« soupçon », définition dans le dictionnaire Littré

soupçon

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Fac-simile de l'édition originale du Littré (BNF)

soupçon

(sou-pson) s. m.
  • 1Au sens actif, action de soupçonner. Un cœur exempt de soupçon. Le soupçon, ce monstre sans pitié, Loge bientôt la haine où logeait l'amitié, Mairet, Soliman, II, 7. Ne m'assassinez point, je vous prie, par les sensibles coups d'un soupçon outrageux, Molière, l'Avare, I, 1. Ce n'est pas d'aujourd'hui, Nicole, que j'ai conçu des soupçons de mon mari, Molière, Bourg. gent. III, 7. Quelle cause fit arrêter les princes [Condé et Conti] ? si ce fut ou des soupçons, ou des vérités, ou de vaines terreurs, qui le pourra dire à la postérité ? Bossuet, le Tellier. Il n'est rien où d'abord son soupçon attaché Ne présume du crime et ne trouve un péché, Boileau, Sat. x. Le soupçon d'un crime est, chez le vulgaire, la première explication qui se présente pour suppléer à l'ignorance des causes naturelles, Condorcet, Duhamel. Les soupçons, dans le monde, valent des certitudes, Marmontel, Cont. mor. Alcib. Le comte : Mais ce médecin peut prendre un soupçon. - Figaro : Il faut marcher si vite que le soupçon n'ait pas le temps de naître, Beaumarchais, Barb. de Sév. I, 4. De mon amour peignez, s'il est possible, L'ardeur, l'ivresse, et même les soupçons, Béranger, Bonne vieille.

    Sans risque ni soupçon, sans risque ni soupçon de fraude. Mais un [avis] qui tous les ans, à si peu qu'on le monte, En peut donner au roi quatre cents [millions] de bon compte, Avec facilité, sans risque ni soupçon, Molière, les Fâch. III, 3.

  • 2Au sens passif, état d'une personne soupçonnée. Une conduite exempte de soupçon. De nos faux monnoyeurs l'insupportable audace Pullule en cet État d'une telle façon, Qu'on ne reçoit plus rien qui soit hors de soupçon, Molière, l'Ét. II, 6. Il n'y a pas le moindre soupçon d'erreur dans ceux que vous en avez accusés, Pascal, Prov. XVIII. Le courage du chevalier de Lorraine est hors de tout soupçon, Sévigné, 28 juill. 1682. Je parle à des âmes pures et sincères qui ont horreur du soupçon même de la vanité et du mensonge, Fléchier, Duch. de Montaus. Ceux qui ont écrit leurs propres actions sont tombés ordinairement dans le soupçon ou de les avoir relevées par orgueil, ou d'en avoir diminué la gloire par modestie, Fléchier, Vie de Commendon, préf. Les jésuites restent sous le soupçon d'avoir dirigé sa main [de Ravaillac], Diderot, Opin. des anc. phil. (Jésuites).
  • 3Simple conjecture, simple opinion. Ce n'est pas une certitude, c'est un soupçon. Pour moi je n'en ai qu'un léger soupçon, Bossuet, Lett. Corn. 86. Mme la duchesse de Berri est en soupçon de grossesse, Maintenon, Lett. au duc de Noail. 19 juin 1710. Il y a des soupçons sur une grossesse [de la reine d'Espagne], Mme de Vill. Lett. 27 déc. 1679. Moi : J'ai peur que vous ne deveniez jamais riche. - Lui : Moi, j'en ai le soupçon, Diderot, Neveu de Rameau.
  • 4Apparence légère. Il y a quelque soupçon de petite vérole dans ce canton. Cela ne vous offense point ; il ne tombe entre lui [votre père] et vous aucun soupçon de ressemblance, Molière, Scapin, II, 7. De ce pouvoir prétendu du peuple et de cette souveraineté qu'on veut lui attribuer naturellement, il n'y en a aucun acte ni aucun vestige, et pas même le moindre soupçon dans toute l'histoire sainte, Bossuet, 5e avert. 43. Certaines vues d'honneur qui lui faisaient craindre [à M. de Montausier] jusqu'aux moindres soupçons de changement et d'inconstance… étaient autant d'engagements qui le liaient à sa communion, Fléchier, Duc de Mont. J'ai eu, il y a quelque temps, un petit soupçon d'apoplexie, Voltaire, Lett. la Vallière, 21 févr. 1767. Un malade ou un médecin du bel air se sera avisé de dire qu'il a eu un soupçon de fièvre, pour signifier qu'il a eu une légère atteinte ; voilà bientôt toute la nation qui a des soupçons de haine, d'amour, de ridicule, Voltaire, Dict. phil. Langues.
  • 5 Familièrement. Quantité si minime qu'on se demande si elle existe. Donnez-moi un soupçon de cette liqueur. Un excès d'aigreur ou d'amertume, dans les liqueurs, nous les rend odieuses ; une pointe, ou ce qu'on appelle un soupçon de l'une ou de l'autre, pique, éveille et flatte le goût, Marmontel, Œuvr. t. XVIII, p. 223. Rien que de l'eau chaude avec un soupçon de thé et un nuage de lait, Musset, Un caprice, 6.

SYNONYME

SOUPÇON, SUSPICION. Soupçon est le terme vulgaire ; suspicion est un terme de palais. Le soupçon roule sur toutes sortes d'objets ; la suspicion tombe proprement sur les délits. Le soupçon fait qu'on est soupçonné ; la suspicion suppose qu'on est suspect.

HISTORIQUE

XIIe s. Et cil qui plus les ament, sont plus en sopeçon, Sax. XXII.

XIIIe s. Et dist ces paroles pour çou [ce] que il savoit bien que li rois l'avoit en souspechon, por mauvaises paroles, Chron. de Rains, 147. … Dont j'ai mauvese soupeçon, la Rose, 3548. Il se met en souspechon qu'il ne demande fausseté, Beaumanoir, VI, 31.

XVe s. Vous estes tous temps mal pensant, Et plain de faulse soupeçon, Orléans, Ball. 43.

XVIe s. Les senateurs entroient en soupeçon les uns des autres, Amyot, Numa, 4. Ce mystere [de gens armés qui arrivaient les uns après les autres dans la maison de Montaigne] commenceoit à taster ma souspeçon, Montaigne, IV, 227. Tel en qui il ne pouvoit cheoir souspeçon aulcune de foiblesse, Montaigne, I, 94.

ÉTYMOLOGIE

Prov. sospeisso ; it. sospezione ; du lat suspicionem, qui vient de suspicere, regarder, considérer, et de là soupçonner, de susum, en haut, et spicere, voir (voy. SPECTACLE) : soupeçon ou soupçon est la forme française ; il était correctement féminin ; suspicion a été refait sur le latin.