devotion, Montaigne, I, 199. Un ouvrage serieux [opposé à ouvrage gaillard et enjoué], Montaigne, I, 221. Des choses serieuses et de grande consequence, Amyot, De la mauv. honte, 10.

ÉTYMOLOGIE

Dérivé du lat serius, sérieux.